N° 1270 | du 31 mars 2020

Faits de société

Le 31 mars 2020

Grand-âge • L’urgence d’agir

Thème : Personne âgée

2018 a marqué une crise sans précédent dans le secteur
de l’accompagnement des personnes âgées. Burn-out, maltraitance,
perte de sens : les professionnels sont sortis du silence.

Actes d’hygiène chronométrés et réalisés à la chaîne, shampoing seulement tous les quinze jours…
Le 30 janvier 2018, les professionnels accompagnant les personnes âgées dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et au domicile étaient largement descendus dans la rue pour dénoncer les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les seniors dépendants. Sur toutes les lèvres, sur toutes les pancartes, un message : il faut plus de moyens. Régulièrement, les acteurs du secteur interpellent le gouvernement : vidéos tournées en caméra cachée par des professionnels, auditions, grèves, communiqués… Rien n’y fait.
« Cela fait plus de dix ans qu’on nous balade  », indique Guillaume Quercy, président de l’Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles (UNA). Après plusieurs projets abandonnés ou vidés de leur substance durant les quinquennats Sarkozy et Hollande, Emmanuel Macron a promis une réforme ambitieuse. Qui, pour l’heure, n’est pas mise en œuvre. Sur le terrain, en attendant, les conditions de travail se dégradent. « On a un taux d’accident du travail supérieur à celui du bâtiment, des professionnels de l’aide à domicile qui mettent dix-huit ans avant d’être payés au SMIC. 17 % de nos salariés sont sous le seuil de pauvreté », poursuit Guillaume Quercy.
Tous les chiffres le confirment : les aides à domicile, très souvent des femmes, sont pauvres et le sont de plus en plus. En sus de la précarisation du métier, la perte de sens guette les professionnels : « Le soin relationnel, cœur du métier de soignant, se réduit considérablement : peu de temps pour la toilette, l’habillage, le lever, l’aide au repas… Beaucoup ont le sentiment d’être “des robots de soins », indique la CGT Santé et Action sociale.

Cet état des lieux très inquiétant a fait l’objet de plusieurs rapports ces dernières années. « Aujourd’hui, toutes les données sont sur la table, indique Guillaume Quercy. Il ne me reste plus qu’à dire une chose : il y a urgence. » Les acteurs de terrain ont porté plusieurs revendications. Première et plus importante : la revalorisation salariale des professionnels. Ensuite, ils souhaitent favoriser les possibilités d’évolutions de carrière, casser l’organisation verticale qui ne permet pas de partir des besoins des personnes pour adapter l’offre et enfin réfléchir à la gouvernance, la présence de deux acteurs (État et départements) favorisant la cacophonie.
Un récent rapport a évalué le montant à mettre sur la table : dix milliards d’euros par an d’ici 2030. Selon Guillaume Quercy : « s’il y a une réelle volonté politique, l’argent n’est pas un sujet. On touche à la politique au sens premier du terme, à savoir que souhaite-t-on pour la société ? Si on veut de la cohésion sociale, si on veut vivre ensemble sans guerre générationnelle, sans situations de violences ou de maltraitances envers les personnes âgées, il faut bouger tout de suite. Les solutions sont là, on attend l’action politique.  » Le calendrier du projet de loi semble se dessiner. Un dépôt avant l’été pour un aller/retour devant l’Assemblée nationale et le Sénat au deuxième semestre et une entrée en application début 2021.
Un projet de loi qui ne manque pas d’entrer en résonance avec un autre gros dossier pour le gouvernement : la réforme du système des retraites. « Le premier déterminant de santé, c’est le pouvoir d’achat, indique Guillaume Quercy. Autrement dit, plus vous êtes pauvre, plus votre santé se dégrade. Donc si on prépare pour les gens des retraites pourries, il faut s’attendre à une inflation de la dépendance.  » Nous voilà prévenus.

Rozenn Le Berre