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✖ BILLET - l’Éduc, l’Enfant et la Barbie

Quelle ne fût pas sa surprise lorsque François Durand, éducateur spécialisé de son état, a vu débarquer Akim sur l’Accueil de Jour. Une vraie jeune fille. François n’avait pas vu le garçon depuis ce court remplacement en MECS qui datait d’une douzaine d’année. A cette époque Akim était un petit garçon rondouillard qui cassait tout autour de lui et que l’équipe cadrait à coups de sanctions et de cachetons. Lors de son premier jour sur la structure, François avait vu deux éducateurs se jeter sur l’enfant pour le maintenir au sol tandis qu’il insultait la terre entière à grands renforts de vociférations sorties tout droit du plus profond de sa colère. Un garçon avec de gros gros troubles du comportement comme on dit dans le métier. Un de ses plus gros troubles d’ailleurs était qu’il se prenait pour une fille. Le pédopsychiatre embauché par l’association et qui touchait en 6 séances de deux heures ce que les éducateurs et trices touchaient en un mois d’activité, l’avait bien précisé. Pour carnaval, pas de tenue féminine. Il était primordial de ne pas rajouter aux troubles de la personnalité déjà bien envahissants de cet enfant et privilégier les déguisements de pompiers, cowboys et autres policiers. Apparemment, ce pédopsychiatre ne connaissait pas « Village People » mais peu importe, le message était passé et René, éducateur expérimenté, allait en faire son affaire.
Direction le magasin de jouet. Il trouverait bien de quoi travailler la virilité du garçon dans les rayons d’une de ces grandes surfaces, paradis des enfants. Il avait tout d’abord bien préparé le terrain avec l’énergumène. Pas question de voir Akim faire sa crise en plein milieu de la grande surface et se retrouver ainsi confronter aux regards effarés des clients. Cela lui était déjà arrivé et il en avait gardé la honte jusque tard dans la nuit alors qu’il se trouvait chez lui et dans son lit.
Là, cela n’arriverait pas. Il avait su appâter son agneau. Ils passeraient du temps ensembles et iraient spécialement et seulement pour lui acheter un jouet. De plus si l’éducateur se débrouillait bien, il pourrait faire coïncider le moment de la sortie avec la prise du médicament qui avait pour effet de calmer considérablement le marmot. Docile, Akim serait gérable.
Arrivés sur le parking de la zone commerciale, Akim était tout enjoué à la vue de l’enseigne multicolore, promesse d’un Eden, qui clignotait. Le seuil de la porte coulissante passé, l’enfant avait repéré immédiatement la zone qui le concernait. Facile, la couleur dominante était le rose. Mais René avait de la suite dans les idées. Il avait su remettre le déviant sur les bons rails, la zone bleue. Le tenant par la main, il déambulait avec lui entre les maquettes d’avions et de bateaux, les soldats, les fusils à balles en mousse et autres jeux à orientation masculine. René s’émerveillait devant tant de choix et engageait Akim à faire de même qui bon an mal an avait fini par jeter son dévolu sur une belle et grosse voiture rouge. Sur l’autoroute dans le véhicule de service, René, lui-même amateur de grosse voitures, se satisfaisait de ce choix. Akim, lui, le regard dans le vide se demandait ce qu’il allait bien pouvoir faire de cet engin. De retour à la MECS, il s’était précipité dans sa chambre pour en redescendre aussi vite avec dans sa main droite ce que René avait identifié comme étant une poupée. « Tu as vu René, elle est géniale cette voiture !!! Dedans, je vais pouvoir y mettre ma Barbie !!!  »

Par Plume noire, éducatrice spécialisée