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5 avril 2017

Cimade : une autre politique migratoire possible

La politique migratoire, les frontières, l’accueil des réfugiés etc. sont des enjeux centraux de la campagne présidentielle. Tantôt mal utilisés, tantôt manipulés, les données sur l’immigration sont dévoyées.
C’est pourquoi La Cimade* lance un cri d’alerte et publie « Migrations. État des lieux 2017 ». L’association entend d’une part donner des éléments de compréhension de ces phénomènes à partir de la pratique de terrain. Elle dénonce d’autre part les politiques publiques « sécuritaires et méfiantes » et appelle l’Etat à revoir son positionnement sur la question migratoire. Elle formule enfin des propositions d’actions pour mettre fin à la politique du tout répressif et invite à trouver des solutions durables pour préserver la cohésion sociale.
La Cimade n’en est pas à son premier « état des lieux ». Pour la version 2017, l’association a choisi de prendre plus de recul (une décennie) et de mettre au jour cette politique « néfaste », dans sa continuité malgré les changements de majorités et les réformes.

Le poids des mots, le choc de la réalité

Les intitulés des cinq chapitres de cette publication sonnent comme un échec des politiques publiques et condamnent clairement les actions de l’État en direction des migrants :

  • « Contrôler et punir ». La Cimade dénonce la loi du 7 mars 2016 qui renforce les dispositifs de contrôle, accentue la suspicion et permet de surveiller et d’enfermer en toute impunité ceux que l’on détermine comme des « faux malades, faux mineurs, faux couples » etc.
  • « Sous-traiter et déléguer ». L’UE est condamnable pour avoir passé des accords douteux avec des pays tiers afin qu’ils retiennent les migrants en échange de contreparties financières et en fermant les yeux sur le non-respect des droits de l’homme.
  • « Trier pour exclure », c’est l’action qui consiste à choisir les migrants que l’on souhaite recevoir et exclure ceux dont on ne veut pas. « Vrais » réfugiés (sous-entendu qui fuient la guerre) versus réfugiés économiques ; on assiste finalement à une « immigration jetable » selon La Cimade.
  • « Discriminer et accorder des droits au rabais ». Les personnes étrangères sont victimes au quotidien de discriminations et connaissent un véritable parcours du combattant pour avoir accès à leurs droits fondamentaux.
  • « Ajouter de la violence à la violence ». Au besoin de sécurité et de protection des personnes migrantes, l’État répond par la violence (enfermement, maltraitance policière, refus d’une minorité etc.) et condamne les citoyens pour « délit de solidarité ».

Faire le choix d’une autre politique

La Cimade propose des réponses à la situation migratoire en France et en Europe, réponses respectueuses des droits des personnes, axées sur la solidarité.
Exemples choisis :

  • Supprimer toutes les « formes d’enfermement spécifiques aux personnes étrangères ».
  • Mettre en place une coopération Nord-Sud basée sur l’échange plutôt que de passer des accords avec la Turquie dans le seul intérêt de l’UE.
  • Imaginer un dispositif d’accueil respectueux de la dignité des personnes et adapter le nombre d’hébergements.
  • Accorder le droit au travail des demandeurs d’asile de façon automatique
  • Contraindre les départements à répondre à leur mission de protection des mineurs isolés.

*Association de terrain fondée en 1939, La Cimade a vu ses luttes évoluer et se bat aujourd’hui pour faire respecter les droits des personnes étrangères.

Publication intégrale
Synthèse de la publication


5 avril 2017

Protection de l’Enfance : de graves dysfonctionnements dénoncés en Gironde

Une lettre ouverte a été adressée ce début de semaine par une partie des salariés des services du Centre départemental de l’enfance et de la famille (CDEF) d’Eysines, en Gironde, à l’ensemble de ses partenaires notamment, et à la presse. Intitulé Les enfants sacrifiés de la République ce texte dénonce de graves violences, à trois niveaux : violence des jeunes entre eux (dont des cas d’abus sexuels), violence institutionnelle à l’encontre des salariés, violence des jeunes envers les professionnels.

