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5 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Proximité et télétravail

Par Habib Ifires, Éducateur spécialisé

Ce Mardi 17 Mars est annoncé le début du confinement et où je travaille c’est le début du télétravail… Quelle drôle d’idée !
Impossible d’accompagner les personnes à distance… Impossible d’être éducateur spécialisé à distance, mais quelle connerie ! Oui, oui il s’agit des premières idées qui me traversent l’esprit…
Comment accompagner ? Comment faire face aux difficultés de ces personnes avec qui on travaille ? Et très vite, la réalité est la ! On n’a pas le choix … donc quitte à ne pas avoir le choix autant bien le faire ou tout du moins, autant faire au mieux, être le plus bienveillant possible.
Cette distance permet de renforcer des liens entre les collègues et d’être plus que jamais solidaire et unis pour faire EQUIPE ! C’est le moment de s’entraider, de se remonter le moral, d’accepter le rythme de chacun et de pouvoir même à distance travailler dans l’optique d’accompagner les personnes !
On va me dire : mais qu’est-ce que vous faîtes ?
C’est simple… on fait de l’ordi, de l’ordi et encore de l’ordi ! On discute projet, on effectue des évaluations, on prend le temps de penser pour revenir plus fort et dans les meilleures conditions ! En tout cas maintenant l’outil informatique on maîtrise et les réunions à distance n’ont plus de secret pour nous !
Et les personnes accompagnées dans tout ça ?
On fait au mieux ! On innove, on improvise, on crée …
Avec certains un simple appel est suffisant, pour d’autres on envoie des sms en plus, puis des mails ... on peut même faire des appels visio et s’il est nécessaire, des visites à domicile sont possibles.
Malgré la distance, l’humain reste la priorité ! On discute de tout et de rien. Le sujet du coronavirus est inévitable, mais on ne fait pas de fixette sur ça. Après avoir tenté de diminuer les angoisses, on échange sur la meilleure série du moment, le repas du week-end, sur le dernière album écouté… On s’intéresse et on donne un peu de nous. On discute du quotidien de chacun, on propose des stratégies pour diminuer l’ennuie, pour s’occuper et pour maintenir le lien entre les jeunes.
Dans certains cas, ce confinement permet même de créer plus de lien avec les familles et avec certains jeunes qui sont plus distants lorsque l’on est en institution …
Ah ! Quand la distance rapproche… Qui l’aurai cru ? Quelle drôle d’expérience quand même…
Alors oui, cet accompagnement est particulier et pas simple… pas simple pour eux, pour nous … et en même temps il nous remet sur quelques points à notre place d’éducateur spécialisé. Pas celui de super-héros, pas celui qui est indispensable … juste celui qui est là, de prêt ou de loin mais qui fait au mieux pour accompagner et qui disparaîtra un jour.
Bref, ce n’est pas simple tout le temps ce travail à distance, le quotidien manque par moment… et oui on parle bien de distance... on a plus le temps jouer avec les mots et de parler ou de se questionner sur la distance ou la proximité.
Comme m’a dit une collègue un jour : "L’éducateur doit accepter avec humilité qu’il travaille en vue de sa propre disparition"

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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4 mai 2020

★ INITIATIVES - Mineurs isolés : l’école sans école

A Paris, l’école des sans école continue son travail malgré le confinement. Cette association donne des cours à des jeunes isolés étrangers, rejetés par l’aide sociale à l’enfance, en attente de reconnaissance de leur minorité voire en attente de scolarisation lorsqu’ils ont été reconnus mineurs. Leur objectif n’est pas de remplacer l’école mais de permettre que ces adolescents continuent d’apprendre. En parallèle, ils bataillent pour qu’ils soient enfin scolarisés. Et que le droit à la scolarisation de tous soit respecté.


4 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Merci à la DDCS

Par Paola Dumont, assistante de service social en CHRS,

Voilà en photo ce que la DDCS a remis à certaines de nos associations toulousaines, gestionnaires de centres d’hébergement. A charge pour les travailleurs sociaux et leurs cadres de bien vouloir découper des masques dans ces “draps” et de les remettre aux collègues et usagers.

Ces bouts de tissu s’avèrent n’être que des torchons qui ne nous protègent pas et ne tiennent pas plus de trois lavages...
Après un lavage, ils se rétractent un peu et miracle... on voit les yeux !

