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■ ACTU - Protection de l’enfance : La parole aux enfants

Durant six mois, Gautier Arnaud-Melchiorre a recueilli la parole de 1 500 enfants âgés de 1 mois à 18 ans, protégés par l’aide sociale à l’enfance et de jeunes majeurs dans seize départements. Le 20 novembre, il a remis le rapport « À (h) auteur d’enfants » au Secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles. Un bilan contrasté.


Pour recueillir la parole des plus jeunes, Gauthier Arnaud-Melchiorre, auteur du rapport, a parfois conversé avec leur doudou.


«  Beaucoup d’enfants évoquent une prise en charge qualitative et leur attachement aux professionnels qui s’occupent d’eux au quotidien, en particulier dans le cadre de l’accueil en LVA de type familial, souligne Gautier Arnaud-Melchiorre, auteur du rapport (à lire ici : Rapport Tome 1), lui-même ancien enfant placé. Il est important de permettre aux professionnels d’individualiser leur prise en charge afin qu’ils puissent nouer des liens avec les mineurs. » L’auteur du rapport a également été frappé par la dignité des mineurs non accompagnés qui manifestent un souci d’intégration.
Si le rapport met en évidence des moments heureux vécus par les enfants protégés, la qualité de l’action et de l’accompagnement de nombre de professionnels, il n’en pointe pas moins des dysfonctionnements « inacceptables dans le cadre de leur protection ». Il dénonce par exemple « des besoins et droits fondamentaux parfois loin d’être satisfaits et respectés  » ou encore des situations de danger : violences institutionnelles, violences entre pairs, harcèlement, réponses inadaptées à leurs besoins, prostitution…
Il rend compte de la nécessite de considérer le temps de nuit aussi essentiel que celui du jour et en présence de professionnels éducatifs et non de surveillants sans formation. Il demande de proscrire des « sanctions éducatives » infligées lors des retours de fugue notamment.


Gautier Arnaud-Melchiorre a recueilli la parole des enfants dans leurs différents lieux d’accueil : pouponnière, lieux de vie et d’accueil, établissements, familles d’accueil, centres maternels...


Stigmatisation
Autre constat : « Les enfants évoquent un délicat sentiment de stigmatisation par la société. Leurs camarades de classe n’appréhendent pas ce qu’est une mesure de protection, poursuit Gautier Arnaud-Melchiorre. Les professionnels partagent ce sentiment. Il semble nécessaire que la société puisse porter un autre regard sur le travail social qui est fondamental.  » Enfin, la plupart des enfants interrogés demandent à être associés aux décisions qui les concernent.
Selon Gautier Arnaud-Melchiorre, dans le cadre de la politique publique de protection de l’enfance, les différents acteurs auraient tout intérêt à adapter leurs réponses aux besoins des enfants pour les apaiser, les sécuriser, atténuer leurs troubles du comportement et éviter ainsi le recours systématique à des réponses sanitaires.
Parmi les solutions prônées : la formation et la reconnaissance des assistants familiaux, des maitres et maitresses de maison comme partie prenante de la protection de l’enfance. Il appelle à une amélioration des conditions de l’exercice des métiers de protection de l’enfance par une adaptation des moyens humains aux besoins des enfants. Il n’oublie pas les professionnels, dont il s’agit de « prendre soin » pour qu’ils soient « en mesure de bien traiter les enfants protégés et de dégager un sentiment de bien-être  ».


Les paroles d’enfants mettent aussi en évidence les moments heureux qu’ils vivent et partagent bien que séparés de leur famille et en dépit de leur histoire familiale douloureuse.


Les questions de sexualité

Ces professionnels doivent recevoir une formation renforcée pour aborder concrètement les questions liées à l’affectivité et à la sexualité, notamment à cause des violences intrafamiliales subies par certains enfants ou pour la prévention de la prostitution. Enfin, le rapport suggère que l’accès à la culture et aux loisirs constitue une priorité pour l’épanouissement, le bien-être et la revalorisation de soi, dont ces enfants ont particulièrement besoin.
Une charte (à lire ici) le complète. « Elle ne doit pas être appréhendée comme une liste d’obligations, précise Gautier Arnaud-Melchiorre. Elle retrace les besoins et les attentes exprimés par les enfants et doit constituer un outil de dialogue entre eux et les professionnels afin d’améliorer leur quotidien.  » Parmi les droits des enfants placés : celui d’avoir des rêves et d’être encouragé.

Katia Rouff