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3 octobre 2018

Violences au sein du couple : mobilisation

En France, 138 personnes — en grande majorité des femmes — sont décédées en 2016 des suites d’actes violents de leur partenaire ou ex partenaire. La Haute autorité de santé (HAS) vient de publier des recommandations à l’usage des professionnels exerçant dans les structures d’hébergement social. Les enfants sont également touchés, soit comme témoin, soit en tant que victimes directes. Les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) ont un rôle important dans la prise en charge des familles concernées : on compte plus de 800 structures offrant environ 41 000 places.

En réseau

Le CHRS, en premier lieu, doit s’inscrire dans un réseau d’acteurs sensibilisés dans la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple ; il est recommandé également de « renforcer et soutenir les compétences des professionnels », mais aussi de les accompagner avec des outils tels que l’analyse de la pratique ou la supervision.

Côté victimes

Les besoins sont multiples, en termes de sécurité, d’élaboration de stratégies de protection, de suivi de procédure judiciaire, de restauration physique et mentale, de retour ou accès au logement, à l’emploi, etc. Les besoins des enfants doivent, eux, faire l’objet de réponses spécifiques : « accueil bienveillant, programmation de visite médicale, repérage des conséquences des violences, des difficultés et des ressources de l’enfant, soutien à la fonction parentale ».

Quant aux auteurs…

La HAS recommande aux CHRS de travailler en lien avec les ressources — judiciaires, associatives, institutionnelles spécialisées… — présentes sur le territoire. Les professionnels ont alors à construire un projet d’accompagnement « global, coordonné et proportionné aux besoins des auteurs de violences ». De fait, il s’agira de les accompagner dans la compréhension de la procédure et dans la prise de conscience de leurs actes.

Plan gouvernemental

Plus globalement, un « grand plan inédit » gouvernemental contre les violences conjugales a été annoncé le 1er octobre, muni de quelques mesures : campagne TV en direction des témoins sous le mot d’ordre #nerienlaisserpasser, financement de trois postes supplémentaires d’écoutantes au 3919, numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels. Une plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles doit être lancée pour faciliter la plainte ; de premiers contrats contre les violences seront engagés sous forme de partage d’alertes entre travailleurs sociaux et professionnels de la justice, de la police, de la santé. Enfin, une plateforme de géolocalisation des places d’hébergement d’urgence sera mise en place, accessible aux professionnels.

Pour aller plus loin :
Repérage et accompagnement en Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) des victimes et des auteurs de violences au sein du couple
Grand plan inédit du gouvernement contre les violences conjugales


25 septembre 2018

Pauvreté : Un revenu universel sous conditions

« Je souhaite que nous créions un revenu universel d’activité qui fusionne le plus grand nombre possible de prestations ». Le 13 septembre dernier, lors de la présentation de la stratégie de lutte contre la pauvreté, le Président avance cette mesure aux contours encore flous. A minima, elle comprendra le revenu de solidarité active, l’aide personnalisée au logement et la prime d’activité, a indiqué Agnès Buzyn. Mais elle pourrait aussi élargir son périmètre et inclure l’allocation adulte handicapé (AAH) ou l’allocation de solidarité spécifique… Tout dépendra du résultat de la concertation qui va être mise en place pour construire ce revenu. Ce dernier sera inscrit dans une loi « d’émancipation sociale » prévue en 2020.

Faux revenu de base ?

Ce futur revenu universel d’activité semble, dans ses premières intentions, très loin du revenu de base prôné, notamment, par le mouvement français pour un revenu de base. Il est conditionné à la recherche d’une activité. L’allocataire devra - c’est déjà le cas - signer un « contrat d’engagement et de responsabilité » qui l’obligera à un parcours d’insertion « qui empêche de refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi ou d’activité ».

Vigilance

La philosophie de la stratégie est bien là : le retour vers le marché du travail. Avec cette fois le sous-entendu que les personnes restent dans la pauvreté parce qu’elles ne sont pas bien accompagnées. Un « service public de l’insertion » garanti par l’État, présenté comme un « guichet unique », devrait donc être mis en place. Le collectif Alerte, qui a participé à la consultation préalable, « sera vigilant à ce que ce dispositif, très intéressant, constitue un moyen concret de mieux coordonner les politiques de l’insertion ». Le collectif salue les « mesures importantes » de cette stratégie, il estime qu’elles demeurent « insuffisantes pour corriger les effets néfastes des choix politiques antérieurs sur lesquels la stratégie pauvreté ne revient pas » : la baisse des contrats aidés, la diminution des APL, la fragilisation des bailleurs sociaux, les coupes budgétaires pour les CHRS…