Après quatre lavages ils ont tellement rétréci que ça devient des masques pédiatriques.
Après cinq lavages, c’est poubelle car ils s’effilochent trop.
Dans la notice on nous suggère gentiment de déplier un trombone pour le mettre sur le dessus du nez, pour une meilleure protection !

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Assistante sociale en CHRS, je ne comprends pas ce qu’il y a réellement derrière cette façon de faire. De l’incompétence ? Une bonne dose de bêtise ? Ou carrément du mépris ? Cela ne peut se résumer à ces mots, mais le problème est que je n’en trouve pas d’autres.

Ma réaction, mon souci n’ont même pas à voir avec le danger potentiel que constituent ces choses (on ne peut décidément pas appeler ces choses “des masques” !!) pour la santé de ceux qui les porteront, mais m’amènent une nouvelle fois à m’interroger sur la perception, la considération que ces gens ont pour nous, pour les professionnels du social et pour ceux que nous accompagnons. Et ce qui me désole aussi, ce sont les réactions spontanées de collègues qui se sont portés volontaires pour aider au découpage de ces choses. Je ne leur en veux pas, ce n’est pas du tout le propos, mais je suis révoltée par ce que cela signifie : nous avons bien intégré que nous ne valons pas plus que ça. « C’est le social, c’est normal, nous acceptons de bricoler, de faire avec ce que nous avons sous la main, de pallier l’urgence avec le moins que rien, avec pire que le rien, de ramasser les torchons que l’on veut bien nous octroyer et trouver anecdotique qu’il en soit ainsi  ».

Le problème donc, ce n’est pas le danger, c’est que la même histoire se répète encore et encore : quelle est la place, quelle est l’importance accordée par l’État et à travers lui la société pour ces publics auprès desquels nous intervenons ? Ces gens, ces « pauvres », ces migrants, ces handicapés, ces familles, ces usagers, ces accompagnés, ces gosses, ces hébergés, ces derniers de cordée, ces travailleurs dont ils font partie pour beaucoup que nous applaudissons aux balcons, caissières, éboueurs, aides-soignantes, femmes de ménages, que méritent-ils finalement ? Qui sont-ils pour celles et ceux qui ont trouvé approprié de leur distribuer ces choses ?
Le bricolage, la débrouille font partie intégrante de nos pratiques depuis toujours et loin de moi l’idée de dénigrer cela, car c’est aussi une part de notre identité. Innover, créer, faire avec, avec peu, avec tous, et à partir de rien parvenir à des réussites, à de beaux projets aboutis qui permettent une survie inespérée de bien des parcours. Mais pas là, pas aujourd’hui, pas dans ce contexte !
Ces cartons de torchons auraient dû être renvoyés à leur expéditeur ! Quelle image avons-nous de nous-mêmes pour accepter cela ? Quelle perception de l’essentialité de notre profession avons-nous pour accepter ce mépris ? Mal nous considérer, c’est mal considérer nos publics… Car c’est bien à ce constat que ces méprisables bouts de torchons me renvoient encore et encore chaque fois que je les regarde : si nous ne sommes rien, c’est que les publics que nous accompagnons ne sont rien. Ils ne sont même pas les derniers de cordée, ils ne sont tout simplement pas sur la corde.

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4 mai 2020

• TERRAIN - Témoignage vidéo - Les personnes avec handicap face à l’épidémie

Comment les foyers qui accueillent des personnes en situation de handicap font-ils face au coronavirus ? S’il n’est déjà pas facile pour tout un chacun de supporter le confinement, les plus fragiles le vivent parfois avec encore plus d’angoisse. L’UNAPEI (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) propose un petite video donnant la parole aux professionnels : l’obstruction à la liberté d’aller et venir pour éviter la contagion, la distance sociale impossible à tenir lors des toilettes, la faiblesse du 1,5 équivalents temps plein pour accompagner médicalement les résidents…


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3 mai 2020

★ INITIATIVES - Table ronde Epsilon Melia

Et si le confinement rendait possible l’impossible d’hier pour nos établissements sociaux et médico-sociaux ?
Dans ce contexte difficile, aux conséquences d’ores et déjà énormes, ce qui apparaissait il y a encore quelques semaines comme impossible, problématique voir incongru, s’impose aujourd’hui comme une nécessité, une solution, voir un remède.

Les scientifiques trouveront un traitement, c’est une question de temps, nous leur faisons confiance. En revanche nous ne pensons pas, et à vrai dire nous ne souhaitons pas, que dans les établissements sociaux et médico-sociaux le cours des choses reprenne à l’identique.