« Au moins 190 événements répertoriés depuis début 2016 », précise une salariée, soulignant que ce chiffre reste bien en-deçà de la réalité. Le courrier (en date du 4 avril, à lire ici) exprime cette inquiétude : « nous avons le sentiment d’être en situation de non-assistance à enfants en danger et d’endosser une responsabilité morale, mais aussi pénale ». Une alerte avait déjà été lancée il y a un an par deux courriers (datés du 31 mars et du 26 avril 2016, à lire ici) soulevant les mêmes questions et évoquant des promesses formulées mais non suivies d’effets, selon leurs auteurs.

Pas loin des services d’urgences

La directrice adjointe de l’établissement – 450 salariés répartis en 18 structures – a répondu à la sollicitation de Lien Social : d’emblée, elle confirme les difficultés, imputables, selon elle, « à l’obligation d’accueil inconditionnel, sept jours sur sept et 24h sur 24, et au sureffectif des enfants accueillis ». Actuellement, par exemple, 30 enfants au lieu de 24 sont accueillis au service Petite enfance.

Rapprochant la situation du CDEF girondin de l’ensemble des foyers de l’enfance départementaux. « On se sent très proches du service des urgences de l’hôpital » explique sa direction, rappelant quelques avancées récentes : la semaine prochaine, doit ouvrir une structure expérimentale pour enfants de 8 à 12 ans, avec des éducateurs et des infirmiers travaillant en binôme. Une action mise en place sur proposition du CHS-CT.

Un schéma à étudier soigneusement

Par ailleurs, suite à l’alerte de l’an dernier, quelques renforts en personnels ont été débloqués en juin 2016, dont six postes au service Petite enfance ; des formations à la « contenance » (pour ne pas dire contention, ndlr) ont été mises en place… Un autre projet d’accueil thérapeutique intersectoriel, pour jeunes et adolescents, est en cours avec l’Agence régionale de santé… La direction affirme également avoir elle-même alerté le Département sur la dégradation de la prise en charge liée au contexte d’accueil inconditionnel.

Le schéma départemental de Protection de l’enfance est en train d’être réécrit pour les années à venir. Prendra-t-il en compte ces données ? « Quoi qu’il en soit, ce sont les professionnels de terrain qui ont les solutions », conclut la direction du CDEF. Le malaise est réel, emblématique, et l’affaire ne fait sans doute que commencer.


3 avril 2017

Handicap : des ressources liées au type et à la sévérité du handicap

Selon une étude de la DREES* parue récemment, 11,3 millions de personnes de 15 à 64 ans présentent un handicap au sens large : limitation fonctionnelle dans leur vie quotidienne ou handicap reconnu. Le niveau de vie des personnes correspond à celui du ménage dans lequel elles vivent. Premier constat : avoir un handicap réduit le niveau de vie. L’écart se creuse si le handicap est sévère : le niveau de vie diminue à 16 800€/an.

Niveau de vie et nature du handicap

Le niveau de vie des personnes dépend de la nature du handicap et de sa sévérité. Présenter un handicap mental, un polyhandicap ou un handicap visuel fait chuter les ressources des personnes au-dessous du seuil de pauvreté. Tandis qu’un handicap moteur ou psychique léger et un handicap auditif affectent beaucoup moins le niveau de vie médian.
Pour exemple, une personne présentant un handicap psychique léger a un niveau de vie semblable à une personne sans handicap. L’écart devient significatif si la limitation est sévère ; 22% des personnes sont alors en situation de pauvreté.
Pour les personnes présentant une limitation visuelle légère ou sévère, le niveau de vie reste plus faible que celui de personnes sans handicap (28% sous le seuil de pauvreté au total).

