N° 1267 | du 18 février 2020

Faits de société

Le 18 février 2020 | Myriam Léon

Handicap • Partout des oasis

Thème : Travailleur handicapé

Pour faciliter l’embauche de personnes en situation de handicap, vingt instituts proposent une préparation aux formations de travailleurs sociaux.

En 2020, l’insertion des personnes en situation de handicap dans les métiers du médico-social prend une nouvelle dimension. En effet, le dispositif Orientation, accompagnement, secteur intervention sociale (Oasis) double ses effectifs en s’étendant à vingt régions de France. Il propose une préformation pour permettre aux personnes handicapées d’entrer dans les écoles du travail social. Porté depuis 2014 par l’association Obligation d’emploi des travailleurs handicapés (Oeth)(1), sa mise en oeuvre fait suite à une étude réalisée dans le Nord-Pas-de-Calais et le Languedoc-Roussillon. Cette dernière révélait que, malgré la loi et leur coeur de métier, le secteur social et médico-social recrute peu de travailleurs en situation de handicap. « Seuls 10 % des salariés avaient informé leur employeur de leur handicap lors du recrutement, 90 % s’étaient déclarés au cours de leur carrière, explique Marie Maas, responsable projet Oasis handicap à Oeth. En plus, ils étaient cantonnés à des métiers administratifs ou de restauration. »
Pour ces professionnels potentiels souvent sortis du système scolaire depuis longtemps et ayant connus des difficultés d’emploi liées à leur santé, la nécessité de passer un diplôme de travail social pose problème. La sélection par concours représente un premier obstacle compliqué à franchir. L’association Oeth s’associe alors à l’Institut régional du travail social de Montpellier pour expérimenter une préparation aux formations. « Il fallait intervenir en amont pour aider à définir un projet professionnel, puis offrir un accompagnement qui permette de réussir l’entrée en formation, détaille Marie Maas. La première année, sur treize candidats, dix ont poursuivi leurs études. »
L’accompagnement proposé par Oasis comprend 210 heures pour évaluer les acquis, découvrir les métiers, élaborer un projet, construire un parcours… et 210 heures en stage. Ce temps permet la remobilisation et la reprise de confiance en soi. Ensuite, les étudiants entrent dans un cursus normal. Après deux ans de succès, une convention est signée avec onze instituts en partenariat avec l’Union nationale des acteurs de formation et de recherche en intervention sociale (Unaforis). Ce dispositif intègre quinze étudiants par école. Le contrat en alternance, les éventuels aménagements chez l’employeur ou à l’institut bénéficient de financements.
Pour ce projet, Oeth investit environ 3 300 euros par personne. Depuis son lancement, ce dispositif assure 76 % de sorties positives, entrées en formation, CDD ou CDI. Parmi les 24 % de personnes restantes, certaines ont dû arrêter pour des raisons de santé, d’autres ont pris conscience que ces métiers ne leur convenaient pas. « Les employeurs ne font pas de discrimination positive à l’embauche, c’est à nous de les sensibiliser, précise Marie Maas. À l’issue des premiers recrutements, ils reconnaissent tous l’intérêt de travailler avec des personnes hyper motivées, au vécu riche, qui ont parfois été accompagnées et qui peuvent contribuer à faire changer les regards.  » Oasis fait entrer la différence dans les équipes, nourrissant pour le travail social.

Myriam Léon

(1) L’accord OETH impose à tout employeur d’au moins 20 salariés d’employer 6 % de personnes handicapées. L’association OETH est chargée de collecter la contribution liée au non-respect de cette obligation d’emploi, mais aussi de conseiller et de financer des actions pour l’insertion et le maintien dans l’emploi auprès de ces établissements.