N° 641 | du 7 novembre 2002 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 7 novembre 2002

Il faut que la formation soit adaptée aux besoins

Propos recueillis par Guy Benloulou

Pour Christian Guillaumey qui préside le comité national de liaison des associations de prévention spécialisée (CNLAPS) c’est tout le travail social qui est en difficulté. L’avenir est menacé par un risque de n’avoir su assurer un niveau de professionnalité suffisamment anticipé.

Quelles sont les raisons qui ont originé ces Assises nationales de la prévention spécialisée ?

Depuis trois ans, le CNLAPS a mis en place une dynamique de réflexion qui à trouver son point d’orgue lors des Assises à Marseille les 17, 18 et 19 octobre 2002.
La convention nationale qui a été proposée à ces Assises s’origine dans les réflexions conduites dans les régions, les départements avec les acteurs bénévoles et professionnels de la prévention spécialisée.
À partir de cela, il s’agit de donner une meilleure lisibilité à ce secteur de l’action sociale avec une mise en perspective en termes de préconisations pour les dix ans à venir.

À l’heure où la justice des mineurs délinquants semble se durcir, comment la prévention spécialisée peut-elle se positionner ?

Le CNLAPS fait le choix de rappeler que l’axe judiciaire ne règle pas tout s’il n’est pas adossé à une logique éducative menée en direction des jeunes mais aussi des familles. Dans cette perspective décalée, il est possible pour les acteurs de prévention spécialisée d’occuper une place en complémentarité dans le champ de l’action sociale. Nous pensons qu’il est indispensable d’agir également sur l’environnement social et éducatif des jeunes, car ils ne naissent pas délinquants.
Ce point est largement partagé par la commission d’enquête du Sénat dans son rapport : « Délinquance des mineurs, la République en quête de respect ».

Police de proximité, juges de proximité, médiateurs en tous genres, etc. Les intervenants se multiplient. L’éducateur de rue a-t-il encore un avenir ?

La proximité annoncée ne remplacera pas le relationnel éducatif porté par les acteurs de prévention spécialisée auprès des jeunes et des familles dans leur milieu de vie. Le maillage éducatif et social doit être développé en prenant garde de ne pas défaire l’existant. Le temps recouvre une importance particulière en éducation, donnons-nous les moyens de le faire exister. La gestion du conflit est de plus en plus rare, étant entendu que notre société essaie de traiter les relations en termes de médiation. L’évitement est préconisé s’agissant des phénomènes de violence ou d’agression. Il semble nécessaire de trouver les moyens de frottements entre jeunes et adultes pour que la confrontation permette l’émergence d’un dialogue.

Alors que les AEMO collectives et sans mandat semblent se développer, la prévention spécialisée peut-elle continuer à fonctionner sans intervention auprès des familles ?

La prévention spécialisée, depuis son origine, agit auprès des jeunes et de leur famille. Cette question des parents et des familles fait partie de la mission et à mon sens ne nécessite pas une adaptation particulière. Sans doute faut-il donner une plus grande lisibilité à cette dimension de l’action. Les actions menées sur la question de la parentalité montrent que la prévention spécialisée est capable d’innovation en direction des familles.

Les difficultés de recrutement d’éducateurs diplômés, obligent à terme, la prévention spécialisée à employer des faisant-fonction peu qualifiés. Cela ne la décrédibilise-t-elle pas ?

Le CNLAPS a le souci que les associations puissent embaucher un personnel qualifié qui fait terriblement défaut aujourd’hui. Terriblement défaut parce que la prévention spécialisée est un domaine d’intervention très peu présent dans la formation des travailleurs sociaux, malgré les efforts d’alerte et la présence des professionnels dans les instituts de formation. C’est tout le travail social qui est en difficulté. C’est pourquoi dans le contexte de la réduction du temps de travail et dans la perspective du départ en retraite des années baby boom, il faut que la formation soit adaptée aux besoins. L’avenir de l’action sociale est menacé par un risque de n’avoir su assurer un niveau de professionnalité suffisamment anticipé.

La violence plus ou moins réelle de jeunes, l’errance de certains d’entre eux de plus en plus jeunes, les nouvelles pratiques de prostitutions et d’économies parallèles, etc., sont autant de phénomènes qui obligent la prévention spécialisée à s’adapter constamment à la réalité des dysfonctionnements sociétaux et politiques. Est-elle aujourd’hui en mesure de répondre aux commandes politiques des conseils généraux dont elle dépend principalement ?

La démarche de prévention spécialisée est une synthèse possible en articulation entre la commande publique et la demande sociale. Pour occuper cette place intermédiaire, je pense que l’association est en capacité de jouer un rôle d’acteurs de médiation et de transformation. L’organisation associative permet une évolution souple qui garde toute sa pertinence dans sa démarche en équilibre entre un niveau d’implication professionnel et un engagement militant. La prévention spécialisée est une action en devenir. Je pense qu’elle est en mesure de se positionner dans des enjeux politiques si elle garantit un engagement éducatif auprès des jeunes en même temps qu’elle rend effective une transformation de l’environnement social.


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