Niveau de vie et situation familiale et professionnelle

L’étude note que les différences de niveau de vie varient également selon les caractéristiques sociodémographiques des ménages.
Ainsi, la déficience auditive est celle qui impacte le moins la vie des personnes car elle survient généralement avec l’âge, avec moins d’effet sur la baisse de revenus : présence d’un conjoint, salaire plus élevé qu’en début de carrière, pas d’enfants à charge.
En revanche, le handicap mental et polyhandicap influent plus négativement sur le niveau de vie. Apparaissant généralement tôt dans la vie ou survenant en plus d’autres difficultés, ils perturbent le parcours scolaire, professionnel et familial sur le long terme. La plupart des personnes ayant ce type de limitation vivent seules et sans emploi.

*Le niveau de vie des personnes handicapées : des différences marquées selon les limitations, Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques, mars 2017


1er avril 2017

Présidentielle : l’appel des solidarités

« Signer l’appel des solidarités est un moyen de lancer ce message : avant de dire pour qui on va voter, on dit pour quoi on va voter ». Faute d’être candidat à la présidentielle, Nicolas Hulot se fait le porte parole de 80 associations pour faire entendre la voix de la solidarité. Cette campagne lancée le 23 mars vise à montrer « la force qui s’oppose au repli sur soi, et à faire de la dignité une valeur absolue ». Cette fois, le lobbyiste écolo médiatique élargit son combat en portant cinq grands thèmes : les inégalités, le climat, les exclusions, la démocratie et l’international. Du collectif AC le feu à l’Association des paralysés de France (APF) en passant par le Réseau pour la transition énergétique, Attac ou la Cimade, cet appel réunit un large spectre d’acteurs et de militants de la société civile.

500 propositions solidaires

Soumises par chaque association dans son domaine d’expertise, plus de 500 propositions sont accolées à ce manifeste : encadrement des loyers, abandon du projet de Notre Dame des Landes, accueil digne des demandeurs d’asile, renforcement des sanctions contre l’évasion fiscale, garantie du tiers payant généralisé… « Nous remettrons ces propositions aux nouveaux parlementaires en juin, explique Thierry Kuhn, président d’Emmaüs France. Il faut de vrais projets de société, cohérents, ambitieux, pas des mesures rustines ». L’appel des solidarités a l’ambition d’imposer ses thèmes sur le long terme et de créer un « mouvement culturel » pour éviter de voir « le fatalisme nourrir le fanatisme ». Les citoyens sont invités à parapher le texte sur internet. Ils étaient 135 830 le 31 mars.


29 mars 2017

Guyane : le travail social à la peine

À 7 000 km de Paris, la Guyane est à l’abandon. Depuis le 20 mars, ce département français d’Amérique du sud vit au rythme des barricades, puis d’une grève générale entamée le 27 mars. Environ 250 000 habitants se répartissent sur un territoire équivalent au Portugal, dont plus de la moitié est inaccessible par voie terrestre. Près de 45 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté, fixé ici à 500 euros. Le taux de chômage a été évalué à 22 % en 2015 par l’Insee, atteignant 54,9 % pour les moins de 25 ans. Après son passage en octobre 2016, le Défenseur des droits dresse un portrait criant d’inégalité : 15 % à 20 % de la population ne bénéficie pas des infrastructures élémentaires (eau potable, électricité, téléphone, logement), le décrochage scolaire est trois fois supérieur à la métropole (9 % des élèves quittent l’école avant la classe de 3ème), et le taux de suicide y est 20 fois supérieur.

