N° 1252 | du 28 mai 2019

Faits de société

Le 28 mai 2019 | Marianne Langlet

Seine-Saint-Denis • Sociologie en polyvalence

Thème : Assistante sociale

Après un travail d’observation en polyvalence de secteur, deux sociologues décrivent la pratique des assistants de service social en Seine-Saint-Denis et en tirent le rapport : Poser un regard différent sur le travail social.

« Avoir une vision claire des métiers dans les circonscriptions de service social.  » La commande passée en 2016 aux sociologues Nicolas Duvoux et Pauline Mutuel émane du département de Seine-Saint-Denis. Chaque année, les trente-trois circonscriptions de service social comptabilisent 360 000 passages dans ce département qui concentre le taux de précarité le plus élevé en France métropolitaine. Or pour les échelons d’encadrement « il semble qu’il y ait une opacité sur ce qu’il se passe dans les circonscriptions », avance Nicolas Duvoux. L’étude s’inscrit dans un contexte de réorganisation des services et de tensions extrêmement fortes entre la direction et une partie des personnels. Pour les sociologues qui interviennent avec l’étiquette de la collectivité, l’arrivée sur le terrain n’est pas simple.

Ils y rencontrent des travailleurs sociaux qui « ont le sentiment d’être écrasés par un rouleau compresseur, par des forces considérables liées à la paupérisation de la population mais aussi à la technicisation de leurs métiers », poursuit Nicolas Duvoux. Une transformation du métier qui interroge les agents : ils expriment un profond malaise et une quête du sens de leur travail. Derrière ce malaise, note le rapport, « un manque de solutions et de moyens alors que les besoins sont nombreux ; la multiplicité des dispositifs ; dans certaines circonscriptions, la part croissante de l’activité prise par la gestion des situations d’urgence ; le développement d’une logique gestionnaire qu’ils associent au new public management ; la dématérialisation  ».

Les deux sociologues étudient six circonscriptions, découvrent une forte hétérogénéité des organisations. Ils relèvent des cultures professionnelles différentes « très largement impulsées par les cadres de secteur », certaines « fermées sur des postures professionnelles avec l’idée d’un cœur de métier à défendre » et d’autres « plus ouvertes à des évolutions », détaille Nicolas Duvoux. Deux représentations de la profession se croisent dans les circonscriptions de service social : « le travail social comme militantisme, issu d’une motivation à combattre les injustices ou le travail social comme carrière professionnelle vouée à évoluer ».

Dans les équipes, celles qui s’autodésignent comme les « anciennes » se considèrent comme « plus militantes », mettent l’accent sur l’accompagnement global et dénoncent la logique de guichet. À l’inverse, les « nouvelles », désignées comme « dépolitisées », auraient, en réalité, « un engagement différent, nuance Nicolas Duvoux. Nous avons voulu casser cette dichotomie parce que nous pensons qu’il existe des formes de politisation plus diffuses qui se traduisent par exemple par un fort attachement à l’accès aux droits ou à une approche par des actions collectives ».

Les sociologues ont transmis vingt-deux préconisations au département, notamment celle d’adapter les moyens humains et matériels aux besoins du territoire. Ils ont proposé une clarification des orientations et du rôle des circonscriptions alors que s’opère un tri induit par les politiques sociales qui visent de plus en plus le retour à l’emploi et laissent par conséquent à la polyvalence les personnes les plus éloignées. Enfin, ils encouragent le département à porter une parole politique forte sur la réalité du travail social.

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