N° 867 | du 10 janvier 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 10 janvier 2008

MDPH en danger : un collectif pour faire appliquer la loi

Marianne Langlet

En Gironde, face aux graves difficultés rencontrées par les personnes handicapées à la nouvelle MDPH, un collectif d’associations réussit à se faire entendre.

« La maison départementale des personnes handicapées est aux abonnés absents. La rupture de son fonctionnement met les personnes handicapées en péril. » Ces deux phrases ouvrent l’appel à manifester lancé par le collectif « MDPH en danger » en juillet dernier. La mobilisation des vingt et une associations qui composent le collectif a lieu en Gironde. Un grand département où vivent de nombreuses personnes handicapées, le premier en France en nombre de demandes de prestation de compensation du handicap (PCH). Or, la MDPH a connu des difficultés importantes. La moitié du personnel de l’ancienne Cotorep n’a pas désiré entrer dans la MDPH. « Ensuite, une majorité des agents qui ont suivi ont finalement décidé d’en repartir comme la loi le leur permet. La MDPH était dans une perpétuelle période de recrutement et de formation », raconte Jean-Marc Dauba, de l’APF, membre du collectif MDPH en danger. Le déménagement dans un local unique n’a pu se faire qu’en décembre 2006. Enfin, là comme ailleurs, la Cotorep a légué un stock important de dossiers non traités.

Rupture de droits

« Les conséquences sur les personnes ont été très importantes, certaines n’ont pas eu la reconnaissance de travailleur handicapé à temps et leur contrat a été rompu, d’autres attendaient de longs mois – de huit à dix en moyenne – une aide humaine urgente pour accomplir les gestes quotidiens : se lever, s’habiller, sortir… », témoigne Jean-Marc Dauba. Beaucoup ont dû faire face à des ruptures de droit, certaines personnes ont même dû s’inscrire au RMI alors que leur droit à l’allocation d’adulte handicapé (AAH) n’avait pas été renouvelé dans les temps. Les associations ont alors alerté les pouvoirs publics et le conseil général de la Gironde. Sans résultat. Pour se faire enfin entendre, elles ont donc formé le collectif MDPH en danger et appelé à manifester le 6 juillet devant la MDPH puis le 27 septembre 2007. « Ce mécontentement a un peu accéléré les choses au niveau du conseil général », explique Jean-Marc Dauba. Un audit de la MDPH a été décidé. Il a confirmé toutes les difficultés. Et le conseil général semble avoir enfin pris la mesure du problème.

Déblocage

Aujourd’hui, les efforts portent leurs fruits. « Le retard accumulé au niveau de l’enregistrement des dossiers est résorbé », confirme Jean-Marc Dauba. Le taux de réponses à l’accueil téléphonique s’est également amélioré. Si en juin la MDPH répondait à 35 appels sur 100, elle parvient actuellement à répondre à 65 appels sur 100. Enfin, le délai d’instruction d’un dossier est passé à six mois. « Nous restons cependant encore inquiets, tempère Jean-Marc Dauba. Il faut d’abord que nous ayons confirmation de l’amélioration sur un plus long terme. L’amélioration est quantitative, mais nous ne voyons aucune amélioration qualitative dans l’approche des personnes handicapées et dans les réponses apportées à leur demande. » Le collectif reste donc vigilant et prêt à se faire entendre si nécessaire. Il estime, par exemple, que sept postes supplémentaires doivent être ajoutés au cinq postes créés par le conseil général pour réellement faire face à la demande. Il interpelle également l’Etat pour que ces postes soient enfin pérennisés et les équipes stabilisées. Un appel sans réponse. Car contrairement au conseil général, l’appareil d’Etat est moins sensible à la pression populaire que les élus locaux. La proximité des conseils généraux avec son public est peut-être une chance pour que les MDPH parviennent un jour à ressembler à l’idéal de la loi.


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