Errance, déscolarisation, violence

Face à cette situation, les travailleurs sociaux sont en première ligne… mais complètement désarmés. « Dans la région de Saint-Laurent du Maroni, à l’ouest, seulement deux éducateurs de l’ASE sont présents pour 44 000 habitants, dont 15 000 de moins de 20 ans, explique une travailleuse sociale en poste depuis 10 ans en Guyane. Les familles d’accueil reçoivent 8 ou 9 enfants. Nous signalons des problématiques d’errance, de déscolarisation, de violence, de toxicomanie sans qu’aucune décision ne soit prise parce qu’il n’y pas de réponse institutionnelle. Les juges ne font plus d’Aide éducative en milieu ouvert (AEMO) parce qu’il n’y a pas de professionnels pour assurer les suivis. À la maison des adolescents, un éducateur, une assistante sociale et un psychologue assurent le suivi de 300 ados et 60 parents. On attend juste de ce mouvement social d’obtenir les mêmes droits qu’en métropole ».

Pas de droit, pas de respect de la loi

Si les « 500 frères » font de la lutte contre l’insécurité le levier de ce mouvement social, les travailleurs sociaux dénoncent d’autres violences : une justice qui ferme les yeux quand une jeune fille de 18 ans accouche de son quatrième enfant, un CHRS destiné aux femmes victimes de violences mais qui refuse les mères de plus de trois enfants ou un enfant de moins de 3 ans, à Saint-Laurent, un centre médico psychologique infantile qui ne compte qu’un psychiatre. Et chaque année, 150 élèves mis au ban de l’éducation nationale à l’issue de la 3ème parce qu’il n’y a plus de places en lycée. « Quand on n’a pas de droit, il n’y a aucune raison de respecter la loi, souligne la travailleuse sociale. Les jeunes ne sont pas plus violents qu’ailleurs, ils répondent à une violence institutionnelle ».


27 mars 2017

"Logement d’abord" : l’ANSA plaide pour la généralisation

Dans un récent rapport titre intitulé Le logement d’abord, et après, l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives (ANSA) dresse le bilan de la politique de « logement d’abord » impulsée depuis une dizaine d’années en France et défend sa généralisation pour lutter contre le sans-abrisme.
Non, « le parcours en escalier » de l’accueil d’urgence à l’hébergement d’insertion puis au logement accompagné n’est pas la seule voie possible d’accès au logement autonome pour les personnes sans abris. Fondé sur le préjugé qu’une personne précaire ne peut pas habiter un logement, ce long parcours du combattant fragilise la personne et aboutit souvent à un relogement inadapté. L’efficacité de ce parcours d’insertion, long et couteux, demeure limitée.

La démarche a donc été repensée et une stratégie de « logement d’abord » s’esquisse depuis 2006 en France. Elle conduit à adapter le logement et l’accompagnement à la personne, et non l’inverse. L’inconditionnalité de l’accès au logement, la sécurité d’occupation (la personne est titulaire d’un bail) et un accompagnement flexible (dans la durée et l’intensité) sont les trois piliers de ce dispositif.

Le bilan du modèle Housing First

Le modèle Housing First est né aux États Unis en 1992 et s’est ensuite développé dans le monde : le taux de maintien dans le logement évalué dans différentes expérimentations mondiales s’élève à plus de 80%. Dans son rapport, l’ANSA recense une dizaine de projets français et en propose l’évaluation.

Le plus connu, « Un chez soi d’abord » en direction des « grands exclus » souffrant de troubles psychiques sévères, a permis de restaurer leur qualité de vie, de diminuer leurs séjours à l’hôpital et de les maintenir durablement dans le logement. En revanche, le coût d’un logement privé reste trop onéreux et les personnes demeurent souvent dans un statut de sous locataire.

D’autres initiatives ont vu le jour, en direction des jeunes en errance et des sortants de prisons où le bail glissant constitue une finalité et permet l’accès à la location de manière autonome. Un projet pour les femmes victimes de violence est également en cours d’expérimentation pour leur permettre le maintien à domicile, l’éloignement et la prise en charge de l’homme auteur de violences.