Stratégie pauvreté


21 septembre 2018

Stratégie santé : Dé – cloi – so - nnée

Présentée le 18 septembre en grandes pompes par Emmanuel Macron puis par Agnès Buzyn, la nouvelle stratégie de santé, intitulée Ma santé 2022 – Un engagement collectif*, brasse large : vieillissement de la population, augmentation des maladies chroniques, accès aux soins, entrée du numérique dans le monde de la santé, inadaptation du système actuel, décloisonnement entre médico-social et sanitaire, entre public et privé, formation des professionnels… La coopération de proximité est par exemple à l’ordre du jour, dont entre la médecine de ville, l’hôpital et le médico-social.

Psychiatrie, parent pauvre

D’ici 2022, un espace numérique personnel de santé sera disponible et 1 000 communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) seront déployées, avec coordination de différents secteurs. De premiers hôpitaux de proximité seront labellisés en 2020. Des assistants médicaux pourront épauler les médecins libéraux si ceux-ci travaillent en groupe. La suppression du numerus clausus est actée. La psychiatrie et la santé mentale sont élevées « au rang de priorité » : obligation de mettre en œuvre des projets territoriaux de santé mentale (PTSM) d’ici juillet 2020, augmentation [et non systématisation, ndlr] du nombre de stages en santé mentale pendant les études de médecine, extension des formations d’infirmiers de pratiques avancées à la psychiatrie l’an prochain, développement de la réhabilitation psychosociale avec appel à projet, etc. À noter que le jour de l’annonce du plan, le centre hospitalier Pinel, à Amiens, en était à 96 jours de grève pour cause de dégradations croissantes des conditions de travail…

Démocratie sanitaire, au-delà des mots…

Les métiers et formations devront être adaptés, avec en ligne de mire une meilleure attractivité. Passerelles à créer entre différentes formations, exercice décloisonné entre établissements de santé et médico-social [il en est question depuis des années, ndlr], liens renforcés avec l’université… Peu d’annonces sur le rôle des patients experts, si ce n’est des déclarations d’intention sur la démocratie sanitaire, et qu’ils interviendront dans les cursus de formation de santé en… 2022.

* Ma santé 2022 – Un engagement collectif


14 septembre 2018

Des mineurs marocains dans les rues de Paris

Un « arrangement administratif », tel est l’intitulé du document qui a permis l’arrivée, cet été, de policiers marocains au commissariat du XVIIIème arrondissement de Paris. Ils sont chargés d’appuyer leurs confrères français et d’aider à organiser le retour de mineurs marocains en errance dans le quartier de la Goutte d’Or. «   Un dispositif policier totalement contraire aux Droits de l’enfant » alerte le Gisti. Fin juillet, le Défenseur des droits a saisi par courrier les ministères de la Justice et de l’Intérieur pour en savoir plus sur son application. Le 4 septembre, il attendait toujours la réponse.

Ces enfants sont très jeunes, 10 ans pour les plus petits selon la recherche-action publiée par l’association Trajectoires en avril dernier. Polytoxicomanes, parfois enfants des rues dans leur pays d’origine ou venant de familles aux problématiques complexes, ils « présentent de multiples carences affectant leur capacité de socialisation et générant de la violence, tant vis-à-vis de leurs pairs que vis-à-vis des adultes » souligne l’étude. De février 2017 à février 2018, environ 300 mineurs non accompagnés se disant marocains seraient passés par la Goutte d’Or ; ils sont actuellement entre 40 et 70 présents, chaque jour, avec des problématiques de délinquance.

L’association Hors la rue avait tenté de créer un lien, sans résultat. « La difficulté majeure du travail avec ces jeunes tient à leur mobilité. En 3 ans, certains sont passés par plus de 15 villes en Europe » note Trajectoires. Un centre d’accueil, géré par le CASP et soutenu par la mairie de Paris, tente des prises en charge. L’arrivée des policiers marocains risque d’ajouter à la complexité de la situation. « Une coopération avec les services sociaux ou de protection de l’enfance marocains aurait été souhaitable pour organiser l’identification, les contacts avec la famille, éventuellement proposer un retour aux jeunes, affirme Jean-François Martini du Gisti, mais l’arrangement administratif parle de lutte contre l’immigration irrégulière ». Très loin de la protection de l’enfance et du respect de ses droits fondamentaux.


