N° 1256 | du 3 septembre 2019

Critiques de livres

Le 3 septembre 2019 | Jacques Trémintin

Zadig après l’école

Joël Zaffran et Juliette Vollet


Éd. Le bord de l’eau, 2018 (226 p. – 20 €) | Commander ce livre

Thème : Inégalités

La déscolarisation précoce n’a jamais posé problème, tant que l’usine et les champs absorbaient les élèves sortant de l’école sans qualification. La massification scolaire, l’allongement des études et le chômage massif des jeunes sans diplômes dû à la stagnation de l’emploi non qualifié ont changé la donne. Outre le coût annuel de 30 milliards pour l’économie, la hantise d’une dérive des laissés-pour-compte vers la révolte a incité les autorités à inscrire le décrochage à leur agenda politique : entre 2010 et 2016, le taux de jeunes concernés a baissé de 12,6 % à 9,2 %.

Les deux auteurs s’attachent à éclairer les mécanismes de ce raccrochage. En commençant par rappeler que le retour vers la formation pas plus que la décision de la quitter ne sont réductibles à un seul facteur. Certes, le décrochage ne frappe pas au hasard dans n’importe quelle classe sociale : un enfant d’ouvrier sur quatre est concerné, contre un enfant de cadre sur quinze.

Pour autant, on ne saurait incriminer seulement l’école ou les configurations familiales. Les causes sont interchangeables et les situations réversibles, brouillant l’approche du problème. L’enchaînement des logiques et l’emboîtement des évènements articulent des facteurs personnels, familiaux, socio-économiques, culturels et institutionnels. Si le décrochage constitue souvent un acte de sauvegarde de l’estime de soi face au sentiment d’incompétence renvoyé par l’école, le raccrochage nécessite une maturation et une prise de conscience du handicap que constitue l’absence de qualification. Un temps de latence est souvent nécessaire fonctionnant comme un incubateur avant que la volonté d’agir ne se transforme en action.

Trois dispositifs s’offrent alors : les structures de retour à l’école qui se donnent pour ambition de conduire au bac ; l’alternance qui favorise la découverte de l’entreprise et prépare à son intégration ; enfin, la resocialisation centrée surtout sur les prérequis ouvrant à l’insertion professionnelle. Mais, à chaque fois, il s’agit de ne pas reproduire les mécanismes d’ennui, de frustration et de démobilisation qui ont mené à l’auto-dévalorisation et à la perte de confiance en soi. La condition de réussite du raccrochage dépend tant de la posture rassurante des formateurs qui prennent soin des jeunes, en se montrant protecteurs à leur égard, que du puissant rôle intégrateur joué par le groupe de pairs. Cette sécurisation et cette renarcissisation sont au cœur de la démarche visant à dépasser l’échec et retrouver une place dans le monde.


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