N° 1262 | du 26 novembre 2019

Faits de société

Le 26 novembre 2019 | Katia Rouff-Fiorenzi

Handicap • Freiner l’exil

Thème : Handicapés

Faute de places en France, près de huit mille personnes handicapées sont exilées en Belgique. Le gouvernement a annoncé des moyens pour limiter les départs, les associations restent dubitatives.

Fin 2018 des établissements de Wallonie (Belgique) accueillaient 6457 adultes handicapés français (contre 6109 fin 2017) et 1435 enfants (contre 1444 un an auparavant). Une réalité qui provoque des situations familiales douloureuses.
Dans le cadre de la Conférence nationale du handicap (CNH), un groupe de travail a réfléchi à la manière de prévenir ces départs subis. À partir de ses conclusions, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées a annoncé un « plan massif » de 90 millions d’euros, répartis sur trois ans, pour la mise en place de solutions alternatives d’accompagnement des adultes exilés dans les trois régions les plus concernées : Hauts-de-France, Ile-de-France et Grand-Est. Un budget qui s’inscrit dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2020 qui s’ajoute – la même année – aux 10 millions du Fonds de prévention des départs forcés vers la Belgique dédiés aux enfants et aux adultes. Le PLFSS prévoit aussi un meilleur contrôle du fonctionnement des établissements accueillant les adultes, comme celui qui existe déjà pour les enfants.
D’ici à 2022, les places pour les adultes seront contingentées – comme pour les enfants actuellement – en fonction du nombre actuel de résidents. Les crédits, confiés aux agences régionales de santé (ARS), serviront à créer des places et contribueront à « transformer l’offre », avec des services ou encore de l’habitat inclusif.
«  Il y a quand même un souci, pointe Luc Gateau, président de l’Union nationale des associations de parents de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei). Malgré une politique de limitation des départs amorcée dès 2015, associée au déploiement de la démarche Une réponse accompagnée pour tous (1), chaque année près de 350 personnes continuent à partir en Belgique. » Si une petite partie d’entre elles privilégie ce pays frontalier pour des raisons de proximité, un accompagnement éducatif parfois plus attractif, plus adapté ou faute de solution en France pour les aidants épuisés, la grande majorité passe la frontière par manque de places, notamment les personnes souffrant de handicap lourd, cognitif, de troubles du comportement ou d’autisme.
Un problème sur lequel les associations alertent depuis longtemps les pouvoirs publics. « En 2015, nous avions notamment lancé une campagne (2) qui pointait un certain nombre d’éléments à prendre en compte. Or le sujet reste loin d’être résolu, estime Luc Gateau. Il faut véritablement une volonté et une ambition très fortes qui nous semblent absentes. 90 millions c’est peu. Combien de places ces crédits permettent-ils de créer ? De quelles ʺalternativesʺ le plan gouvernemental parle-t-il ?  »
L’association réclame une vraie transformation de la situation à partir de la démarche « Une réponse accompagnée pour tous », avec des moyens suffisants pour résorber, stopper les départs non souhaités et favoriser les retours des personnes qui le souhaitent. Une enquête menée par l’antenne de l’Unapei à Nancy montre qu’elles sont nombreuses. Et Luc Gateau de conclure : « Nous en saurons peut-être plus après les conclusions de la CNH sans cesse repoussées.  »
(1) Démarré en 2015, elle est entrée en vigueur le 1er janvier 2018.
(2) Les bannis de la République : mettons un terme à l’exil et à l’exclusion des personnes handicapées et à la souffrance des familles !