Nous désirons, au moyen de cette table ronde, témoigner des transformations que ce contexte amène dans nombre d’institutions, ces lieux de vie que sont les MECS, les CHRS, FAM, MAS, Foyers, SAMSAH, SAVS, SESSAD, EPHAD : maintien de l’accompagnement des personnes en situations vulnérables malgré des équipes en sous-effectif et des règles strictes de confinement et de distanciation sociale, mais aussi capacité d’adaptation de chacun, élan de solidarité, nouvelle dynamique… Les exemples sont nombreux. Notre intervention a pour but de les partager avec vous !

Cette expérience du confinement au sein des établissements est vectrice de changement. Il nous faut apprendre à travailler autrement en réinterrogeant les contraintes qu’on nous a imposé, repenser nos manières de vivre aussi dans ces lieux, dits de vie. Nous devons faire émerger de nouvelles formes de solidarité, de spiritualité et d’éthique.

Cette table ronde a été animée par :
• Agnès Jégo – Thérapeute Familiale Systémicienne – Praticienne de l’analyse des Pratiques
• Isabelle Jarrige – Psychologue clinicienne – Ancienne cheffe de service établissement de la protection de l’enfance – Formatrice – Praticienne de l’analyse des Pratiques
• Cédric Lopez – Ancien directeur d’établissements du champ du handicap – Formateur – Praticien de l’analyse des Pratiques
• Stéphanie Rohrbach – Éducatrice Spécialisé – Formatrice Spécialiste Autisme – Praticienne de l’analyse des Pratiques
• Eric Waroquet- Ancien directeur d’établissements du champ social et médico-social – Directeur pédagogique – co-fondateur d’Espilon Melia- Praticien de l’analyse des Pratiques


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3 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les sans domicile fixe face au confinement. 3 - Les sdf fragilisés par la crise sanitaire

Par Kathleen BUJEDO, étudiante éducatrice spécialisée.

Des mesures aberrantes

La crise sanitaire liée au nouveau Coronavirus a poussé l’État à prendre une décision forte : le confinement des français à domicile. Les libertés de sortir se trouvent réduites et chacun est invité à rester chez lui. Pour les personnes qui ne respectent pas la mesure de confinement, la sanction pécuniaire est prévue.
Mais des silhouettes continuent d’errer dans les rues, faute de domicile. Gare à elles si elles ne parviennent pas à échapper au contrôle des forces de l’ordre : elles ne sont pas exemptées d’amende. Aussi incroyable soit-il, les personnes à la rue se voient encore rappeler qu’elles n’ont rien à y faire. Les dispositifs anti-SDF mis en place dans les grandes villes et les coupes budgétaires de l’État dans les structures d’insertion n’ont pas suffi à les exclure des villes.

"Des sans-abri verbalisés"

Selon l’Insee, 150 000 personnes sont aujourd’hui sans domicile fixe (SDF) en France. Les associations, elles, évoquent plutôt le chiffre de 250 000. Et, pour les SDF qui n’ont pas de place d’hébergement, c’est parfois la double peine : certains ont été verbalisés pour non-respect du confinement. Or, « quand on n’a pas de domicile, on ne peut pas y rester !  » pointe Alain Christnacht, président du Samu social de Paris. À Lyon, le préfet a assuré au Progrès avoir demandé une « enquête interne » et promet l’annulation de ces éventuelles contraventions, « contraires [à ses] instructions »(9).

Nous pouvons ainsi réaliser la fracture entre les directives le d’État et la réalité des personnes sans domicile. Des associations et des politiques ont dénoncé les verbalisations dont elles sont victimes. Il reste à espérer que ces sanctions vont disparaître, car elles ne peuvent évidemment pas se confiner dehors ni assumer des amendes à répétition. Une question émerge cependant chez moi : ces personnes ont-elles simplement été oubliées des mesures prises ou ont-elles été sacrifiées ? Dans cette situation, nous sommes bien loin de la devise nationale « Liberté, Egalite, Fraternité ».

Une autre mesure peut faire émerger de l’inquiétude. La France relâche des prisonniers en fin de peine pour éviter les contaminations en prison. Pour les personnes ayant un domicile, une famille, des proches, cette situation est bien plus confortable que l’exposition à la maladie et aux répercussions de celles-ci au sein d’une prison. Par contre, il y a encore et toujours les autres. Ceux qui n’ont nulle part où aller, personne à appeler. Ils ne pourront pas bénéficier d’un accompagnement à la sortie et seront abandonnés dans l’urgence. Dehors, ils trouveront une nouvelle prison en plein air, sans solution pour se mettre à l’abri et sans démarches d’insertion en cours.

