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🎥 FILM - Sur le fil

La fin de vie, sujet — pourtant universel — peu audible, et si peu sexy. La réalisatrice a longuement fréquenté une unité de soins palliatifs (USP), haut-lieu de délicatesse et d’humanisme profond, où les personnes mourantes sont accompagnées avec intelligence et douceur. « Un temps particulier, où tout est suspendu, où l’on oscille entre état d’urgence et attente indéfinie… », dépeint-elle. Mais comment survivent celles et ceux qui y travaillent, ces soignants qui, au quotidien s’écoutent — ici, finement — entre collègues pour être au plus près des patients ? Vivre au quotidien avec la fin de vie de l’autre… Filmées avec une belle précision, les réunions d’équipe témoignent d’une attention hors du commun à cet autre. Professionnels et bénévoles s’épaulent, se soutiennent, comme mus par un impératif d’exception. Sensible à ce qu’elle nomme la « justesse émotionnelle », la cinéaste souligne les qualités des soignants : « de la gravité, de l’écoute, de l’empathie, du rire. Ils sont extrêmement vivants et apaisants. Ils s’accompagnent pour pouvoir accompagner ».

Est-ce suffisant pour tenir ? Probablement pas. En regard de ce huis-clos avec la mort, il faut d’autant plus vivre ses passions à l’extérieur. Pour la réalisatrice immergée dans cet univers, ce sera la danse, qu’elle qualifie de « métaphore de l’existence tangible des corps vivants ». Alors quatre danseurs viennent, ici et là, mettre en lumière cet accompagnement et illustre cet ailleurs indispensable. « La danse est la métaphore de l’existence tangible des corps vivants », résume la cinéaste.

Derrière la caméra, Perrine Michel ne cherche pas tant à se faire oublier (posture dont elle se méfie dans le cinéma documentaire, précise-t-elle) qu’à se faire accepter. Pudique et sensible, son choix de ne pas filmer les patients ni leurs proches s’est imposé. En revanche, la manière dont elle suit le travail des accompagnants, « ces vivants dont le métier est de conduire chaque personne vers la mort, que personne ne connaît, ce mystérieux équilibre qu’ils doivent trouver pour assumer ce paradoxe ». Elle les voit comme des « funambules debout sur un fil, risquant de chuter dans des méandres existentiels et de se noyer dans la perpétuelle question du sens de la vie ». Quels sont donc les balanciers dont ils disposent pour ne pas tomber ? La force de vie de ces mourants — qui aide les soignants à « tenir » — est ici superbement transcrite.

Les Équilibristes
Un documentaire de Perrine Michel. 1 h 39.
www.perrinemichel.com
Sortie nationale le 14 octobre.