N° 825 | Le 25 janvier 2007 | Jacques Trémintin | Critiques de livres (accès libre)

L’errance des jeunes adultes

Pascal Le Rest


éd. L’Harmattan, 2006 (224 p. ; 20 €) | Commander ce livre

Thème : Errance

Pascal Le Rest nous livre ici une analyse fort pertinente des conditions de l’errance. Mais avant de nous en proposer les éléments principaux, il nous présente l’action d’un groupe de professionnels de l’agglomération de Chelles qui a tenté de trouver des réponses efficientes à cette problématique, dans le cadre d’un travail de partenariat. Le lecteur pourra trouver dans cet ouvrage, outre l’interview de huit jeunes confrontés directement à l’errance, le témoignage d’intervenants concernés par cette problématique.

De la multiplicité des regards ainsi consultés, on peut tirer un ensemble de facteurs explicatifs dont aucun n’émerge comme élément déterminant. Selon les cas, une ou plusieurs circonstances ont pu ensemble ou séparément peser sur le déclenchement de l’errance. Il est question de déficit du capital culturel et symbolique, de divorce des parents, d’instabilité au moment de l’enfance, de maltraitance et de violences diverses connues très jeune. Mais la mobilité n’est pas seulement physique, elle est également l’expression d’une difficulté à stabiliser son rapport aux choses, au monde, aux autres et à soi-même. Elle doit se penser avec un certain nombre de dimensions propres à l’émergence de la postmodernité. Les différents traits de la société contemporaine concourent à créer les conditions de l’errance.

En commençant par les conditions de socialisation qui ont profondément évolué : alors qu’autrefois les échanges s’appuyaient sur des rapports physiques et des ritualisations non triangulées, celles d’aujourd’hui reposent sur des technologies telles la télévision, la micro-informatique ou la téléphonie mobile. Pourtant, malgré le nombre de moyens de communication, les hommes n’ont jamais été aussi seuls. Là où la féodalité élevait la fidélité et la dépendance comme valeurs cardinales, notre société ne retient que la liberté de se lier et de se délier au gré des impulsions et des désirs. La fragilité des relations de couple et des relations affectives aboutit à moins d’alliance, moins de protection et par effet moins de possibilités de secours en situation de vulnérabilité matérielle ou psychologique. Autre fragilisation source potentielle de l’errance, cet attrait du risque et de l’obsession de l’instant, de l’immédiateté et du vertige de la jouissance.

C’est bien ces caractéristiques que l’on rencontre tous les jours qui permettent de comprendre cette instabilité liée aux besoins de s’abstraire de toute projection dans le temps et surtout de se confronter avec l’univers des limites, des règles, des contraintes et des lois, à l’origine de bien des ruptures.


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