N° 1268 | du 3 mars 2020

Faits de société

Le 3 mars 2020

Handicap • Mobilisation générale

Thème : Handicapés

Le 11 février, jour des quinze ans de la loi handicap (1), l’Élysée a présenté la 5e Conférence nationale du handicap (CNH) : mesures ambitieuses mais aussi manques et financement flou.

« Beaucoup a été fait. Mais beaucoup reste encore à faire pour construire une Nation qui s’enrichit de ses différences et permet à chacune et à chacun de choisir sa vie  », a reconnu Emmanuel Macron lors de la CNH en présence d’une dizaine de ministres et quatre cents invités (personnes handicapées, associations, départements, entreprises, etc.). Le mot d’ordre ? « Tous concernés, tous mobilisés ». Le bilan ? Des avancées : le droit de vote accordé aux majeurs sous tutelle, des droits à vie pour les personnes porteuses d’un handicap irréversible, l’augmentation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) de 90 euros par mois (elle reste cependant sous le seuil de pauvreté). La promesse que celle-ci ne sera ni supprimée, ni diluée dans le revenu universel d’activité (RUA). Une victoire pour les quatre associations qui le craignant, avaient claqué la porte de la concertation sur le RUA le 4 février. Une fronde associative a en effet précédé la CNH avec notamment les attentes fortes exprimées par le Collectif Handicaps, nouvellement créé (2) et l’appel d’un collectif de parents à manifester devant toutes les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) de France. Aujourd’hui, Arnaud de Broca, président du Collectif Handicaps observe « une volonté politique, un discours mobilisateur, des propositions concrètes et ambitieuses à court et moyen termes, la pression mise sur les ministres, les départements et les acteurs du handicap.  »
Il cite des objectifs forts : zéro enfant sans solution de scolarisation d’ici la rentrée prochaine ; réduction des délais de décision des MPDH à trois mois ; volonté de freiner l’exil vers la Belgique. Et d’autres propositions importantes : la création d’ici 2021 d’un numéro national unique – le 360 – pour rompre l’isolement des personnes handicapées, des familles et pour trouver des solutions en mobilisant les acteurs du territoire, notamment médico-sociaux ; la promesse d’un diagnostic et d’une intervention précoce pour les enfants autistes étendus aux 7 – 12 ans avec une prise en charge par la sécurité sociale ou encore la création de 2 500 structures de transition entre l’établissement et le logement plus autonome. Arnaud de Broca pose cependant la question des moyens et reste en attente de précisions.
En revanche, la question de la prestation de compensation du handicap (PCH), non augmentée depuis 2005, n’a pas trouvé de réponse à la hauteur des attentes, le président a annoncé son ouverture aux parents en situation de handicap mais elle reste fermée – à court et moyen termes – au handicap psychique et à l’autisme. Questions accessibilité, aucune mesure incitative ou contraignante, juste l’appel à une mobilisation de tous les acteurs, l’incitation aux candidats aux municipales à se saisir de la question et l’annonce de moyens pour l’accessibilité au numérique et aux médias.
L’État, l’Assemblée des départements, les associations et les organisations du secteur ont signé une convention d’engagements, dans une idée de co-construction en faveur de l’accessibilité. « Nous avons eu le sentiment d’un discours nuancé, souligne Arnaud de Broca. La volonté politique affichée nous servira de levier, nous comptons bien l’utiliser, même si nous restons en attente des modalités de financement de ces annonces. »

Katia Rouff-Fiorenzi

(1) Loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ».
(2) Né le 25 septembre, il regroupe quarante-sept associations nationales de personnes en situation de handicap et de leur famille pour faire entendre leur voix et respecter leurs droits.{}