Des dons qui deviennent impossibles
Pour ceux qui ne bénéficient pas de place en structure d’hébergement stable et d’allocations suffisantes, il devient impossible de trouver une réponse à leurs besoins primaires en cette période de crise sanitaire. Ils se retrouvent sans possibilité d’accès aux dons dont ils bénéficiaient avant la crise. Les rues sont vides et nous pouvons imaginer qu’il leur devient très difficile de solliciter de l’argent, de la nourriture ou des produits d’hygiène.
À cette situation s’ajoute la peur des passants : la crainte d’être contaminé réside chez une grande partie des français de manière légitime. J’imagine alors un autre problème : les personnes non-réticentes à faire un « don » de manière habituelle deviendraient récalcitrantes par la peur d’être contaminé en se faisant approcher.

Des personnes qui sont épuisées et exposées
« Si le contrat narcissique garantit "l’espace où le Je peut advenir" et la continuité de l’investissement d’auto-conservation pour chaque sujet et pour l’ensemble dont il est partie constituante, le pacte constitue une coproduction aliénante dans la mesure où le sujet, pour garder son identité d’appartenance, pour rester ou constituer un lien avec l’objet, accepte de s’amputer d’une partie de lui-même qui reste en souffrance. » (10)
Par tous les éléments relevés auparavant, il semble facile d’indiquer que les personnes sans domicile sont exposées à de forts risques psychosociaux. Cette période de crise est encline à favoriser leur fragilité : désocialisés, fuis, noyés dans des besoins fondamentaux sans réponse, les personnes sans domicile risquent de s’épuiser et de vivre un sentiment d’exclusion encore plus prononcé que d’habitude. Il serait légitime qu’elles se sentent oubliées et délaissées.
En effet, en échangeant avec elles, j’ai aussi compris que les tensions apparaissent au sein de ces communautés. Privées d’une partie habituelle de leurs ressources, elles sont visibles dans les rues et se retrouvent, qu’elles le veuillent ou non, amenées à côtoyer presque uniquement « leurs » pairs, rivalisant pour trouver des objets correspondant à leurs besoins. Les bénévoles qui leur procurent des denrées, avec qui j’ai échangé, ont témoigné des violences physiques, morales et verbales qui s’y déploient. En plus d’être exposés au virus et sans moyen sanitaire pour se protéger et pour accéder aux gestes d’hygiène, les personnes sans domicile risquent donc de subir de nouveaux troubles sociaux et physiques.

Des structures qui ne parviennent pas à répondre aux besoins
L’état met en place des dispositifs sur le territoire national et des directives sont aussi données par les préfectures et les municipalités : bons alimentaires distribuables, ouverture de places en structures d’urgence, d’accueil de jours, réservation de quelques chambres d’hôtel, réquisition de lieux publics et privés pour y mettre des lits… Mais, ces mesures ne sont pas suffisantes pour prétendre soutenir toutes les personnes dans le besoin car les places manquent et que les structures naissantes ne sont pas toujours adaptées aux situations individuelles. De nombreux témoignages de travailleurs sociaux épuisés et inquiets par les manques de protections disponibles tant pour leur propre santé que pour celle des personnes accompagnées sont publiés pas les médias.
Des solidarités citoyennes surgissent dans les grandes villes et tentent de pallier à ces besoins. Des maraudes bénévoles continuent dans les villes pour soutenir les personnes en difficulté et les institutions déjà présentes sur le terrain. Mais, nous pouvons nous questionner sur la temporalité de ces initiatives citoyennes. Au même titre que les travailleurs sociaux, ces bénévoles ne vont-ils pas s’épuiser risquent en s’exposant aux risques sanitaires et psychologiques de leur action.

Pour conclure…
Au quotidien, les personnes sans domicile sont soumises à d’innombrables difficultés. Elles sont fragilisées par l’absence de réponse à leurs nombreux besoins. De nombreuses représentations sociales pèsent sur elles auxquelles elles doivent parfois se conformer pour accéder à des dons alimentaires ou financiers. La crise sanitaire du COVID-19 aggrave encore ces multiples problèmes : à l’heure où nos déplacements sont limités, elles errent dans les rues, faute d’un endroit où aller, ce qui peut fortement fragiliser plus encore leur situation socialement et sanitairement parlant. L’État propose des solutions qui sont malheureusement insuffisantes à ce jour. Ainsi, nous pouvons craindre les risques psychosociaux pour ces personnes et nous inquiéter pour leur survie. En sachant que de nombreuses personnes meurent dans les rues de France tous les ans, faut-il craindre que cette crise sanitaire augmente le taux de mortalité chez les personnes sans domicile ?

