N° 1230 | du 29 mai 2018

Faits de société

Le 29 mai 2018 | Marianne Langlet

Le milieu associatif laissé pour compte

Thème : Politique sociale

Les associations s’interrogent : quelle valeur le gouvernement accorde-t-il à leur expertise, leurs propositions, dans les réformes en cours ? Visiblement, très peu.

« Le secteur associatif a le sentiment de ne plus être reconnu comme interlocuteur naturel du gouvernement dans l’élaboration des politiques publiques. » Parue dans Le Monde du 4 mai, une tribune signée par plusieurs grands acteurs du monde associatif comme l’Uniopss, la Fédération des acteurs de la solidarité, le Secours catholique ou l’Association des Paralysés de France, sonne comme une dernière alerte.
Six groupes de travail, pilotés par le délégué interministériel Olivier Noblecourt, ont rendu le 15 mars leur copie sur la politique de lutte contre la pauvreté des jeunes et des enfants. Plusieurs dates avancées pour l’annonce des arbitrages ont finalement été repoussées. Le 15 mai, sollicité par Lien social, le ministère de la Santé et des Solidarités n’avait toujours pas de date précise à communiquer. De quoi nourrir l’impression d’une « dégradation des modalités de travail entre l’État et le secteur associatif », avance Florent Gueguen, directeur de la FAS.

L’exemple de la circulaire Collomb sur le recensement des étrangers dans les centres d’hébergement d’urgence, prise sans aucune concertation avec les gestionnaires d’établissement, marque, selon lui, une « brutalité et une défiance » jamais vues dans les relations entre le secteur associatif et l’État. À tel point que Laurent Seux, directeur France Europe du Secours catholique, s’interroge : « Où sont les espaces de débats, de concertation, de construction commune ? Est-ce que le seul endroit où on se retrouve pour discuter est devant les tribunaux ? »

Patrick Doutreligne, président de l’Uniopss, décrypte des méthodes qui « donnent l’impression d’être écoutés mais très peu entendus ». « À la première réunion, ils réunissent beaucoup d’associations, exposent leurs idées et demandent ce que nous en pensons. À la deuxième réunion, ils présentent mot pour mot leur projet initial, toutes les options, remarques, demandes de modifications proposées par les associations sont écartées. » Le fil rouge reste toujours le même, ajoute Florent Gueguen : « Faire des économies sur les politiques sociales. »

Dans d’autres domaines, comme celui du handicap, les associations, pourtant segment majeur du secteur, sont « spectatrices de décisions prises en amont ou ailleurs », pointe la tribune. Elles ont dû « batailler âprement », ajoute-t-elle, pour entrer dans les discussions sur l’emploi des personnes handicapées. Les associations n’ont pas non plus été associées à la consultation éclair lancée par le ministère sur la stratégie nationale de transformation du système de santé.

Cette situation inédite s’explique, selon Patrick Doutreligne, par la conception idéologique que ce pouvoir a du monde associatif : « Les corps intermédiaires, dont font partie les associations, appartiennent, selon eux, à l’ancien monde ; ils veulent un nouveau monde.  » Le modèle de l’entreprenariat social a le vent en poupe mais « s’il a de vraies vertus il ne peut représenter tout le secteur associatif », juge-t-il. À ses yeux, les associations ne doivent pas être perçues comme de simples « opératrices ». Difficile quand beaucoup d’entre elles se plient aux exigences des appels d’offres de l’État et acceptent d’être de simples opérateurs…