N° 1245 | du 19 février 2019

Faits de société

Le 19 février 2019 | Joël Plantet

Suppression des allocations, le retour

Thème : Protection sociale

La disqualification des parents revient dans le discours de l’exécutif pour résoudre des problèmes de société. Pourtant, ces dispositifs ont été marqués par leur échec.

Vieille, très vieille recette… Sous l’éternel prétexte de « responsabiliser les familles », Jean-Michel Blanquer n’excluait pas, le 14 janvier dernier, de supprimer les allocations familiales pour les parents « complices d’une évolution violente de leurs enfants ». Depuis longtemps, ce présupposé de « parent démissionnaire » est utilisé politiquement. Nées à la fin des années 80, les politiques de responsabilisation parentale, avec ses sanctions et ses stages parentaux, sont fondées sur l’idée simpliste que les supposées défaillances parentales doivent être corrigées… Le principe de suspension des allocations familiales avait déjà été envisagé après les émeutes de 2005. La loi sur l’égalité des chances de 2006 avait installé un « contrat de responsabilité parentale » comprenant cette mesure. Fin 2009, Éric Ciotti avait essayé de relancer le dispositif et, en 2010, Nicolas Sarkozy avait également proposé cette réponse pour contrer l’absentéisme scolaire. Sinistre, infantilisante et discriminante mesure, heureusement inapplicable et (quasiment) inappliquée. Dans les pays – européens ou américains – qui l’ont pratiquée, la mesure s’est soldée par un échec. Et pour cause : les familles « défaillantes » ou « démissionnaires » sont simplement des familles en grande difficulté, relevant de l’assistance éducative ou de la protection judiciaire de la jeunesse.

Critiquée de tous bords, cette pénalisation des familles en difficulté – exact contraire de la démarche d’accompagnement – avait suscité une levée de boucliers des professionnels de l’éducation, des fédérations de parents d’élèves, des associations familiales, des travailleurs sociaux… Inefficace, mais aussi foncièrement injuste : depuis environ 80 ans (elles ont été instituées en 1938), les allocations familiales ont pour vocation d’alléger les charges financières, non de distribuer des bons ou mauvais points.

La possibilité émise par le ministre de l’Éducation – qui devait être précisée à la fin du mois de janvier – peut d’autant plus surprendre et choquer : « la suppression des allocations familiales est une mesure en totale contradiction avec l’école de la confiance ! » s’exclame le syndicat national des assistants sociaux de l’Éducation nationale (Snasen Unsa) en soulignant la nécessité de « développer les compétences psycho-sociales des élèves, en favorisant un esprit de co-éducation avec les parents ». Cette forme de « discrimination pour précarité sociale » créerait, selon ces professionnels, une double peine. Mesure d’autant plus contre-productive qu’elle pourrait créer « un sentiment d’injustice participant à la spirale de la violence scolaire », contre laquelle elle est justement censée lutter.

Ce sont bien des réponses éducatives qu’il convient d’apporter. Les mêmes assistants de service social scolaire refusent de se voir « instrumentalisés dans un travail social de contrôle et de surveillance des familles stigmatisées et a priori coupables ». De même, le Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert (Cnaemo) s’offusque sur la menace pesant sur cet « atout indispensable du lien parents/enfants » et estime que la proposition contrevient à l’esprit même des réformes de la protection de l’enfance. Le réseau refuse « de voir transférer la responsabilité collective des dysfonctionnements sociaux sur la seule responsabilité individuelle des familles ». Encore une histoire de mauvais pauvres…