7 septembre 2018

Exil : Étude de la souffrance psychique

Un rapport du Centre Primo Levi et de l’association Médecins du Monde dresse un bilan alarmant de l’état de santé des personnes exilées en France*. Non seulement ces réfugiés ont souvent vécu le pire dans leur pays d’origine (guerre, violences, torture, discriminations), ont risqué leur vie pour arriver ici, mais en plus ils subissent des attitudes hostiles et des conditions de vie dégradantes à l’arrivée, écrivent les auteurs. Pas étonnant donc que cela se traduise par un risque accru de troubles : addictions (surtout à l’alcool), idées suicidaires, troubles du sommeil ou encore problèmes somatiques.

« La durée de la procédure d’asile et la crainte du renvoi, cumulées aux expériences pré-migratoires, créent un phénomène d’usure et débordent les capacités de résilience des personnes », peut-on lire dans le rapport. 60% des demandeurs d’asile présenteraient un syndrome psychotraumatique et 8% des traumas complexes de type « état limite ».

Les auteurs entendent dénoncer l’absence de prise en compte des problèmes de santé mentale chez les réfugiés et un manque de formation chez les acteurs de terrain.

Autre problème ciblé : le manque de traducteurs faute de financements, qui empêche les réfugiés de pouvoir raconter leurs parcours aisément. Des conclusions alarmantes rejoignant celles de la Cimade qui, dans un rapport intitulé Personnes malades étrangères. Soigner ou suspecter ? Bilan des effets de la réforme du 7 mars 2016, s’inquiète des personnes étrangères gravement malades de plus en plus souvent renvoyées dans leur pays d’origine. Les auteurs du rapport dénoncent une obsession de lutte contre la fraude, des préfets qui passeraient outre les avis médicaux en expulsant des personnes malades censées pouvoir se soigner dans leur pays d’origine. En somme un droit à la santé de plus en plus souvent bafoué pour les personnes exilées.

* La souffrance psychique des exilés – Une urgence de santé publique, rapport du Centre Primo Levi et Médecins du Monde.


4 septembre 2018

L’équipe de Lien Social est... rentrée !

Et avec elle, le premier numéro de septembre, à découvrir ci-dessus :)
Les brèves d’actualité reprennent leur service dès demain.
À très vite donc,
L’équipe LS


11 juillet 2018

L’avenir de la formation en travail social questionné par l’Ire

L’Interrégionale des formatrices et formateurs en travail social (l’Ire), qui regroupe une quarantaine d’adhérents, a organisé ses journées d’étude vendredi et samedi à l’Institut de formation, recherche, animation, sanitaire et social (IFRASS) de Toulouse.
Devant une centaine de formateurs et d’étudiants, Dominique Lepage, formatrice à l’Ifrass, pose le décor : il s’agit de réfléchir « à la logique techniciste dont on veut peut-être nous faire devenir des agents » sans « être perçus comme des réacs du social ». En toile de fond : la refonte des cinq diplômes d’État de niveau III des métiers du social, dont la mise en œuvre est prévue pour septembre, en l’absence de textes officiels qui se font toujours attendre. Un énième rebondissement dans ce douloureux processus entamé depuis 2014 avec le lancement des États généraux du travail social.

Contre le technicisme

Après une conférence du formateur et docteur en sociologie politique Dominique Depenne, inspirée par la philosophie lévinassienne - singularité, altérité, éthique et utopie, ou comment lutter contre le technicisme qui cherche à régir les relations humaines -, L’Ire proposait sa lecture de la refonte des diplômes. « Parmi les points positifs, le cœur de métier et la relation éducative ont été préservés dans les cinq métiers, ainsi que la possibilité de faire des stages longs, et le tuteur de stage restera un professionnel exerçant le même métier » décrit Julien Parent, co-président de l’Ire. Mais d’autres points inquiètent : la difficulté de trouver des stages réellement qualifiants, l’adossement à l’Université et ses implications, la rentrée future dans Parcoursup, l’absence d’avancée sur la gratification des stages et la disparition de la visite de stage dans le livret de formation adossé à la réforme.

Rapport de force

Dans la salle, les formateurs expriment leurs différentes craintes face à cette réforme qui risque de mettre un coup aux spécificités du travail social, en rentrant dans un modèle où l’expérience de terrain serait secondaire face aux savoirs disciplinaires. Chacun y voit le résultat d’un rapport de force entre défenseurs de l’identité des métiers et « les lobbys qui influencent le gouvernement : le groupe SOS de Jean-Marc Borello, l’entreprenariat social », avec un avantage pour les seconds.