(9) Thibaut Déléaz , Le Point.fr, publié le 22.03.2020
(10) De la fragilisation à la rupture du lien social : approche clinique des impacts psychiques de la précarité et du processus d’exclusion sociale, Isabelle Vandecasteele et Alex Lefebvre, Cahiers de psychologie clinique 2006/1 (n° 26)

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2 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Télétaf et confidences

Par Béatrice, éducatrice en ITEP
Je suis éduc, je n’échappe pas à la règle, à la tentation de celles et ceux qui parfois, par pur pêché d’orgueil, s’enveloppent d’une cape d’héroïsme. De ceux et celles qui « savent », qui « sauvent » ou tout simplement … accompagnent la détresse et la différence.

17 mars 2020, midi. Le couperet tombe : « Tout le monde à la maison !  ». Je m’en remets donc aux directives gouvernementales et à celles de mon employeur et j’embarque bloc-notes, répertoire et téléphone pour filer direct chez moi. La transition est rude, le retour solitaire.
Arrêt sur image : je suis de la vieille école, comment vais-je concilier télétravail – dernier bébé du technico-commercial – avec le logiciel Nemo, héritier de Serafin PH, pour « comptabiliser » mes actes ? Bon sang ! Comment vais-je mener des entretiens à l’aveugle, dépouillée de la sacro-sainte communication non-verbale si chère à nos pratiques ?

Au fil des jours, je réapprends à discuter au téléphone. Ma tête se désembue de toute théorie psycho-socio-éducative pour me centrer sur l’essentiel : la réciprocité dans l’échange. Entre Q.G et sentinelle, assignée à mon domicile, j’écoute de mon mieux, en creux et en plein les conversations du quotidien. « Allo, Morad ? Tu vas bien ?  ». J’ai droit à une minute de grognements, deux ou trois « Ouais, ouais …  », pas plus. Il est 14 heures, Morad, l’ado, vient de se réveiller, il n’a pas de temps à me consacrer. Je ne pèse pas lourd face à Fortnite !
Je suis tronquée – et c’est tant mieux ! – de mon supposé savoir sur les autres. Au bout de vingt ans de carrière, voilà que je débute ! Je n’ai plus qu’à me débarrasser de mes oripeaux de « pay-friend » pour me concentrer sur la voix, les voix, les intonations, inflexions, le débit, les respirations, et les silences … Vais-je devenir la Macha du social ? Je suis Bénédicte, télé-éduc !

Cette fois-ci, ce sont ces dames, ces mamans A.S.H, aides-soignantes, auxiliaires de vie, aides à domicile, qui vont me guider, en dehors des sentiers officiels de nos entretiens et autres PPA institutionnels. A petits pas de conversations, je partage leur réalité de travail, simple, sans détours : « C’est dur, Bénédicte, avec ces combinaisons, ça tient chaud ! ». Elles glissent parfois, avec pudeur, le nombre de « touchés », le nombre de « partis » à l’EHPAD. Elles évoquent, furtivement, leur peur d’être assassines … malgré elles. Pur paradoxe lorsqu’il s’agit de soigner … Je n’entends ni tchatche, ni plainte, ni d’affaire d’ego au boulot, mais juste du courage, de celui qui les tient debout chaque matin.
Mesdames,
Je vous sais d’ordinaire, petites mains, accoutumées à travailler dans l’ombre, et voilà que vous êtes sous les sunlights, à la une des tabloïds. Pauvres pêcheurs connectés que nous sommes ! Je sais aussi que vous resterez les belles de jour du sanitaire, parce-qu’ « avec le temps , avec le temps va …. ». Mais, je tiens à vous dire à quel point vous êtes les discrètes indispensables à nos anciens. Face à vous, je suis toute petite, et grande de nos échanges. Merci pour ce précieux interlude, ces trésors de patience et cette belle leçon de vie. Je suis fière, si fière de vous avoir rencontrées.
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2 mai 2020

★ INITIATIVES - La solidarité en acte

Le « Refertorio », c’est un restaurant social fournissant aux plus démunis des repas dans la crypte de l’église de la Madeleine, en respectant les conditions d’un trois étoiles. En réaction à la précarisation croissante liée au confinement, cette association a lancé un double appel en direction des fournisseurs de produits alimentaires et des restaurants fermés du fait de l’épidémie : que les premiers fournissent les seconds qui préparent alors dans leurs cuisines des paniers repas livrés aux personnes en grande difficulté. Les résultats ont dépassé toutes leurs espérances …


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2 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les sans domicile fixe face au confinement. 2 - Des représentations sociales qui ont la peau dure

Par Kathleen BUJEDO, étudiante éducatrice spécialisée.

