N° 1250 | du 30 avril 2019

Faits de société

Le 30 avril 2019 | katia Rouff-Fiorenzi

Grand débat • Voix précaires

Thème : Précarité

À l’invitation de trois associations, le 11 mars, au Conseil économique, social et environnemental (Cese), des personnes en situation de précarité ont présenté leurs propositions pour le Grand Débat National.

Les personnes en situation de précarité ont soif de travail. « Elles ont une impatience forte vis-à-vis de l’emploi, la volonté de travailler, de percevoir un salaire digne et de bénéficier d’un statut social. Cela tord le cou à l’idée que nombre d’entre elles se complaisent dans un système d’allocations », pointe Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS).

Au Cese, une semaine avant la clôture des contributions en ligne pour le Grand Débat National, la Fas, la Fondation Armée du Salut et l’Uniopss ont proposé un temps fort de mise en valeur des résultats des débats organisés avec les personnes en situation de fragilité sur tout le territoire. Une dizaine de délégations ont présenté leurs solutions pour améliorer le quotidien des personnes les plus vulnérables en matière d’hébergement, de logement ou encore d’accès aux droits. Des propositions validées par l’hémicycle : mise en place du RSA dès dix-huit ans ; revalorisation des minimas sociaux ; solutions de sortie de l’hébergement d’urgence ; révision du montant des APL ; développement du parc de logements sociaux et très sociaux ; stages de pauvreté sur le terrain obligatoire pour les élus, les hauts fonctionnaires et les travailleurs sociaux encadrés par des pairs aidants ; amélioration de la transparence et de la rapidité des demandes de titres de séjour ; etc.

Idée iconoclaste

« L’idée iconoclaste d’un " stage de pauvreté " illustre un sentiment de séparation grandissante entre les personnes précaires et les élites politiques jugées déconnectées des conditions de vie réelles mais aussi avec les personnes qui les accompagnent », souligne le directeur de la FAS. En ce qui concerne les travailleurs sociaux, les constats sont plus nuancés : certaines personnes estiment que leur accompagnement a joué un rôle essentiel dans leur vie, d’autres dénoncent une bureaucratisation, un manque d’écoute et de disponibilité de la part des professionnels. Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement et Christelle Dubos, secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, présents lors des restitutions, se sont engagés à prendre en compte leurs constats. « L’intérêt de l’exécutif pour ce travail ne préjuge cependant pas de la reprise des propositions dans les annonces à venir » a souligné Florent Guegen. La Fas a envoyé la synthèse des travaux à plusieurs ministres, à la Direction générale de la Cohésion sociale (DGCS) et à la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) afin que les préoccupations des plus précaires ne soient pas noyées dans les contributions au Grand Débat National. « Les plus pauvres seront-ils les grands oubliés du débat national ? » s’interrogeait le 9 avril la FAS au lendemain de la restitution du grand débat par le Premier ministre.