L’avenir du « logement d’abord »

L’ANSA propose d’étendre ces expérimentations innovantes, efficaces à petite échelle mais ne représentant encore qu’un faible volume de personnes accompagnées. Mais il existe plusieurs obstacles : le manque de logements sociaux, la faible mobilisation des logements privés à des fins sociales, la logique de parcours qui prévaut, un dispositif d’accompagnement vers le logement inadapté et un pilotage complexe des politiques d’hébergement et de logement.

Des propositions sont faites pour dépasser ces contraintes dans l’accès au logement : prioriser davantage les personnes sans domicile dans l’attribution des logements sociaux, augmenter la captation de logements dans le parc privé, faire des métropoles les acteurs principaux du pilotage du logement d’abord, former les professionnels au modèle Housing First, expérimenter une plateforme nationale pour l’accès direct au logement.

Intégralité du rapport de l’ANAS : Le logement d’abord, et après. Bilan et propositions pour la généralisation du logement d’abord en France


24 mars 2017

Accès aux droits : un simulateur en ligne

Pour lutter contre le non-recours aux droits, le gouvernement lance un simulateur en ligne qui permet à chacun d’estimer simplement et anonymement le montant des prestations sociales auxquelles il peut prétendre. « Cet outil ne va pas régler le problème de ceux qui n’ont pas d’accès à Internet chez eux, mais il doit permettre d’apporter une réponse adaptée au plus grand nombre, incluant tous les bénévoles et travailleurs sociaux qui n’ont pas forcément une vue d’ensemble de toutes les aides », a déclaré la secrétaire d’État chargée de la lutte contre l’exclusion, Ségolène Neuville, lors de sa présentation dans un centre social parisien.

Une utilité toute relative

Disponible en version test depuis novembre 2014 mais aujourd’hui amélioré, le simulateur analyse l’éligibilité des personnes à 24 prestations, nationales ou locales, effectue une estimation du montant et facilite les démarches administratives. « Cela peut être utile pour des travailleurs sociaux moins spécialisés, ou pour des publics de la classe moyenne basse dont nous n’avons pas le temps de nous occuper, mais qui peuvent avoir accès à des allocations, explique Séverine Parrot, assistante sociale polyvalente à Paris. Pour la majorité de nos suivis très éloignés de l’informatique, développer des outils numériques ne va pas les aider. La réalité de nos services, c’est qu’aujourd’hui l’assistante sociale doit remplir des dossiers de demande de carte d’identité en ligne, ce qui avant la dématérialisation se faisait en mairie en toute autonomie, et c’est assez agaçant. »

Site : mes-aides.gouv.fr


22 mars 2017

Présidentielle : 15 propositions pour l’aide à domicile

Personnes âgées, handicapées, familles en difficulté, aidants : deux millions de personnes ont recours aux services à domicile, un secteur qui représente plus de 230 000 emplois mais qui reste d’une grande fragilité. À l’occasion de l’élection présidentielle, l’Union nationale de l’aide, des soins et des services à domicile (Una) et la Fédération Adessadomicile s’associent pour dénoncer les mécanismes du déficit de l’aide à domicile et proposer quinze mesures en faveur du "vivre à domicile".

Manque à gagner : 3 euros/heure

Réalisée entre 2013 et 2015 auprès de ses adhérents, une étude de l’Una révèle un écart entre le coût d’une heure d’aide à domicile pour les structures, en moyenne 24 €, et son financement par les conseils départementaux, en moyenne 21 €. Les services d’aide s’avèrent donc structurellement déficitaires, même si leurs salariés exercent un métier pénible et mal rémunéré. Pour Patrick Malphettes, président d’Adessadomicile, et Guillaume Quercy, président d’UNA, le problème est double : « Au niveau national, le financement n’est pas au rendez-vous : il manque entre 1 et 1,5 million d’euros pour la prise en charge des personnes âgées et/ou handicapées à domicile. Au niveau départemental, les fonds fléchés à l’attention du service à domicile ne sont pas correctement reversés. »

