N° 1251 | du 14 mai 2019

Critiques de livres

Le 14 mai 2019 | Jacques Trémintin

Les salauds de l’Europe

Jean Quatremer


éd. Calmann Levy, 2017, (316 p. – 17,50 €) | Commander ce livre

Thème : Europe

Comment départager les europhobes des europhiles, alors même qu’ils se montrent parfois aussi doctrinaires les uns que les autres ? Tout en refusant de tomber dans l’adulation ou dans la diabolisation mais en confirmant certaines idées, ce livre fait justice d’un certain nombre d’idées reçues sur l’Europe. En commençant par ces forces politiques nationales qui se gardent de relier les progrès liés à l’appartenance à cette Communauté tout en accusant Bruxelles de leurs propres échecs, alors même que l’Union européenne n’y est souvent pour rien. Il faut reconnaître que cette institution prête le flanc à la critique. La construction communautaire est un processus long, lent, complexe, fragile et imparfait ayant progressé à travers une succession de traités et de compromis insatisfaisants. Elle fonctionne comme une instance intergouvernementale non comme une fédération.

Chaque État nomme ses représentants dans toutes les instances, le Parlement européen ressemblant plus à une addition de vingt-huit parlements nationaux parlant vingt-trois langues qu’à une vraie représentation du peuple européen. Ce déficit de démocratie est criant quand on regarde fonctionner la technocratie bruxelloise composée de fonctionnaires dont la porosité avec les lobbyistes est très loin d’être étanche. L’Union est dirigée par des gens qui ne savent pas ce qu’ils font et font ce qu’ils ne comprennent pas, affirme avec force l’auteur. L’Europe est une Ferrari équipée d’un moteur de 2 CV conduite par vingt-huit chauffeurs qui ne sont pas d’accord avec la direction à prendre.

Cette lucidité permet à Jean Quatremer de réduire à néant d’autres accusations. Non, l’Europe n’est pas ultra libérale, ses réglementations, sa monnaie unique et la solidarité entre régions riches et pauvres démontrant qu’on se rapproche bien plus d’une économie planifiée que du laisser-faire. Non, tout ne se décide pas à Bruxelles, les États gardant la haute main sur les secteurs qui ne font pas partie des compétences de l’Union. Non, l’Europe n’impose pas sa tyrannie. L’union n’existe que par le consentement permanent des États la composant qui contrôlent étroitement ce qui s’y passe, n’acceptant de partager leur souveraineté que dans les domaines où l’action commune est plus efficace. Il suffirait qu’un seul gouvernement ne joue pas le jeu pour que tout s’arrête. Au final, en créant un espace de paix et de coopération, l’Europe fait rêver bien des peuples, sauf ceux qui en font partie. S’il faut effectivement changer l’Union, cela ne pourra se faire qu’avec ses membres.


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