« D’un côté, les exclus sont toujours trop rapidement identifiés. Ou bien ils sont considérés comme inutiles, en trop, dont on ne sait quoi faire. Ou bien, ils sont des sujets considérés comme dangereux dont il faut se méfier. D’un autre côté, les exclus sont souvent rendus invisibles. On ne les entend pas, on ne veut plus les voir. En réalité, là se trouve révélée l’ambiguïté du traitement social, anthropologique et politique de l’exclusion. Ce sont deux éléments d’un dispositif dans lequel l’exclu est vu comme un humain pas tout à fait comme les autres, aux bords du social et le menaçant. Selon ce dispositif, l’exclu est dans la cité et hors de la cité, il est un élément surnuméraire dont on ne sait quoi faire et qu’il faut alors, au mieux rendre invisible, à défaut administrer pour qu’il ne trouble pas l’ordre public »(6)
Qui n’a jamais entendu une de ces phrases : « c’est son choix [de la personne sans domicile] si il vit ainsi  », «  ils ont le RSA ils peuvent s’en sortir », « Si on leur donne de l’argent, ils vont s’acheter de l’alcool  », « ils font la manche mais ils sont mieux habillés que nous  » ?
Est-ce lié à une désinformation de toutes les injustices dont sont victimes les plus précaires ? À une crédulité ? À un déni ? La personne sans domicile fait face à de nombreuses représentations qui la définissent. D’ailleurs, il n’est pas rare qu’on parle d’elle comme « Le/Un SDF ». Elle devient donc réduite à ce statut, son identité entière y étant réduite, comme on parlerait « d’un handicapé », « d’un toxicomane »… Ainsi, elles seraient reconnaissables. Dans l’imaginaire collectif, la personne sans domicile est représentée par l’image du « SDF » marginalisé qui serait sale, alcoolisé ou drogué, désocialisé. Ces représentations sont liées à mon sens à une crise sociale profonde qui divise des citoyens surmédiatisés qui ne savent pas s’ils peuvent faire confiance à leurs pairs et à l’État.

Des représentations sociales qui influent sur la survie de ces personnes et qui initient des attentes

Les personnes sans domicile peuvent être amenées à vivre des solidarités de la population : par le biais de la « manche », de dons. Si ces sollicitations ne sont pas une généralité, elles sont cependant répandues. D’un point de vue territorial, j’émets l’hypothèse que c’est aussi pour cette raison qu’elles sont concentrées dans les grandes villes. Leur accès à une réponse à leurs besoins (alimentaires, hygiènes, de santé, consommations) n’est possible que grâce à des rues animées par des passants. Et les représentations sociales vont être un facteur important dans leur survie, devant correspondre aux attentes de celles et ceux qui leur donnent. Dominique Memmi et Pascal Arduin expliquent cette idée : « Une donnée essentielle à cet égard : la très grande dépendance objective de la plupart de ces personnes à l’égard des jugements sociaux qui peuvent être portés sur elles. Comment résister, en effet, dans une telle situation de dépendance, à la définition exclusive qu’on leur fournit d’elles-mêmes, non pas comme dotées, par exemple, d’une compétence professionnelle passée mais comme ayants droit, et souvent comme affligées de manques que la communauté se devrait de prendre en charge. Assurer sa survie commande alors d’adhérer à la définition par d’autres de la légitimité de ses besoins et à une certaine représentation de soi, de s’y couler aussi parfaitement que possible en raison des bénéfices à court terme qu’elle recèle, et en dépit des inconvénients à long terme qu’elle comporte. » (7)
Une expérience que j’ai vécue peut en effet prétendre à illustrer ces propos. À côté de ma formation, je suis en emploi dans un petit bar de quartier. Aux abords de ce bar, un homme sans domicile vient quotidiennement solliciter la solidarité des passants en demandant des dons alimentaires ou de la monnaie. Nous fumons souvent une cigarette ensemble. Un jour, j’ai remarqué qu’il était habillé différemment qu’à son habitude : il portait un jean et une veste de marque, le tout propre. Je suis habituée à le voir dans un survêtement tâché et troué trop grand, alors je l’ai complimenté sur sa tenue. Il m’a alors expliqué qu’il portait des vêtements offerts par une dame qui se débarrassait des habits d’un proche mais qu’il le regrettait : il n’arrivait pas à « récolter », alors qu’habituellement à cette heure, il avait en poche de quoi acheter à manger à son chien et à lui-même. Dès le lendemain, le vieux survêtement était réintégré à sa tenue quotidienne.
Une mise en scène apparaît alors : les personnes en situation de précarité arrangent leurs images pour survivre et tenter de répondre à leurs besoins. Cette réflexion me renvoie à Marcel Mauss et à sa notion de « système social de l’échange-don » (8) : le don n’est pas désintéressé et sert à quelque chose. Dans cette relation entre le demandeur et le donneur (ou même dans le don spontané), le donneur cherche chez le demandeur une légitimité avant de donner. Si cette attente est satisfaite, le donneur pourra acquérir l’impression d’avoir bien agi et d’avoir eu un comportement socialement acceptable. Il en est de même si le donneur possible ne donne rien car il juge que l’apparence physique du demandeur n’est pas assez « appauvrie » : il n’aura pas le sentiment d’avoir mal agi, puisque la personne en face n’était pas réellement en nécessité. Il devient donc plus facile de dire non.