Une prise en charge par la sécurité sociale

Les fédérations portent donc à la connaissance des candidats 15 mesures afin que ce service soit valorisé, reconnu comme un droit fondamental et un outil de prévention. Elles visent notamment la création d’un 5e risque couvert par la sécurité sociale. « Cette mesure permettrait de sanctuariser les financements consacrés à la perte d’autonomie (Allocation personnalisée d’autonomie, Prestation de Compensation du Handicap, crédits d’impôts, exonération de cotisations sociales...) afin de déployer une prise en charge globale à domicile. »


20 mars 2017

Le lent recul de l’engagement syndical

L’engagement syndical a nettement reculé de 1983 à 2013 selon une récente étude de la DARES*.
En 2013, le nombre de salariés syndiqués est de 11 %, mais les formes d’engagement dans l’organisation syndicale varient. Pour 30 % d’entre eux, il s’agit d’une activité régulière mais pour 51 % cela ne représente qu’une « simple adhésion ».
Les hommes sont plus présents que les femmes et l’activité syndicale est plus intense chez les salariés de plus de 50 ans et les moins diplômés (niveau bac ou inférieur). Un syndiqué sur quatre est ouvrier.
Si les syndiqués des secteurs marchand et associatif sont moins nombreux que dans la fonction publique, ils sont plus actifs dans les actions de l’organisation syndicale. La peur des représailles est la raison principale de cette faible adhésion ; ainsi les salariés qui font le choix de se syndiquer dans le secteur privé ont un réel engagement militant.
Lors des élections professionnelles, les salariés syndiqués votent deux fois plus que les salariés non syndiqués (84 % contre 47 %). Ils se mobilisent aussi davantage pour des actions collectives : 36 % des syndiqués ont participé à au moins une grève sur les douze derniers mois, ils ne sont que 17 % pour les non syndiqués.
Enfin, l’étude note que les salariés syndiqués sont deux fois plus investis au sein d’associations, de partis politiques ou d’activités bénévoles ; leur engagement citoyen dépasse donc souvent la sphère professionnelle.

Un modèle classique ébranlé

En trente ans, la syndicalisation des salariés connait un net recul tant dans l’adhésion que la participation. Dans les années 1980, les syndiqués actifs étaient plus de 50 % ; les années 2000 ont connu un pic de participation avec la mise en place des 35h pour ensuite diminuer de manière régulière.
En 1983, le nombre d’adhérents était plus important mais leur engagement moins intense qu’aujourd’hui où cette tendance s’inverse ; en 2013 on connait un nombre moindre d’adhérents mais qui sont plus actifs et ont plus de responsabilités.
En 2013, l’engagement n’intervient que tardivement dans une carrière. « Le modèle classique de l’engagement militant masculin ouvrier et industriel a été ébranlé par la forte transformation du tissu productif et du salariat ». La crise de l’industrie, les contrats courts et à temps partiel, l’arrivée plus massive des femmes sur le marché du travail, la sous-traitance ont bouleversé l’activité syndicale classique.
Cette « crise » de l’activité syndicale va de pair avec l’infléchissement de l’engagement auprès de causes collectives et citoyennes. 34 % des syndiqués étaient membres d’associations en 1983 contre 12% en 2013.
Malgré cette désaffection notable, le rôle social des syndicats dans la sphère professionnelle reste majeur. Ils demeurent un acteur de premier plan dans la défense des droits et intérêts collectifs.

Intégralité de l’étude De l’adhérent au responsable syndical – Quelles évolutions dans l’engagement des salariés syndiqués ?

*Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques


17 mars 2017

Protection de l’enfant : un an après la loi...

Voici un an, la loi du 14 mars 2016 relative à la protection de l’enfant était promulguée. Pour accompagner sa mise en œuvre, un travail de réflexion pluridisciplinaire autour des « besoins fondamentaux de l’enfant en protection de l’enfance » a été mené pendant cinq mois par un comité d’experts. Fin février, un rapport a été remis à la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol.

