N° 1227 | du 17 avril 2018

Faits de société

Le 17 avril 2018 | Joël Plantet

Radicalisation : les réponses de la prévention

Thème : Prévention spécialisée

Que pèse l’éducatif face à la radicalisation ? Dans une double étude, une chercheure définit, sur le terrain, ces nouveaux enjeux. Et démontre l’efficacité de la prévention spécialisée.

Dans une première partie, La prévention spécialisée à l’épreuve de la radicalisation et du fait religieux, Véronique Le Goaziou, chercheure au CNRS, relate comment, depuis 2015, les professionnels du champ socio-éducatif ont été de plus en plus mobilisés sur ces questions. Parmi eux, la prévention spécialisée, dont elle va suivre, via l’association Addap des Bouches-du-Rhône, les pratiques en la matière. Les professionnels observent des comportements témoignant d’un « apparent resserrement sur le fait religieux ». On assisterait « à certains endroits à une montée en puissance du référent musulman » avec des représentations clivées, notamment à propos des femmes ou de la sexualité. Le port du voile et ses multiples significations posent question ; la population féminine est plus difficile à associer aux activités de prévention…

Mais comment, de « nouvelle morale régulatrice » (dixit Fadela Amara), l’islam est-il devenu une menace ? Certains éducateurs estiment que l’« offensive communautaire musulmane » signe le désaveu des politiques à l’égard des quartiers populaires. « Le cadre de l’intervention est dérangé lorsque la laïcité d’évidence dans laquelle le métier s’est ancré doit composer en interne (les collègues) comme en externe (les publics) avec le fait religieux. » L’inquiétude est là quant à un certain retrait des jeunes à la relation d’aide qui leur est proposée ou à « une machine à intégrer incontestablement grippée ». Alors quelques idées émergent : « moins se perdre dans la relation individuelle, (re)nouer avec l’exigence du commun, prendre acte des logiques collectives, pratiquer des interventions communautaires, renforcer les opérations de développement social local, réanimer l’éducation populaire, repenser le pouvoir d’agir des habitants… » D’autres pistes sont évoquées : intensifier les actions en établissements scolaires, investir les réseaux sociaux, réfléchir à des accompagnements à distance…

Autre outil : l’Addap a mis en place en 2014 une cellule d’écoute et d’accompagnement des familles (CEAF), qui travaille sur un public déjà signalé comme radicalisé ou en voie de radicalisation. Trois constats sont dressés : des mineurs ou jeunes adultes suivis par la CEAF ont disparu des écrans radar de la préfecture de police après la mise en place d’une stratégie socio-éducative, « l’instauration d’un filet social à vitesse accélérée montre en particulier que les éducateurs savent apporter des réponses ». Ensuite, si l’équipe pressent une forme de danger, elle peut être conduite à passer la main aux acteurs judiciaires et policiers. Enfin, conclut l’étude, confier la prévention de la radicalisation aux équipes de prévention semble pertinent, car elles « peuvent constituer un maillon central de la prévention de la radicalisation, dès lors qu’on la considère comme une forme possible d’inadaptation ou de marginalisation ». CQFD.


Trois études récentes
La Prévention spécialisée à l’épreuve de la radicalisation et du fait religieux et L’éducatif au prisme de la radicalisation – La cellule d’écoute et d’accompagnement des familles (CEAF) de l’Addap 13, Véronique Le Goaziou, sociologue, in Recherches et Pratiques n° 1 et 2, mars 2018, groupe Addap 13.
Radicalité engagée, radicalités révoltées – Une enquête sur les mineurs suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse, rapport des sociologues Laurent Bonelli et Fabien Carrié, remis le 28 mars 2018 à la Garde des Sceaux.
Radicalisations et jeunesse, Isabelle Lacroix, sociologue, in revue Injep 2018/02.