N° 657 | du 13 mars 2003 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 13 mars 2003

Les auxiliaires de vie souhaitent professionnaliser leurs savoirs

Propos recueillis par Guy Benloulou

Pour Christine Bon, sociologue, et chargée de recherche à l’IRTS Parmentier, ce métier s’inscrit dans le champ du travail social

L’auxiliaire de vie sociale semble appartenir à ces nouveaux métiers du social. Pensez-vous que ce soit le cas ?

À nos yeux, même si l’apparition récente (par décret et arrêté du 26 mars 2002) du Diplôme d’État d’auxiliaire de vie sociale (DEAVS) marque incontestablement la reconnaissance de la fonction d’auxiliaire de vie, il n’est pas exact de parler de nouveau métier, dans la mesure où l’auxiliaire de vie apparaît pour la première fois dans les textes, dans la circulaire N°81/15 du 29 Juin 1981, relative à la mise en œuvre du plan gouvernemental de création d’emplois, du ministère de la Solidarité nationale, signée alors par Nicole Questiaux.

Néanmoins, les besoins en auxiliaires de vie sociale n’apparaissent-ils pas particulièrement d’actualité ?

Les besoins en la matière, dans la population française, sont immenses, compte tenu notamment de l’évolution démographique et de l’avancée en âge de nos concitoyens — l’espérance de vie sans incapacité (s) croissant moins vite que l’espérance de vie avec incapacité (s) — mais aussi et surtout de la réalité sociologique du besoin d’aide : rappelons ainsi que, dans notre pays, encore 85 % des personnes âgées très dépendantes vivent à leur propre domicile. Par ailleurs, les auxiliaires de vie représentent, pour toute personne en situation de handicap et de grande dépendance, la seule alternative à l’institutionnalisation et la garantie de réponse à leur légitime désir de vivre chez elles, c’est-à-dire dans ce qu’il est convenu d’appeler le milieu naturel de vie.

Quel est le profil des auxiliaires de vie ?

Cette profession est en grande majorité exercée par des femmes. Et, en ce qui concerne les candidates rencontrées dans notre organisme de formation, elles ont entre 30 et 40 ans, ont suivi une scolarité de niveau secondaire en France ou à l’étranger, certaines sont titulaires d’un CAP ou BEP tertiaire ; après avoir élevé leurs enfants, et s’être occupé d’un proche âgé ou dépendant, ces femmes souhaitent professionnaliser leurs savoirs, acquis par leur expérience, dans les services d’aide aux personnes. D’autres encore, engagées dans de multiples associations du secteur, attendent de la formation une reconnaissance et un approfondissement de leurs compétences. Je pense que l’approche uniquement sanitaire définirait plutôt un regard sur la personne en tant que « malade » qu’il faut soigner, essentiellement par des médicaments ou des techniques, alors que l’approche sociale, centrée sur la relation, préserve l’identité de la personne dans un accompagnement holiste de ses besoins vitaux et sociaux, et dans le respect des rythmes individuels, des desiderata, et de la culture propres à chaque individu.

Peut-on donc considérer les auxiliaires de vie comme des travailleurs sociaux à part entière ?

Il est évident que ce métier s’inscrit dans le champ du travail social, en ce sens qu’il s’adresse à des personnes dépendantes, qui ont besoin d’être aidées, mais qui souhaitent l’être dans leur propre milieu de vie, ce qui leur garantit la persistance de leur statut de citoyen, alors que dans des structures médicalisées elles seraient considérées comme des « patients » ou tout au plus des « résidents ». Ainsi les auxiliaires de vie ont déjà, à l’heure actuelle, résolu la difficile équation entre le « soigner » et le « prendre soin » et leurs collaborations avec les services de soins ambulatoires et de médecine de ville concourent à la qualité et à la continuité de la prise en charge médicale. Les auxiliaires de vie participent, au premier plan, du réseau social d’interactions qui entourent la personne aidée. Il n’est pas rare en effet que l’auxiliaire de vie soit la seule visite quotidienne que reçoive une personne isolée. Mais on peut dire également que dans le cadre de leurs missions d’accompagnement vers des sorties et activités à l’extérieur du domicile (et tout particulièrement pour les personnes qui ne peuvent pas sortir de chez elles sans aide humaine…), les auxiliaires de vie concourent également à l’accroissement des compétences sociales des individus auprès desquels elles interviennent.


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