Le « méta besoin » comme postulat

Le besoin de sécurité de l’enfant est appelé par les experts le « méta besoin », celui qui englobe tous les autres. Il regroupe trois dimensions : le besoin affectif et relationnel primordial, le besoin physiologique et de santé et le besoin de protection. Ce méta-besoin doit être pourvu par un « donneur de soins », un adulte qui se soucie de l’enfant et lui propose une relation affective stable.
Référence est faite à la célèbre « figure d’attachement » de John Bowlby, qui renforce la sécurité intérieure de l’enfant et lui permettra de grandir et de devenir autonome.

Préoccupation maternelle "primaire"

Le rapport fait également appel au concept de « préoccupation maternelle primaire » de Donald Winnicott où la mère suffisamment en empathie peut deviner et ressentir les besoins de son bébé et y répondre de manière adéquate. Aujourd’hui, l’apport des neurosciences confirment ce besoin premier de sécurité affective chez l’enfant.
Disponibilité, stabilité et prévisibilité sont donc les trois qualités indispensables du « donneur de soins ».

Les autres besoins fondamentaux de l’enfant

Les professionnels énoncent quatre autres types de besoins fondamentaux de l’enfant qui viennent compléter le besoin de sécurité :

  • Le besoin d’expériences et d’exploration du monde : bouger, manipuler, imiter, imaginer, comparer ; autant d’expériences physiques, cognitives ou langagières qui amènent l’enfant à comprendre le monde qui l’entoure.
  • Le besoin d’un cadre de règles et de limites, pour qu’ils soit protégé du danger dans un premier temps, mais surtout pour qu’il puisse intégrer les codes, valeurs et repères pour bien vivre en société. L’enjeu est également pour l’enfant d’exprimer ses émotions sans se laisser déborder par elles et stabiliser ses relations aux autres.
  • Le besoin d’identité correspond à une inscription de l’enfant dans une filiation et dans les générations pour se construire en tant qu’individu singulier.
  • Le besoin d’estime et de valorisation de soi est important pour que se développe chez l’enfant la confiance en soi, l’acceptation de ce qu’il est et l’assurance d’être aimé et aimable.

Quand les besoins de l’enfant restent insatisfaits

Ainsi, dans les situations de négligences et de maltraitances envers les enfants, leurs besoins fondamentaux ne trouvent pas de réponses adaptées, leur attachement devient « insécure » et leur développement se trouve perturbé. C’est ici que les professionnels interviennent, comme intermédiaires entre les parents et les enfants, comme soutien à cette parentalité parfois compliquée ou encore comme relais lorsque l’enfant est en situation de danger. Si l’enfant est placé, les professionnels deviennent garants d’un « cadre de suppléance structurant » qui permet à l’enfant de se saisir d’une nouvelle figure d’attachement tout en faisant lien avec sa filiation, son origine, son histoire.

Préconisations

Le rapport propose diverses solutions aux acteurs de la protection de l’enfance pour assurer les besoins fondamentaux de l’enfant :

  • Diffuser cette approche nouvelle des besoins de l’enfant, former les professionnels et promouvoir une culture commune
  • Sensibiliser le public au développement de l’enfant et renforcer les actions de prévention et de soutien à la parentalité.
  • Respecter l’intérêt supérieur de l’enfant et la mise en œuvre de ses droits
  • Garantir aux enfants en institution la prise en charge de la satisfaction de leurs besoins grâce à une équipe pluridisciplinaire formée, à la préparation du placement en amont et à la mise en place d’un parcours de soins adapté.
  • Améliorer le repérage des mineurs en danger en établissant un cadre de référence national

L’intégralité du rapport « Démarche de consensus sur les besoins fondamentaux de l’enfant en protection de l’enfance » à lire en cliquant ici.