N° 819 | du 30 novembre 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 30 novembre 2006

À l’épreuve du temps

Bruno Crozat

Le travail de coordination sociale dans les commissariats a débuté il y a plus d’une quinzaine d’années sous l’impulsion du commissaire Luc Rudolph. L’extension de ces postes a davantage procédé de l’empirisme. Aujourd’hui, l’expérience semble avoir fait ses preuves et se développe.

- 1989 – un demi-échec • Le premier poste en commissariat a été créé à Chartres à l’initiative du commissaire Rudolph. Il constate à l’époque que 60 % des demandes qui arrivent à l’accueil du commissariat ne relèvent pas du pénal mais nécessitent un traitement social. C’est à partir de ce constat que le commissaire met en place un travailleur social. « Le premier poste n’a pas été un succès » constate Luc Rudolph, « ma hiérarchie ne voulait pas faire entrer un travailleur social à l’intérieur du commissariat. Elle préférait qu’il passe deux à trois fois par semaine pour éplucher les mains courantes. Mais ça n’a pas marché ». Luc Rudolph est convaincu que la présence permanente au commissariat d’un travailleur social est nécessaire.

- 1991 - première réussite • La réflexion se poursuit. En 1991, le commissaire Rudolph est muté à Limoges. Cette fois-ci, il met en place dans son commissariat un travailleur social qui assure une présence permanente. Le premier poste est créé en 1991, puis un second à Maubeuge presqu’en même temps. « Il y a eu deux facteurs de réussite. L’implication du conseil général qui était vraiment favorable à ce poste et le choix du travailleur social a été remarquable, il a très vite trouvé sa place », analyse Luc Rudolph. Le recrutement d’un coordonnateur social n’est pas anodin et c’est l’une des clés de la réussite : la personnalité du travailleur social, ses motivations et son projet.

- 1995 – l’expérience s’étend • Nommé directeur départemental de la sécurité dans les Yvelines en 1993, le commissaire Rudolph réitère ce qu’il a expérimenté avec succès à Maubeuge et Limoges malgré une forte réticence de la hiérarchie policière. Les premiers postes en région parisienne sont créés à Mantes-la-Jolie le 1er juillet 1996, à Trappes le 15 décembre 1999, aux Mureaux le 5 juin 2000, mais ils restent isolés en région parisienne. Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de coordinateur dans le 93.

- 1998 – l’intérêt du Premier ministre • Lionel Jospin entend parler positivement de ces postes. Il demande à son ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, d’étendre l’expérience. Une circulaire du Conseil de sécurité intérieure ouvre la voie pour créer huit nouveaux postes dans les plus grandes agglomérations de France. Seules Lyon, Bordeaux et Nantes s’y intéressent. Ni Marseille, ni Paris ne se saisissent de cette opportunité.

- 2002 - le temps de la structuration • En 2002, une douzaine de coordinateurs sociaux se réunissent au commissariat de Versailles à l’initiative de Paule Nicolas et Thierry Couvert-Leroy, tous deux en poste dans les Yvelines, à Trappes et aux Mureaux. À l’issue de cette rencontre, se crée l’ATSCB, l’Association des travailleurs sociaux en commissariat et en brigade qui deviendra trois ans plus tard l’Aniscg, l’Association nationale d’intervention sociale en commissariat et gendarmerie, avec la nomination de travailleurs sociaux en gendarmerie [1].
En même temps, l’association mène une réflexion avec les différents ministères concernés – Intérieur, Justice, Cohésion sociale - pour rédiger une charte qui constitue un cadre de référence, diminue les disparités d’un poste à l’autre et uniformise leur mission.

- 2004 – les postes « Sarkozy » • En février 2004 Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, désigne vingt-trois quartiers prioritaires où expérimenter de nouvelles pratiques et annonce qu’il souhaite expérimenter davantage d’actions préventives pour lutter contre la délinquance. Parmi ces promesses, la nomination de coordinateurs sociaux pour aider les victimes et les familles d’auteurs de délits.

- Aujourd’hui • Une quinzaine de nouvelles nominations seront effectives d’ici la fin de l’année. Ce qui portera à cinquante-cinq le nombre de coordinateurs sociaux en exercice. L’expérimentation fait tâche d’huile, les postes en place font connaître leurs pratiques. Gendarmes et policiers sont souvent à l’initiative de ces postes.


[1Association nationale d’intervention sociale en commissariat et en gendarmerie - 7 Impasse des Champs - 28190 Saint Luperce. Tél. 06 50 55 20 60 - Président : Luc Rudolph


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