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► FORUM - Le travail pair : un métier nouveau pour le repenser le travail social.

Par Sylvain Pianese, chargé de mission Relais Azanam.
Phénomène émergeant, le travail pair se déploie peu à peu dans les institutions du travail social et du médico-social. Cela ne se fait pas sans soulever de nombreuses questions, souvent épineuses. Il ne paraît en effet pas évident pour les équipes de voir un usager, ou ex-usager de services, intervenir aux côtés des professionnels. Au-delà de l’effet symbolique, les travailleurs pairs remettent en perspective l’accompagnement social tel qu’il est proposé traditionnellement.

Le savoir expérientiel enrichit le travail social

Le travail social s’inscrit historiquement sur une professionnalisation validée par des savoirs académiques, développés dans les centres de formation. Les travailleurs pairs, dont les aptitudes professionnelles se sont construites à travers une trajectoire de vie marquée par le stigmate et la domination, ont développé des savoirs expérientiels fondés par une approche empirique. De par leur position interstitielle, qualifiée par leur statut d’intervenant au sein d’une institution dont ils ont déjà utilisé les services, les travailleurs pairs apportent une dimension nouvelle dans le travail social : la metis de l’intervention. Décrite par Michel Autès, elle se présente comme une intelligence pratique, rusée qui permet d’adapter ses réponses selon les situations. Si l’observation et l’accompagnement permettent de soutenir les personnes ou les groupes les plus en difficulté, les savoirs expérientiels valorisent profondément la (re)connaissance des publics. Le pragmatisme avec lequel ils exercent, l’empathie dont ils font preuve, leur connaissance des réseaux et des publics accueillis font de ce métier une nouvelle pierre angulaire dans le travail social.
Cela se traduit au quotidien par une capacité à rejoindre et dialoguer avec des personnes éloignées des services (par exemple, accéder à des terrains d’interventions inaccessibles aux professionnels comme des squats ou bidonvilles) ; faire émerger une parole invisible (par la relation de confiance et l’empathie qui peuvent s’instaurer) ; anticiper et désamorcer des situations de crises et, in fine, mieux connaître les publics accompagnés. Aussi, certains travailleurs pairs évoquent une capacité « d’écoute profonde » qui leur permet d’écouter et comprendre les troubles qu’une personne peut exprimer, du fait qu’ils ont vécu ces mêmes difficultés. Ces nouvelles approches sont aussi le marqueur d’une meilleure prise en compte des publics. Les structures employeurs font souvent état d’une plus grande qualité de la relation avec les publics. Dans le champ de la santé mentale, on constate une diminution des hospitalisations liées à une meilleure prise en compte de la parole de la personne et donc du soin. Au fil de nos rencontres, nous observons que les travailleurs pairs apportent des points de remise en question sur le fonctionnement structurel des équipes. Ayant fait l’usage des services sociaux et médico-sociaux, ils ont une observation critique des pratiques professionnelles (par exemple le jugement qui peut être porté sur les personnes accompagnées). C’est par leur regard d’ancien usager qu’il peuvent remettre en question certains points qui ne paraissent pas adaptés dans l’accompagnement. Cet aspect est éminemment constructif et précieux pour bâtir une relation d’aide plus proche des personnes concernées. Le souhait d’exercer en tant que travailleur pair émane souvent de deux événements : avoir pris de la distance sur son parcours personnel pour accompagner ses pairs, mais aussi de faire évoluer l’accompagnement des professionnels. C’est pourquoi, s’ils peuvent apporter une dimension critique, elle se situe le plus généralement dans une optique constructive plutôt que subversive.

Un changement de paradigme

Pour autant, l’émergence de ce nouvel atome dans la sphère du travail social ne se fait pas sans réticence de la part des professionnels. Cela peut se traduire par le refus d’intégrer un travailleur pair sous prétexte d’employer un « travailleur social au rabais » ou, lorsqu’un intervenant pair exerce, le reléguer dans une position subalterne.

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La totalité de l’article est à retrouver dans le numéro 1257 de Lien Social

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