(6) Rancière J., Le partage du sensible. Esthétique et politique, Paris, Éditions La Fabrique, 2000.
(7) L’affichage du corporel comme ruse du faible : les SDF parisiens, Dominique Memmi et Pascal Arduin, Cahiers internationaux de sociologie 2002/2 (n° 113),
(8) Marcel Mauss, Essai sur le don, Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, 1923-1924.


(à suivre 3 - Les sdf fragilisés par la crise sanitaire)

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1er mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les sans domicile fixe face au confinement. 1 - Etat des lieux

Par Kathleen BUJEDO, étudiante éducatrice spécialisée.

Actuellement en deuxième année de formation d’éducatrice spécialisée, la crise sanitaire que nous traversons actuellement a imposé, comme pour beaucoup de Français, mon confinement à domicile. Cette situation a cependant éveillé mon attention sur la fragilité des personnes sans domicile en France. Est-il envisageable que la crise du nouveau coronavirus illustre et aggrave la fragilité des personnes sans domicile ? Je tenterai ici modestement de réfléchir à cette question.

Qui sont ces personnes ?
L’INSEE propose une définition de la notion de personne sans domicile : « Dans le cadre de l’enquête auprès des personnes fréquentant les lieux d’hébergement ou de restauration gratuite, une personne est qualifiée de « sans-domicile » un jour donné si la nuit précédente elle a eu recours à un service d’hébergement ou si elle a dormi dans un lieu non prévu pour l’habitation (rue, abri de fortune) » (1)
Avec cette définition, nous pouvons imaginer que les besoins liés à cette situation sont importants : accès au logement, à l’hygiène, à la santé, aux ressources financières, aux droits d’asile, aux loisirs, à l’emploi, à la socialisation…
Cette situation de précarité et ces besoins non satisfaits sont à risque pour ces personnes, puisqu’elle peut les mener à l’exclusion sociale. Isabelle Vandescasteele et Alex Lefebvre (2) proposent cette définition de l’exclusion sociale : « L’exclusion sociale se définit aujourd’hui comme un processus multidimensionnel de ruptures progressives, se déclinant à la fois dans le domaine professionnel et relationnel. Ces ruptures peuvent également toucher d’autres domaines ou objets sociaux que l’emploi comme le logement ou l’accès aux soins par exemple. »

