N° 1257 | du 17 septembre 2019

Faits de société

Le 17 septembre 2019 | Katia Rouff-Fiorenzi

Jeunesse • Bons pour le service ?

Thème : Jeunesse

Le 17 juin, 2 000 jeunes volontaires de treize départements ont étrenné le Service national universel. Un premier «  séjour de cohésion  » controversé.
Levée des couleurs au petit matin, salut au drapeau, Marseillaise entonnée par des jeunes filles et garçons au garde-à-vous, souvent vêtus de l’uniforme officiel : polo blanc siglé Service national universel (SNU), pantalon, blouson et casquette marine. Le 17 juin, la première session du SNU a démarré avec deux mille volontaires, âgés de 15 à 16 ans, encadrés par 450 adultes venus d’horizons différents (monde militaire, Éducation nationale et éducation populaire).
Durant quinze jours, les jeunes ont vécu en groupe dans une «  maisonnée  ». À cette «  phase de cohésion  » succèdera une mission d’intérêt général de quinze jours puis, pour les volontaires âgés de 16 à 25 ans, une mission plus longue d’au moins trois mois.
Zoé Martin, 16 ans, ambassadrice du SNU des Hautes-Pyrénées, a particulièrement apprécié l’aventure : «  J’ai gagné en maturité, j’ai dû dépasser ma timidité pour aller vers les autres. Un module quotidien différent (journée avec les pompiers, avec les militaires, infos sur l’accès aux droits, etc.) nous a enrichi  ». Et l’aspect militaire ? «  Je trouve important d’apprendre l’hymne national, de rendre hommage aux soldats avec la levée des couleurs.  »
Un enthousiasme que les acteurs éducatifs ne partagent pas. Ils dénoncent notamment le coût faramineux du dispositif piloté par Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. Il s’élèverait à terme à 1,6 milliard d’euros par an (d’ici à 2026, devenu obligatoire, il concernera 800 000 jeunes par an) ; une communication gouvernementale surréaliste et un regard négatif porté sur la jeunesse dès la genèse du projet : une jeunesse trop hédoniste, égoïste, qu’il s’agit de dresser.
Si nul ne conteste l’importance d’inciter les jeunes à l’engagement, le SNU, bientôt obligatoire, s’oppose à l’idée de l’engagement «  forcément volontaire  », comme le souligne François Mandil, délégué national des Scouts et Guides de France.
Si les associations partagent la nécessité de favoriser la mixité sociale, elles doutent que celle-ci éclose d’elle-même après quinze jours passés en maisonnée. Elles proposent plutôt une révision de la carte scolaire dès le primaire ; le développement des cités éducatives ou encore la possibilité pour chaque enfant de découvrir gratuitement une classe de découverte ou une colonie de vacances.
Le fait que les jeunes réfractaires au SNU devenu obligatoire encourent des sanctions fortes (impossibilité de passer le Code, le bac, etc.) insupporte les acteurs éducatifs. «  Cela renforce l’aspect militaire, déjà présent avec le fait de chanter la Marseillaise au garde-à-vous, sans qu’aucune tête ne dépasse. Nous n’avons rien contre l’hymne national mais cette mise en rang s’oppose au projet d’émancipation porté par l’éducation populaire, pourtant évoquée de manière incantatoire par le gouvernement  », peste François Mandil. Soutenir l’éducation populaire, c’est faire confiance aux associations qui s’en réclament et possèdent une réelle expertise. Elles coconstruisent les projets avec les jeunes, leur donnent des missions et des responsabilités.
L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), missionné par Gabriel Attal, évaluera la préfiguration du SNU. Résultats à l’automne.