Mais l’inquiétude va au-delà de la seule refonte des diplômes, après la diffusion du projet politique de l’Union nationale des acteurs de formation et de recherche en intervention sociale (Unaforis) présenté le 26 juin. « Il porte des projets très inquiétants : on peut lire par exemple dans son étude prospective que "le modèle de l’école, comme lieu "physique" commun et unique des apprentissages a vécu" » constate Julien Parent. Afin de peser davantage dans ce rapport de force, l’Ire annonce qu’elle se réunira à la rentrée avec d’autres partenaires, dont Avenir Éducs, l’ONES et l’ANAS.


6 juillet 2018

La rétention : une politique française assumée

Notre politique d’enfermement est « unique en Europe » déclare David Rohi de la Cimade en présentant le 3 juillet le rapport annuel 2017 sur les centres et locaux de rétention administrative. Aucun autre pays d’Europe n’enferme autant les étrangers en rétention.

Les six associations qui interviennent dans ces lieux observent une orientation politique forte avec des instructions par voie de circulaire pour « utiliser plus largement et plus systématiquement la rétention » souligne David Rohi. « Aujourd’hui, les centres de rétention sont remplis comme jamais » ajoute-t-il.

Les associations recensent des violations multiples de droits. « Nous rencontrons en rétention des parents d’enfants français, des étrangers malades, des conjoints de français, des parents d’enfants à naître » rapporte Céline Guyot de l’Assfam. L’enfermement des personnes en demande de protection internationale a atteint une échelle inédite : 3 000 personnes ont ainsi été retenues alors qu’elles venaient de Syrie, d’Iran, du Soudan, d’Irak, d’Erythrée et d’Afghanistan. La plus grande majorité a été libérée par les juges. Car l’absurde joue là en maître : « enfermer massivement ne permet pas d’éloigner beaucoup » souligne le rapport. Sur les 47 000 placements en rétention en métropole et outre-mer, 60% ne sont pas suivis par un éloignement.

Des enfants interpellés à domicile

« L’utilisation massive de la rétention révèle donc une efficacité limitée, dans un contexte de privation de liberté traumatisant » pointe le rapport. Les associations dénoncent notamment le placement toujours plus important d’enfant en rétention. En 2017, 304 enfants ont subi cette mesure en métropole, environ 2 500 à Mayotte. Pour « une seule raison : le confort de l’administration pour faciliter la logistique du départ » appuie Mathias Venet de l’Ordre de Malte. « Ils arrivent souvent hagards et inquiets après avoir été interpellés à domicile à 6 heures du matin avec leur famille par un escadron de policiers » témoigne-t-il. Une pratique française déjà sanctionnée à cinq reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme.

Mais rien n’annonce l’arrêt de cette politique. La future loi sur l’asile et l’immigration prévoit de doubler la durée de rétention. Elle franchit une « ligne rouge » selon David Rohi : désormais même les personnes qui ne font pas l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire pourront être placées en rétention, le temps d’étudier leur situation administrative… Les centres de rétention n’ont pas fini d’être pleins.


4 juillet 2018

Psychiatrie, action radicale et plan ministériel

Sept agents hospitaliers campent sur le toit de l’hôpital psychiatrique Pierre Janet du Havre depuis le 25 juin. « Les perchés » demandent la venue de la directrice de l’Agence régionale de santé de Normandie pour qu’elle constate sur place les conditions d’accueil des patients et de travail du personnel. Soutenus par une intersyndicale SUD, CGT, CFDT, ils mènent une grève reconductible afin d’obtenir la création de 50 postes, la suppression des lits supplémentaires provoquant de la sur-occupation, l’arrêt des fermetures des structures extérieures proches de la population. Ces revendications rejoignent celles des grévistes de la faim de l’hôpital psychiatrique du Rouvray. Début juin, ils avaient fini par obtenir 30 postes supplémentaires après 28 jours sans s’alimenter.

