N° 695 | Le 5 février 2004 | Jacques Trémintin | Critiques de livres (accès libre)

Parents-professionnels à l’épreuve de la rencontre

Collectif


éd. érès, 2003 (192 p. ; 22 €) | Commander ce livre

Thème : Pratique professionnelle

Eduquer est devenu plus complexe depuis que les valeurs de soumission et d’obéissance ne balisent plus ni l’espace familial, ni l’espace social et qu’elles ont été remplacées par la négociation, l’autonomie et la liberté. Si cette mutation a permis des marges de manœuvre plus grandes, tout n’est pas possible, tout n’est pas permis, sans compter l’effet pervers de la plus grande atomisation et du plus grand individualisme.

C’est dans ce contexte qu’a lieu la rencontre entre parents et professionnels de l’enfance marquée de longue date par deux tendances opposées : le doute quant aux capacités parentales impliquant une préférence au recours aux experts de l’éducation d’un côté et, de l’autre, la primauté accordée, en toutes circonstances à la famille. Du côté des parents, rien n’est simple. Il ne suffit pas d’être bien informé pour être compétent, l’éducation s’avérant un savant dosage entre le laxisme et la coercition : l’enfant a à la fois besoin d’être guidé et qu’on lui fasse confiance. Du côté des professionnels, le savoir accumulé sur les situations de danger autorise souvent à tenter d’intervenir à la source du risque, dans un registre qui n’est pas suffisamment différencié. Or, la nécessaire éthique mise en œuvre dans un cas n’est pas la même dans l’autre. Car là où la protection cherche à soustraire le sujet à ce qui peut lui faire du mal, la prévention tente de favoriser la relation du sujet avec tout ce qui peut lui faire du bien.

Dans un cas, comme dans l’autre, l’agir est trop souvent basé sur un savoir qui se veut objectif, normatif et basé sur son expérience personnelle (donc qui ne discute pas). Toute autre est la démarche communicationnelle qui cherche à partager l’approche en la soumettant au regard critique : « vouloir rencontrer les parents, c’est accepter d’être affecté par de l’autre, du nouveau, c’est accepter d’être altéré, surpris » (p.171). C’est le fondement de la coéducation qui constitue une relation de type interactif (nous sommes modifiés autant que nous modifions, parents et professionnels ayant autant à apprendre qu’à donner). Mais, il est vrai aussi, que les professionnels se trouvent dans des postures inconfortables : entre commandes sociales et demandes parentales, entre contrôle et aide, entre fonction institutionnelle prescrite et conception personnelle du rôle à jouer (où affleurent la position subjective et le désir personnel), entre visées instrumentales et visées relationnelles, etc. dans un champ saturé de modèles et de référents théoriques et pratiques.

Finalement, même s’ils se heurtent aux soupçons de démission des uns et aux doutes sur les compétences des autres, parents et professionnels sont embarqués sur le même bateau et n’ont d’autres solutions que d’avancer de concert, en prenant en compte les savoirs et savoir-faire de chacun. Le temps est peut-être venu, au-delà des protocoles et des procédures, de parier davantage sur l’humain.


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