N° 1247 | du 19 mars 2019

Faits de société

Le 19 mars 2019 | Joël Plantet

L’hôtel en nomade

Thème : Logement

« Nomadisme hôtelier »… Une étude démontre les effets délétères d’une vie d’adolescent grandissant en famille dans une chambre d’hôtel.

Par définition, on fait difficilement de l’hôtel un chez-soi… « La vie à l’hôtel implique une instabilité résidentielle importante empêchant tout ancrage territorial et favorisant les ruptures de scolarité. » Ces évidences sont rappelées dans une étude intitulée Adolescents sans logement - Grandir en famille dans une chambre d’hôtel, menée par deux sociologues avec l’appui du Défenseur des droits à partir d’entretiens. Les adolescents se voient plus facilement projetés au cœur des tensions familiales, sur-responsabilisés quant à la gestion des démarches administratives, du budget, de certaines tâches ou de la prise en charge des petits frères ou sœurs…
Pour la seule année 2017, plus de 21 000 familles (« soit 58 247 personnes ») ont été hébergées en hôtel social en Île-de-France, alors qu’elles étaient moins de 15 000 (« soit 44 075 personnes ») en 2013. Qui plus est, les trente adolescents franciliens interrogés avaient vécu dans 92 hôtels répartis dans 65 communes de toute l’Île-de-France… Les adolescents hébergés sont très majoritairement des enfants migrants. L’étude évoque une « expérience d’hyper mobilité » et de vulnérabilité accrue par l’instabilité résidentielle.

L’hôtel peut être ressenti comme un espace d’interdictions, et de problèmes sanitaires (cf. le phénomène des punaises de lit, récemment médiatisé). Les besoins d’intimité ne peuvent y être respectés, les adolescents faisant souvent chambre commune avec leurs parents ; « la promiscuité et le manque d’intimité en hôtel rendent quasi impossible le travail d’individualisation que les adolescents mènent habituellement lorsqu’ils sont seuls dans leur chambre », observe l’enquête. Le recours à l’internet, quand il est possible, pour lutter contre l’enfermement hôtelier, les difficultés scolaires accrues sont susceptibles d’accroître l’isolement. Et nombre d’adolescents évoquent, outre la participation aux démarches administratives, le soutien moral qu’ils apportent à leurs parents « diminués physiquement et moralement, dont ils doivent prendre soin ». L’école, pour eux, représente – quand elle est possible dans la durée… – un point de stabilité et de sociabilité essentiel. Les vacances scolaires sont même alors « source d’ennui et de désœuvrement ». Et les ados craignent également de révéler le caractère stigmatisant de l’hébergement en hôtel…

Bref, « la très grande précarité administrative et financière auxquelles sont confrontés ces adolescents a également un impact psychologique important ». Devant un constat pareil, le Défenseur des droits ne peut qu’émettre quelques recommandations de bon sens, mais à portée politique, en espérant qu’ils ne restent pas vœux pieux : en premier lieu, développer des alternatives en proposant des structures adaptées aux familles « en vue de garantir son unité » et limiter l’orientation de celles-ci vers des hôtels sociaux parfaitement inadaptés aux besoins d’enfants. Ensuite, il s’agit d’assurer le droit à l’éducation, aux loisirs et à la santé des enfants en évitant les interruptions scolaires, en veillant aussi à l’accès à la cantine ; enfin, le Défenseur exhorte à veiller, lors des décisions d’orientation ou de réorientation – parfois deux heures de transports en commun séparent l’adolescent de son lycée –, à prendre en considération les lieux de scolarisation des enfants. En somme, un rappel du minimum.