N° 908 | du 4 décembre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 4 décembre 2008

« Nous voulons y croire »

Propos recueillis par Catherine Dupont & Lotfi Halaïli

Rencontre avec les éducateurs de l’Espace ados géré par l’Institution du Mas Cavaillac,
au Vigan (5000 habitants) dans les Cévennes

Lise, Fred et Nathalie, vous êtes éducateurs de l’Espace ados depuis son ouverture il y a neuf mois, quelles sont les missions de ce lieu ?

C’est un lieu de rencontre, d’échange, d’écoute et de conseil ouvert à tous les 13-18 ans du village, sans rendez-vous. Ils y viennent lire, s’informer, naviguer sur Internet ou boire un thé avec nous. Ils peuvent nous solliciter par rapport à tous les problèmes qu’ils rencontrent et nous les dirigeons vers les personnes et lieux qui peuvent les aider. Depuis notre ouverture presque tous les jeunes de cette tranche d’âge sont venus nous rendre visite. Beaucoup nous fréquentent régulièrement.

Vous questionnent-ils au sujet de l’orientation ?

Oui, c’est même une grande partie de notre travail. Souvent, ils découvrent cette question en fin de troisième alors qu’ils n’ont plus que très peu de temps pour y réfléchir. Beaucoup ne savent pas encore ce qu’ils veulent faire.

Pourquoi s’adressent-ils à vous ?

Ils viennent ici parce que nous sommes hors institution. Nous ne sommes pas l’école, donc nous ne les jugeons pas sur leurs antécédents scolaires et nous ne sommes pas leurs parents, donc moins impliqués affectivement dans leur orientation.

Pensez-vous que ce soit difficile d’accompagner son propre enfant dans son choix professionnel ?

Forcément, parce qu’inconsciemment nous projetons sur lui beaucoup de choses de notre propre histoire, nous ne voulons pas qu’il fasse les mêmes erreurs. L’adolescence est aussi le moment de marquer son indépendance par rapport à ses parents et le jeune peut alors refuser un conseil ou une aide judicieuse de son père ou de sa mère simplement parce qu’il y voit une atteinte à sa liberté. L’éducateur de l’Espace ados est forcément plus neutre à ses yeux.

Que pensez-vous de la position des jeunes face à l’orientation ?

Beaucoup se laissent rattraper par le pessimisme ambiant et n’osent plus se projeter. Les innombrables infos sur le chômage, le recul de l’âge de la retraite, la baisse du pouvoir d’achat et la crise les rendent moroses. Ils ont repris à leur compte le message de leurs parents : « Déjà bien content d’avoir du travail ».

Ils ont aussi l’impression que leur choix est définitif, qu’ils ne pourront pas se reconvertir au cours de leur vie.

Ces jeunes ne supportent pas le vide, ils passent leur temps à se voir, se parler au téléphone et surfer sur Internet ou à jouer à des jeux informatiques. Ils n’ont plus le temps de penser, d’ailleurs ils ont peur du silence qui leur serait pourtant nécessaire pour réfléchir à leurs choix. L’Espace ados leur offre la possibilité d’une pause.

Y a-t-il des spécificités liées au Vigan ?

Oui. Les jeunes ne sont pas préparés à faire leurs études à Montpellier ou à Nîmes. Après le cadre privilégié et préservé du lycée du Vigan, passer à l’internat dans une ville leur fait peur et certains ne tiennent pas, ils reviennent dès le début de l’année.

Que peut-on faire dans ce contexte ?

Il serait important de leur offrir plus de stages de contact et notamment dans les villes alentour. Notre rôle est de rester positifs et de les aider à trouver leur place compte tenu de leurs compétences. Nous pensons que si les adultes n’y croient plus, alors les jeunes non plus, et nous voulons y croire !


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