N° 711 | du 3 juin 2004 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 3 juin 2004

Des formations pour aider les travailleurs sociaux

Katia Rouff

L’utilisation du génogramme par le travailleur social

L’École des parents [1] propose deux stages de 4 et 6 jours autour du génogramme. Avec « Le génogramme pour présenter une famille », le stagiaire découvre l’outil. Il permet de synthétiser sous une forme graphique codée les informations recueillies à propos d’une famille et de les transmettre à ses partenaires. « Une équipe d’action éducative en milieu ouvert (AEMO) peut par exemple utiliser le génogramme comme outil de synthèse pour présenter la vie d’une famille à une autre équipe  » illustre une formatrice. « Une assistante sociale peut l’utiliser pour préparer une visite à domicile, voir quels objectifs elle se fixe, quelles questions elle va poser ».

Durant la seconde formation « Vie privée, vie professionnelle : échos et résonances », les stagiaires vont travailler sur leur propre génogramme et mettre en lien leur trajectoire personnelle avec celle de l’usager pour comprendre ses résonances. « Les travailleurs sociaux expérimentent ainsi la différence entre parler de leur famille et la représenter graphiquement. Travailler sur son génogramme est une expérience impliquante », explique la formatrice.

La formation leur permet aussi de mettre en lien leur histoire et celle de la personne avec laquelle ils travaillent et voir de quelle façon ils sont « pris » dans cette famille. « Quelquefois, un professionnel peut se sentir bloqué dans une prise en charge ou ne pas supporter le comportement d’un père par exemple, parce qu’une partie de sa propre histoire se joue. Le travail sur son propre génogramme lui permettra de se repositionner, de prendre de la distance. C’est le début d’un questionnement ».

En revanche ces deux courtes formations ne permettent pas aux stagiaires d’utiliser le génogramme pour travailler avec une famille entière, la formatrice insiste beaucoup sur ce point. Seules les personnes ayant suivi une longue formation en sciences humaines ou analyse systémique peuvent utiliser cet outil.


Le génogramme pour clarifier son rapport à l’argent

La formation « Histoires de vie, histoires d’argent » de Métanoya [2] s’adresse aux travailleurs sociaux amenés à gérer de l’argent avec des usagers (services de tutelle, aides d’urgence, conseil en économie sociale et familiale…). Elle a été conçue à partir des travaux de Vincent de Gaulejac, Françoise Julier, Max Pagès et Gaston Pineau.

L’objectif ? L’analyse des représentations de l’argent, le repérage des liens économiques, idéologiques, psychologiques, affectifs, tissés avec l’argent et le repérage des enjeux existentiels lors des demandes, des accords et des refus d’aides financières.

Durant les quatre jours de formation, les stagiaires réalisent leur génogramme et le présentent au groupe. « Ils constatent que les manières de gérer l’argent sont multiples, complexes et toujours liées à l’histoire personnelle de chacun, tout autant qu’au contexte socio-historique familial : immigration, guerres, 30 glorieuses… », explique Martine Costes, responsable du stage. « Écouter chaque membre du groupe parler de sa relation à l’argent, au don, à l’héritage, à la dette donne à chacun une plus grande ouverture  », apprécie -t-elle.

Un éducateur spécialisé africain de 26 ans déclare que son héritage, c’est la responsabilité des huit enfants de sa sœur, initiant ainsi le groupe à la notion d’héritage moral qui permet de dépasser celle d’héritage des biens ; les femmes maghrébines expliquent que l’achat de bijoux constitue l’épargne qu’elles transmettront à leurs enfants. Pour d’autres, l’argent est lié à un sentiment de honte qui peut interférer dans leur travail avec les usagers, comme cet assistant social dont la mère cumule RMI, pensions diverses et aide financière de ses enfants. Il se trouve pris dans une contradiction : fermer les yeux sur la situation de sa mère et exercer un contrôle social auprès des usagers.

Un éducateur qui a financé sa formation en trichant (fausses déclarations à l’ANPE) a du mal à travailler avec le public toxicomane qui lui semble « abuser » des services sociaux. Autre source d’argent : le travail. Là aussi, il est connoté différemment selon l’histoire de chacun. Pour une assistante sociale, un premier travail dans les beaux quartiers parisiens à 14 ans lui a permis de quitter sa famille et de découvrir la capitale. Pour elle, le travail symbolise l’indépendance et l’émerveillement, ce qui est loin d’être le cas pour les usagers qu’elle reçoit.

La réalisation du génogramme permet donc aux stagiaires de prendre conscience de la multiplicité des représentations intimes liées à l’argent afin que leur propre vécu interfère moins dans leur travail d’accompagnement. La richesse et la diversité des relations à l’argent qui se racontent pendant ces quatre jours libérent chaque stagiaire des chemins tracés par sa propre histoire, lui ouvrent des perspectives.

« Si cette mise à jour passe parfois par d’intenses émotions », souligne Martine Costes « nous restons dans notre cadre, la formation professionnelle et non la psychothérapie ». Co-animés par un comédien, les stages sont plutôt source de créativité et de plaisir et visent à consolider les professionnels en travail social. Et Martine Costes de conclure « s’ils sont parfois remués, ils expérimentent que le travail sur le budget avec un usager n’est jamais anodin, il l’oblige à une sorte de déshabillage dont il faut avoir conscience. Le coût de la vie n’est pas le même pour tout le monde… Donner et recevoir sont chargés de sens et d’affect  ».


[1École des Parents et des éducateurs (EPE) - 5, impasse Bon-Secours - 75543 Paris cedex 11. Tél. 01 44 93 44 88

[2Métanoya - 4, rue de Capri - 75012 Paris. Tel. 01 43 45 22 73 - metanoya@metanoya.org


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