Un Etat qui ne parvient pas répondre à ces besoins
« Je ne veux plus (...) avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus  » clamait Emmanuel Macron en juillet 2017. Il a appuyé cet objectif par la mise en place du dispositif Logement D’abord. Sur le site du gouvernement, nous trouvons la présentation suivante concernant ce plan : « le plan quinquennal pour le Logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme (2018-2022) propose une réforme structurelle de l’accès au logement pour les personnes sans-domicile. Il répond aux constats d’un sans-abrisme persistant en France et d’une saturation toujours croissante des dispositifs d’hébergement d’urgence dans les territoires. Cette nouvelle stratégie a pour ambition de diminuer de manière significative le nombre de personnes sans domicile d’ici 2022. Il s’agit de passer d’une réponse construite dans l’urgence s’appuyant majoritairement sur des places d’hébergement avec des parcours souvent longs et coûteux, à un accès direct au logement avec un accompagnement social adapté aux besoins des personnes. » (3)
Cependant, la mise en place de ce dispositif n’a, en 2020, pas assez évolué pour permettre le logement de toutes les personnes sans domicile. J’ai pu évaluer cet enjeu en assistant à des commissions insertion au SIAO (4) sur le territoire Amiénois (5). Les listes d’attente sont très longues pour accéder au logement d’abord. Une autre problématique a aussi été régulièrement soulevée : des personnes qui accèdent au Logement d’Abord sont parfois marginalisées et nécessitent un accompagnement social conséquent. Le logement d’abord ne propose pas à ce jour un accompagnement suffisant pour ces profils individuels. Ainsi, il arrive que ces personnes se trouvent en difficulté lorsqu’elles intègrent un logement car elles ne disposent pas d’un accompagnement suffisant pour répondre à leurs besoins administratifs, leurs besoins en matière de santé ou encore leurs besoins d’aide à la gestion de ce logement. Elles vivent donc un échec, puisqu’elles quittent ou perdent le logement pour retourner à la rue ou dans des hébergements non pérennes.

L’État propose donc aussi d’autres possibilités comme les Hébergements d’Urgence, les Hébergements de Stabilisation, les Hébergements d’insertion. Tous ces dispositifs peuvent prétendre à fournir une allocation de subsistance aux personnes hébergées si elles n’ont pas de ressources. Cependant, là aussi, les listes d’attente pour accéder à ces dispositifs peuvent être longues. De plus, les orientations se font en fonction des missions et des financements des lieux d’hébergement. Un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale peut, par exemple, accueillir des personnes sous certain critères : sexe, âge, situation administrative, hygiène de vie (non consommateur de drogues ou d’alcool par exemple). Ces critères d’orientation peuvent ne pas correspondre à la situation individuelle des personnes demandeuses. De même, l’organisation de ces structures peut les contraindre à interrompre leur prise en charge ou contraindre l’établissement à y mettre fin. Il est en effet possible que les personnes ne supportent pas la vie en collectivité ou au contraire la solitude, ou qu’elles ne respectent pas le règlement pour des raisons personnelles. La barrière de la langue et la différence de culture peut aussi rendre très difficile l’hébergement et l’intégration des personnes d’origine étrangère. Ainsi, elles peuvent se retrouver au point de départ : faire appel au 115 et/ou au SIAO. Les situations individuelles et singulières peuvent freiner l’accès à l’hébergement.

Il existe aussi les accueils de jours, dans lesquels les personnes sans domicile peuvent se laver, se reposer, bénéficier de l’électricité, manger. Ces services sont soumis à une présence journalière : les personnes qui en bénéficient doivent retourner à la rue ou en hébergement de nuit, à la fin de la journée. Une partie de ces services sont de plus fermés le week-end.

Une problématique visible de cet ensemble de structures, c’est le financement des places. Il n’y en a pas assez de disponibles pour répondre à toutes les demandes. Ainsi, les personnes qui sollicitent un hébergement ne parviennent pas toutes à en obtenir un. De nombreux établissements dénoncent des coupes budgétaires qui ne permettent plus d’accompagner dignement les personnes accueillies.
Une autre problématique existe : ces structures sont rares en milieu rural, contraignant . à se rapprocher des villes pour parvenir à y accéder.

(1) https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1256
(2)De la fragilisation à la rupture du lien social : approche clinique des impacts psychiques de la précarité et du processus d’exclusion sociale, Isabelle Vandecasteele et Alex Lefebvre, Cahiers de psychologie clinique 2006/1 (n° 26)
(3) https://www.gouvernement.fr/logement-d-abord
(4) Service Intégré d’Accueil et d’Orientation
(5) Ces commissions ont lieu à l’Union Départementale D’Accueil et d’Urgence Sociale (USAUD). Elles réunissent des professionnels du 115, de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de structures d’hébergement. L’objectif de ces commissions est d’orienter les personnes grâce aux informations qu’elles ont communiqué lors de leur rendez-vous de demande en matière d’hébergement sur le service SIAO.

(à suivre : « 2- Des représentations qui ont la peau dure »)

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