N° 1258 | du 1er octobre 2019

Faits de société

Le 1er octobre 2019 | Mariette Kammerer

Hébergement • Dormir à l’école

Thème : SDF

L’an dernier à Lyon, le collectif « Jamais sans toit », constitué d’enseignants et de parents d’élèves, a mis à l’abri une centaine d’enfants et leurs familles dans des écoles, jusqu’à obtenir leur hébergement.

Jusqu’aux vacances d’été, quatre écoles étaient occupées depuis plus d’un mois. « Nous avons été reçus par le cabinet du président de la Métropole pour appuyer des dossiers Droit au logement opposable (DALO) ou hébergement d’urgence. Nous demandons la réquisition de logements de fonction vides pour les personnes sans abri, nombreuses dans la métropole lyonnaise », explique Raphaël Vulliez, membre actif du collec­tif Jamais sans toit et instituteur dans le quartier de la Croix-Rousse.
Ce collectif est né à l’automne 2014 pour coordonner les occupations d’écoles de l’agglomération lyonnaise. « Des familles et des enseignants se mobilisent pour mettre à l’abri des enfants sans toit, dans l’école où ils sont scolarisés pour alerter l’opinion et les pouvoirs publics », explique le militant. Le collectif est pré­sent sur vingt établissements. En 2014 il a occupé six écoles et mis à l’abri deux cents enfants. En 2018, il en a occupé vingt et abrité cent enfants. « La mise à l’abri s’organise le soir en dehors du temps scolaire, dans les salles de classe ou dans le gymnase, et tout doit être débar­rassé le matin. L’occupation dure aussi longtemps que nécessaire, d’une nuit à plusieurs mois, le temps d’obtenir une place d’hébergement. »
En novembre dernier, le collectif avait recensé deux cent cinquante-trois enfants sans toit et la Préfecture huit cents. Mal­gré l’obligation d’inconditionnalité de l’ac­cueil, les places du dispositif hivernal sont attribuées selon des critères de vulnéra­bilité très restrictifs : « femmes enceintes de plus de six mois et bébés de moins d’un an, précise l’instituteur. Il n’y avait que trois cents places pérennes sur le Rhône cette année alors qu’on recense deux mille quatre cents logements vides dans l’ag­glomération. » Jamais sans toit a rédigé un petit guide à l’usage des parents ou enseignants concernés (comment ani­mer un comité de soutien ? qui alerter ? comment médiatiser ? etc.) et organisé un stage intersyndical qui a réuni deux cents enseignants. Car mieux vaut être bien préparé : « À Vaulx-en-Velin, la mai­rie a fait pression sur les parents d’élèves et menacé de porter plainte pour occupa­tion illégale des locaux, rapporte Raphaël Vulliez. Il y a des tentatives d’intimida­tion, par exemple le directeur d’Acadé­mie a convoqué deux enseignants – mais sans sanction – car ils s’exprimaient en dehors du temps scolaire, en tant que citoyens. Parfois nous avons eu la police, mais jamais d’expulsion. »
Durcissement
À la fin du plan « grand froid », Jamais sans toit a mené des actions communes avec les collectifs Amphi Z, qui héberge des mineurs étrangers non accompagnés (MNA), La Maison de Mandela, qui loge des familles, et Hébergement en danger, qui réunit des travailleurs sociaux des structures d’urgence : « Depuis un an, nous constatons que les personnes sans droit ni titre ne sont plus orientées dans les centres d’hébergement, indique Lau­rent Barberet, assistant de service social, rien d’officiel mais on nous a dit oralement qu’on ne pouvait orienter que les “insérables”. Nous assistons à un durcissement ». Ce collectif permet aux professionnels de recréer un réseau, d’être en lien avec d’autres collègues du secteur de l’urgence : « Nous sommes informés dès qu’une personne va être mise dehors ou dès qu’une place se libère, nous pouvons faire remonter des demandes, engager des actions », ajoute-t-il. Syndiqué et représentant du personnel, il participe au collectif à titre individuel, sans engager la structure qui l’emploie. « Quand on voit ce qui se passe, on ne peut pas ne rien dire, on demande juste l’application de la loi : inconditionnalité et continuité de l’accueil. »