N° 754 | du 26 mai 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 26 mai 2005

Le cinéma témoin ou acteur de l’action sociale

Joël Plantet

Proposant un regard différent sur un quartier de banlieue en permanence stigmatisé, L’Esquive rafle quatre Césars dont celui du meilleur film. À Cannes, les derniers jours de Kurt Cobain sont évoqués (avec de puissantes images), la diversité cinématographique encouragée et l’importance du documentaire davantage reconnue. En parallèle, des festivals mêlent énergiquement cinéma et action sociale

Sur l’écran, Bourvil, chapeauté de noir, pétri d’humanité et de force d’initiative, gère vaillamment sa petite entreprise, dans le lieu de vie qu’est devenue la scierie héritée de son père, avec l’aide de « libérés conditionnels » (dont Lino Ventura), suivis par un éducateur en cravate et une administration tatillonne et rigide. Dans ce western vosgien solidement charpenté (Les grandes gueules, Robert Enrico, 1965), à peine daté, on trouve de belles bastons, du bel amour avec Marie Dubois (présente à la projection), du solide bûcheron en chemise à carreaux et de la réinsertion.

Nous sommes le 13 mai, à la clôture du festival du film d’action sociale, à Montrouge, en banlieue parisienne. Depuis trois jours, s’y sont succédé des documentaires sur la prise en charge d’adolescentes en internat, la prise de parole publique dans une cité, la prostitution des jeunes, un projet artistique pour personnes âgées, et tellement d’autres encore.

Un concours avait été lancé pour un large éventail de créations : celles-ci pouvaient revêtir différents aspects — films d’animation, prise de parole d’usagers, fiction, témoignage, documentaire, jeu, outil de formation ou d’information, logiciel — et se présenter sous forme de DVD, de CD-Rom ou de copies VHS. Quarante réalisations sont ainsi parvenues aux organisateurs du festival.

Sélectionnées par un jury associant des professionnels de l’audiovisuel et de l’action sociale, quatre d’entre elles ont été distinguées : Sourds et musiciens (documentaire de Jean-Marc Descamps, 52 ‘) s’intéresse à un atelier musical pour enfants sourds et malentendants et se voit décerner le premier prix.

Le deuxième est attribué aux couleurs de notre départ (film de Frédérique Arbouet, 18’), à partir d’un spectacle réalisé avec des adultes handicapés et des aides médico-psychologiques, dont « l’originalité, l’esthétique et la puissance pédagogique » seront saluées.

Troisième prix pour Mécontent, pas contents, disent-ils (documentaire d’habitants d’une cité, 50’) évoquant la prise de parole de la population d’un quartier de Mons-en-Barœul (Nord). À adjoindre au palmarès, une « mention spéciale » pour À mon âge : Auguste (documentaire de Marine Place, 26’) décrivant le projet artistique d’un homme de 85 ans. « Faites renter la culture dans vos structures », conclut joliment un des jurés.

L’importance de l’audiovisuel

L’utilisation de l’audiovisuel dans le secteur socio-éducatif ne date pas d’aujourd’hui : vidéo utilisée avec les adolescents par Stanislas Tomkiewicz et Jo Finder dans les années 70 ou dans les hôpitaux psychiatriques (Charcot lui-même se servait largement de photos), petits films de présentation des structures aux usagers, campagnes de prévention, mémoire du passé, récits de vie enregistrés, etc.

« Dans cette diversité de production, d’utilisation, il devient nécessaire d’effectuer un travail pour distinguer ce qui peut être explicitement intégré à une pratique professionnelle », se sont proposés en amont les initiateurs du festival du film d’action sociale. Créé en 1982 par le département Audiovisuel et multimédia de l’institut régional de travail social de Lorraine, celui-ci, d’annuel, est devenu bisannuel. La manifestation a clairement pour objectif de « promouvoir l’audiovisuel témoin ou acteur de l’éducation spécialisée, et de permettre la diffusion des initiatives originales du monde du travail social ». L’édition 2005 a vu naître un nouveau partenariat avec l’IRTS francilien de Montrouge.

Plus ou moins confidentielles, d’autres initiatives existent aussi. L’une d’elles est en train de devenir institution : depuis quinze ans, l’Unité de formation de travailleurs sociaux (UFTS) de Clermont-Ferrand propose de belles Rencontres du film documentaire intitulées Traces de vie. Qu’elles soient sociales ou individuelles : « Le cinéma documentaire fait, de cet éphémère en train de se vivre, un véritable patrimoine », estiment les organisateurs du festival, qui avaient, en 2003, primé La raison du plus fort.

Le prochain rendez-vous aura lieu du 21 au 27 novembre 2005, les œuvres pouvant être adressées au comité de sélection jusqu’en septembre [1].


[1UFTS Traces de vie - 113 rue Antoine Fabre - 63270 Vic-le-Comte. Tél. 04 73 69 99 02. mail : tdv-ufts@wanadoo.fr