N° 886 | Le 29 mai 2008 | Jacques Trémintin | Critiques de livres (accès libre)

La chômarde et le haut commissaire

Martin Hirsch & Gwenn Rosière


Oh éditions, 2008 (250 p. ; 14,90 €) | Commander ce livre

Thème : Précarité

D’un côté, il y a un haut fonctionnaire, ancien président d’Emmaüs France, qui a accepté d’entrer dans un gouvernement de droite, en se donnant pour mission de mettre en place le revenu de solidarité active (RSA). Martin Hirsch croit très profondément et très sincèrement à la solution qu’il propose : garantir à tout rmiste, s’engageant dans une activité salariée, de garder 70 % de ses nouvelles ressources, alors qu’aujourd’hui, son allocation est réduite d’autant. On est là dans un mécanisme destiné à éviter les effets de seuils qui peuvent aboutir à la stagnation (voire à la diminution) de ses revenus, en cas de reprise d’un emploi.

Avec pour conséquences, une pauvreté qui ne se limite plus à la seule absence de travail, mais qui concerne aussi celles et ceux qui en ont un (notamment à temps partiel). Pour autant, celui qui est devenu en mai 2007 haut commissaire, n’ignorait rien des pesanteurs, des chausse-trappes et des blocages qu’il n’allait pas manquer pas de rencontrer. C’est que, depuis des décennies, on en a connu des discours promettant la fin de l’exclusion. Et puis, quand il a fallu s’y mettre concrètement, il y a toujours eu mille raisons de ne pas le faire. Martin Hirsch est coincé entre des effets d’annonce porteurs de désillusions et la nécessité d’afficher ses ambitions, pour convaincre.

De l’autre côté, il y a l’une de ces allocataires du RMI, qui sait ce que c’est que de vivre avec 440 € par mois et la nécessité en permanence d’avoir à « choisir entre manger, payer des factures, se déplacer à des entretiens et envoyer des candidatures » (p.16). Gwenn Rosière parle d’expérience : lorsqu’on est un accidenté de la vie, cela laisse des traces. S’il existe des sans-emploi qui n’arrivent pas toujours à sortir de la précarité, c’est qu’ils n’en ont plus la force. Leur quotidien est trop noyé dans le gouffre de leurs problèmes pour leur permettre de prendre de la distance ou de se projeter : on n’imagine pas l’énergie folle qu’il faut dépenser pour trouver des solutions aux cercles vicieux de l’exclusion. Sans compter l’image de parasites profitant du travail des autres que leur renvoie la société.

Voilà deux personnalités qui n’étaient guère destinées à se croiser. Elles vont le faire, pourtant, au travers d’un échange épistolaire de plus de six mois reproduit ici en première partie du livre. Etonnante plume que celle de Gwenn Rosière qui sait exprimer avec justesse et pertinence la réalité des sans voix, en n’hésitant pas au passage à rudoyer son interlocuteur. Tout aussi singulière est cette humilité bienvenue et attentive d’un Martin Hirsch qui démontre son souci de considérer les allocataires rmistes non comme des objets de sa politique, mais comme des partenaires à part entière.


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