Halte à la suroccupation

Si mardi 3 juillet, le député France insoumise François Ruffin a participé à l’assemblée générale de l’hôpital psychiatrique du Havre, c’est bien que la question touche plus largement le traitement de la santé mentale en France. Partout le nombre de malades augmente, alors que les budgets restent constants. Le 28 juin 2018, Agnès Buzyn a dévoilé sa feuille de route sur ce sujet devant le 1er Comité stratégique de la santé mentale et de la psychiatrie (CSSMP). Le plan de la ministre des solidarités et de la santé part d’un constat : « La demande de soins est en augmentation constante notamment pour les troubles anxiodépressifs, les psycho-traumatismes, les troubles du comportement, les addictions. La prévention et les interventions précoces sont insuffisantes et les diagnostics trop tardifs. Les ruptures de parcours sont trop nombreuses et entraînent une détérioration des trajectoires de soins et de vie. De plus, la stigmatisation relative aux troubles psychiques est encore trop prononcée. »

37 mesures pour quel budget ?

« Pour porter une vision positive de la santé mentale et promouvoir une psychiatrie qui ne soit plus le parent pauvre de la médecine », la ministre propose 37 mesures déclinées autour de trois grands axes d’intervention : la prévention, l’accès au soin en formant les médecins généralistes, l’inclusion sociale des personnes en situation de handicap psychique. Instance composée de 29 experts du médicosocial, le Comité stratégique de la santé mentale et de la psychiatrie est chargé d’organiser une prise en charge sur-mesure. Si le ministère évalue le coût économique et social des troubles mentaux à 109 milliards d’euros par an, le budget alloué à la mise en place de sa nouvelle stratégie reste flou. Pas certain que ça suffise à rassurer les « perchés ».


2 juillet 2018

Protection de l’enfance : des assises mouvementées

« Je ne travaille pas directement dans la Protection de l’enfance mais je suis venu par solidarité, raconte Thierry Creis, infirmier psychiatrique dans un service pour adultes du CHU de Nantes. On voit débarquer des jeunes de 13 ans parce qu’il n’y a pas de place en pédopsychiatrie. On est obligés de les mettre à l’isolement pour les protéger. » Le syndicaliste de Sud est resté bloqué devant les portes de la Cité des congrès de Nantes, comme les quelque 200 travailleurs sociaux venus pour casser l’ambiance des 11èmes assises de la protection de l’enfance.

Neuf mois d’attente pour une prise en charge

Profitant de cette vitrine de la profession, ils ont témoigné des difficultés du suivi du public accueilli par l’Aide sociale à l’enfance en Loire Atlantique, des neuf mois d’attente pour la prise en charge d’un enfant jugé en danger, du non accueil des mineurs non accompagnés… Organisée les 28 et 29 juin 2018 à Nantes par le Journal des acteurs sociaux en collaboration avec le Conseil départemental, cette édition réunissait 2 000 professionnels autour du thème : « Dans la famille “jeprotègelenfant" je voudrais… Tous ceux qui répondent à ses besoins. »

Pour l’occasion, la CFDT, la CGT et le syndicat Sud ont constitué le collectif de la protection de l’enfance 44. Pour eux, la communication autour de l’événement cherche à masquer des manques à tous les niveaux : de travailleurs sociaux pour évaluer, d’éducateurs pour accompagner, de places en familles d’accueil, de lits dans les établissements médico-sociaux… Le collectif aurait dû s’exprimer en ouverture du colloque pendant 15 minutes, mais la délégation étant accompagnée de nombreux collègues en colère, l’allocution n’a pas eu lieu.

Les manifestants privés de Cité

Interdits de Cité, les acteurs de terrain ont commencé par perturber l’entrée des Assises. Après deux heures de négociations infructueuses, les CRS sont venus protéger le déroulement du colloque. Les manifestants ont donc raconté leur quotidien devant le centre des congrès. « J’en ai marre de dire aux enfants que je vais les protéger, quand je sais que je n’en ai pas les moyens », lance un éducateur venu d’Île-de-France. Ils ont scandé des slogans, fait un sit in, quatre d’entre eux ont brièvement été arrêtés, dont une mineure venue avec son père…

Pendant ce temps à l’intérieur, comme en témoigne Didier Dubasque sur son blog, les besoins fondamentaux de l’enfant étaient rappelés : physiologiques élémentaires, protection de toute forme de violence, possibilité de construire une relation affective sécurisée, de vivre des expériences « d’exploration du monde », d’avoir des règles et de limites en vue de contenir ses émotions et vivre en société, de s’inscrire dans une histoire narrative, d’être valorisé et d’avoir confiance. Le lendemain, la ministre de la santé et de la solidarité Agnès Buzyn a rappelé que ces fondamentaux devaient s’exercer dans un budget contraint.