N° 1271 | du 14 avril 2020

Critiques de livres

Le 14 avril 2020

Les métiers de l’asile

Sonny Perseil (sous la direction)


Co-édition L’harmattan & Pepper, 2019, (153 p. – 17,50 €)

Thèmes : Humanitaire, Travail social, Droit d’asile

Découvrir un monde caché

Avec l’explosion du nombre de demandeurs d’asile, la dynamique de l’emploi dans ce secteur est plutôt forte. Pour s’y retrouver dans les métiers qui recrutent, rien de tel que ce livre limpide et didactique. Y sont présentés successivement le HCR et l’OFII, l’OFPRA et la CNDA, FTA et l’ARDHIS… autant d’acronymes sous lesquels le lecteur pourra découvrir tous les acteurs qui se donnent la même ambition : protéger des étrangers souhaitant obtenir le statut de réfugié pour échapper aux persécutions qu’ils subissent dans leur pays. Mais, au-delà des descriptions précises des professions, des fonctions et des institutions, apparaît une réalité d’épuisement psychologique et d’usure professionnelle à l’origine d’un important renouvellement sur un certain nombre de postes. Notamment ces intervenants d’action sociale de moins en moins diplômés et de plus en plus mal payés, face à des arrivants qui sont passés d’un statut de présumés réfugiés à celui de probables déboutés. Il faut d’abord recevoir leurs récits décrivant un vécu terrifiant. Il faut ensuite s’adapter à l’accélération des procédures débouchant dans des délais de plus en plus courts à la fin de l’hébergement. Dans le meilleur des cas, le relais est pris par les CHRS. Sinon, c’est la rue. Enfin, il faut faire toujours plus avec toujours moins de moyens : prix de journée à 19 € (contre 250 à 300 € dans le secteur social et médico-social) et taux d’encadrement qui se réduit. Comme si l’hypothèse de l’échec, de la fin de l’accueil et de l’expulsion constituait un modèle dissuasif à même de freiner les demandes. Pas étonnant que les candidats se fassent rares ou démissionnent rapidement. Mais cet ouvrage collectif décrit aussi d’autres fonctions bien moins dégradées. A l’image de ces traducteurs qui interviennent dans 95 % des convocations. Leur tâche est d’autant plus délicate que l’énoncé qu’on leur demande de traduire ne se résume pas à du cognitif, mais comporte aussi des implicites, des non-dits, des sous-entendus et des ellipses qui ne résistent guère à l’interprétation. Les connaissances géopolitiques indispensables aux officiers de protection de l’OFPRA, la motivation explicite que doivent rendre les juges de la CNDA (à l’opposé de leur intime conviction), les délais raccourcis pour que les avocats bâtissent les dossiers de recours… autant de réalités quotidiennes trop souvent ignorées.

Jacques Trémintin


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