N° 1253 | du 11 juin 2019

Faits de société

Le 11 juin 2019 | Marc Olano

santé mentale • Rembourser les psychothérapies ?

Thème : Psychothérapie

Depuis 2017, plusieurs départements expérimentent le remboursement des psychothérapies. Mais dans leur majorité, les psychologues s’opposent à ces dispositifs très encadrés.

« Je ferai bien une thérapie, mais je n’ai pas les moyens de me la payer. » Ce son de cloche, on l’entend souvent. Beaucoup de personnes renoncent à se faire soigner faute de moyens. Il faut savoir qu’une séance chez un psychologue coûte en moyenne entre 50 et 60 euros, ce qui peut vite représenter un budget considérable. Les services publics proposant un accès gratuit comme, les centres médico-psychologiques (CMP), sont souvent saturés et ont tendance à prioriser les situations les plus préoccupantes ainsi que les familles sans ressources. L’alternative consiste parfois à prendre rendez-vous avec un psychiatre en libéral, qui, sous couvert de consultations psychiatriques remboursées, accepte de s’engager dans une thérapie. Mais les psychiatres qui travaillent de cette manière se font de plus en plus rares ! Que faire alors ? Pour tenter d’apporter une réponse à ce problème, deux expérimentations ont été lancées par la caisse nationale d’assurance maladie. Mais elles ont provoqué une levée de boucliers chez la plupart des psychologues.

Un premier dispositif concerne les jeunes âgés de 11 à 21 ans dans divers territoires des régions Île-de-France, Pays-de-la-Loire et Grand Est. Il inclut le remboursement de douze séances maximum prescrites par un médecin traitant. L’autre dispositif concerne les adultes dans les départements de la Haute-Garonne, du Morbihan, des Bouches-du-Rhône et des Landes. Pour en bénéficier, il faut, là aussi, consulter d’abord son généraliste qui peut prescrire dix séances de « thérapie de soutien » d’une demi-heure, renouvelables une seule fois. Donc, au maximum vingt séances remboursés à 22 euros pour une consultation d’une demi-heure, 32 euros pour 45 minutes. C’est justement à cette notion de prescription médicale que s’opposent la plupart des psychologues. Dans un communiqué commun de plusieurs fédérations et organisations syndicales, ils réclament un accès direct à la psychothérapie. « Le diagnostic du fonctionnement psychique (...) relève de la compétence du psychologue et non du médecin généraliste qui n’a pas de formation spécifique dans ce domaine », peut-on lire dans ce communiqué. Les psychologues refusent une mise sous tutelle médicale. Ils ne veulent pas être considérés comme des paramédicaux et s’insurgent aussi contre des tarifs de remboursement jugés insuffisants. Pour l’association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC), « la tarification proposée par la CPAM dévalorise l’acte de psychothérapie ». Elle ne prend pas en compte les charges importantes pour une activité en libéral. Aussi, pour cet organisme, le principe du tiers financeur qui s’immisce dans le cadre thérapeutique a une incidence néfaste sur les soins. Si les psychologues sont majoritairement favorables au principe d’un remboursement des séances pour faciliter l’accès aux thérapies, c’est surtout le procédé et les modalités mises en place dans ces expérimentations qui les rebutent. Aussi, ils déplorent de n’avoir été que très partiellement associés à ce projet, élaboré majoritairement par des médecins. Les psychologues réclament davantage de reconnaissance aux pouvoirs publics et proposent de travailler sur d’autres projets de remboursement avec des tarifs renégociés et sans détour par un généraliste.