N° 1269 | du 17 mars 2020

Critiques de livres

Le 17 mars 2020

Le spectre de la radicalisation

David Puaud


Thèmes : Violence, Jeunesse

À la racine de la radicalisation

En réaction au terrorisme, les pouvoirs publics ont fait de la radicalisation la cible principale à prioriser, le jeune islamiste radical devenant la nouvelle figure diabolisée.
L’imprévisibilité des attentats attise les peurs qui, à leur tour, alimentent les demandes de contrôle, d’anticipation et de prédiction. La quête d’immunisation sociale entraine un désir d’ordre et de surveillance attentatoire aux libertés fondamentales.
Pourtant, la radicalisation ne peut être confondue avec le terrorisme. Il est impossible d’établir un profil type, l’activiste se situant à la croisée des sphères privée, subjective, territoriale, sociale, politique et religieuse. Certes, bien des parcours montrent que la fragilité et l’hypersensibilité contribuent aux difficultés à faire face à une réalité complexe. L’humiliation ou la rage, la victimisation ou une identité blessée mais aussi les espoirs déçus, les frustrations et les pertes de confiance sont autant de facteurs susceptibles de faire le lit d’une radicalisation potentielle. On concevra que cela fait beaucoup de monde susceptible de venir saturer les listes de suspects.
La radicalisation n’est-elle pas avant tout un support à l’expression d’une détresse, offrant la possibilité de chasser le doute et l’incertitude de l’avenir en prenant totalement en charge la capacité à penser, à décider et à vivre ? Plutôt que de se focaliser sur une poignée isolée de personnes à la dérive, mieux vaudrait combattre la désaffiliation sociale progressive de centaines de milliers de jeunes aujourd’hui en rupture avec une société dans l’incapacité de les insérer. On en est loin. La seule solution trouvée préconise la création d’un continuum entre le secteur socio-éducatif et le répressif, les travailleurs sociaux étant appelés à détecter, contrôler et dénoncer.

Jacques Trémintin


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