N° 1236 | du 2 octobre 2018

Faits de société

Le 2 octobre 2018 | Marianne Langlet

Stratégie activité

Thème : Politique sociale

Plusieurs fois reportée, la stratégie de lutte contre la pauvreté a finalement été présentée. Elle part du postulat d’un retour possible à une activité pour tous. Et questionne l’accompagnement jusqu’alors proposé par les travailleurs sociaux.

La stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, présenté le 13 septembre par le Président Emmanuel Macron, vise, pour tous, un retour à l’activité. Qu’est-ce qui jusqu’alors n’a pas permis une telle mobilisation ? Non pas le manque d’emploi ou de formation disponible mais la nature de l’accompagnement proposé. « Nous avons entendu fortement cette exigence de ne pas se limiter à des prestations monétaires mais redonner de la matière à des politiques d’accompagnement » explique Olivier Noblecourt, délégué interministériel en charge de la lutte contre la pauvreté.

Un engagement qui résonne étrangement alors que dans beaucoup de départements les équipes de prévention spécialisée ont été démantelées, que les dispositifs de protection de l’enfance laissent des enfants sans accompagnement dans des hôtels, que les assistantes sociales disent crouler sous les procédures qui les privent de ce temps nécessaire à l’accompagnement. « Il faut dégager du temps aux travailleurs sociaux pour qu’ils fassent autre chose que de constituer des dossiers » assure-t-on au ministère des Solidarités. « L’accompagnement doit cesser d’être un système mécanique, bureaucratique, désincarné, trop déconnecté de la réalité du quotidien » a martelé le Président.

Le gouvernement s’engage à une simplification des démarches via notamment le développement du numérique et le croisement des fichiers. Cet accompagnement doit avoir pour finalité l’emploi, mais aussi la formation, l’insertion par l’activité économique ou des dispositifs de type TAPAJ, Zéro chômeur de longue durée, Convergence ou SEVE qui recevront un budget de 70 millions d’euros pour se développer.

Rénover le travail social

« Réhumaniser l’accompagnement » selon Emmanuel Macron implique de « prolonger la rénovation du travail social déjà engagée, réussir à transformer les pratiques pour qu’elles permettent, mieux qu’aujourd’hui, aux personnes de s’en sortir ». Le plan prévoit de « transformer la formation et certains métiers du travail social ». Qu’est-ce à dire alors que quelques jours plus tôt sortaient les décrets d’application de la réforme des formations engagée depuis quatre ans ? « Il n’y a aucune remise en cause de cette réforme » assure Olivier Noblecourt. Il ajoute que cette transformation concernera la formation continue. Les diplômes universitaires seront également confortés ; ils devraient permettre notamment de reconnaître les « nouveaux » métiers du social comme « les écrivains publics, les médiateurs sociaux ou les développeurs sociaux ».

Autre formation en ligne de mire : celle des professionnels de la petite enfance. Le CAP petite enfance et la formation des éducateurs de jeunes enfants devraient se voir proposer une nouveau référentiel sous l’égide du Haut conseil à la famille. « Pour former à des compétences techniques, mais aussi à des compétences cognitives, comportementales, qui sont essentielles » a appuyé le Président. Au cœur de la stratégie : une logique d’investissement social dans la petite enfance, notamment en développant l’apprentissage du langage avant l’entrée en maternelle. Avec la conviction qu’on s’attaque ainsi à ce qui nourrit la pauvreté : le déterminisme social et la reproduction de la pauvreté.