N° 1275 | du 9 juin 2020

Faits de société

Le 9 juin 2020

Masques • Débrouille et bricolage

Thèmes : Risque professionnel, Pratique professionnelle

Face à la pénurie de masques, le secteur social a fait appel au système D pour se protéger.

Il pleut des cordes ce 11 mai. Stéphane (1) éducateur de prévention est frustré : personne dans la rue pour ce premier jour de déconfinement dans cette région très touchée du Grand Est. Pour cette reprise, son équipe a reçu trente masques donnés par une association sportive qui les a fabriqués dans d’anciens maillots. Le département a orienté le responsable de l’équipe vers ces dons. En principe, il est responsable de l’équipement de protection pour les professionnels de la protection de l’enfance. En pratique, il n’avait rien à proposer. Dans le secteur social, ce système D a prévalu dès les premiers jours du confinement. Ateliers origami pour des masques en sopalin, récupération de masques chez un tatoueur, confection personnelle, achats sur fonds propres, dons de grande entreprise… les témoignages des travailleurs sociaux montrent l’ampleur du vide.
« Pendant un mois et demi, au pic de la crise, les structures d’hébergement n’ont pas reçu de protections gratuites venant de l’État  », témoigne Florent Gueguen de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Un manque qui a expliqué en partie la fermeture des accueils de jour et des centres de distribution alimentaire. Sans moyens pour protéger leurs salariés et leurs nombreux bénévoles, souvent âgés, les directions ont préféré fermer. « Lorsque nous avons compris que les masques d’État n’arriveraient pas, nous nous sommes organisés, nous avons passé une commande groupée via notre plateforme de service, la Clé Solidaire  ». Sept millions de masques chirurgicaux sont commandés en Chine et payés par CDC Habitat avec la garantie d’un remboursement via le ministère du Logement. La commande a été passée au tout début du confinement… Et la première livraison – 2 millions de masques – n’est arrivée que la semaine du 4 mai. Les protections prévues pour le confinement serviront donc au déconfinement… « Nous devons envisager une nouvelle commande mais pour l’instant la décision n’est pas prise  », explique Florent Gueguen. Sept millions de masques représentent un mois d’usage pour toutes les structures adhérentes de la FAS.
À Mulhouse, Sébastien Castells, responsable de l’association Le Lieu, assure avoir reçu des masques chirurgicaux, même les fameux FFP2 dès le début de la crise. D’autres départements n’ont pas eu la même chance. En Haute-Garonne, l’arrivée d’un masque en tissu type grand public, délivré aux structures sociales via la direction départementale de la cohésion sociale, a choqué : «  Ces masques sont d’une qualité épouvantable, pour moi cette distribution est symbolique de la manière dont le secteur social a été complètement oublié dans cette crise  », réagit Sonia (1), éducatrice spécialisée dans l’hébergement d’urgence. « La notice parle de 5 à 10 lavages, en fait dès le troisième, les élastiques s’en vont, le tissu s’effiloche, il rétrécissent trop…  ». Ils viennent pourtant d’une des quelques 150 entreprises françaises listées par le gouvernement pour produire les masques à destination des professionnels en contact avec le public. Ils ont été testés par la direction générale de l’armement qui indique qu’ils peuvent être lavés 30 fois, avec toutefois un petit astérisque spécifiant : « Les lavages ont été réalisés sous la responsabilité du fabriquant  ».

(1) Le prénom a été changé.

Marianne Langlet