N° 1265 | du 21 janvier 2020

Faits de société

Le 21 janvier 2020 | Myriam Léon

Chômage • Territoires à défendre

Thème : Chômage

Les promesses d’étendre l’expérimentation au-delà des dix « Territoires zéro chômeur de longue durée » se succèdent, mais rien ne bouge. Les initiateurs du projet ne lâchent rien.

« On ne gagne que les combats que l’on mène. » Face à la lenteur du déploiement de l’expérimentation « Territoire zéro chômeur de longue durée  » (TZCLD) sur d’autres territoires via l’adoption d’une deuxième loi, le président de l’association éponyme, Laurent Grandguillaume reste confiant. « Pour avancer, il faut jouer avec le temps, s’adapter aux contraintes de nos interlocuteurs. On espère que ça va se débloquer en 2020. » Tous les espoirs semblent en effet permis, puisqu’en septembre 2018, Emmanuel Macron annonçait l’extension des TCLZD comme une priorité de sa stratégie de lutte contre la pauvreté, volonté réaffirmée en mars 2019, lors du Grand débat national devant des élus à Bordeaux.
Pourtant, 2020 est là et les entreprises à but d’emploi, pivot de l’expérimentation, ne sont en activité que sur dix territoires. Une centaine attendent dans les starting-blocks. Ils ont créé des comités locaux pour identifier les besoins non pourvus, faire émerger des idées, enquêter auprès d’éventuels clients, réaliser des études de faisabilité. Les chômeurs de longue durée sont en marche ; le gouvernement piétine. Seule avancée, l’invitation de Laurent Grandguillaume à une rencontre en janvier 2020… afin d’établir un calendrier. Pour motiver la machine législative, l’association TZCLD organise depuis quatre ans une grève contre le chômage les 7 novembre. Durant cette journée, des personnes privées d’emploi effectuent des travaux nécessaires à la société, mais non réalisés car non rentables. Ce mouvement démontre les savoir-faire, la capacité des chômeurs de longue durée à travailler pour la communauté et l’existence de travaux essentiels non réalisés.
Inscrite dans la loi en février 2016, après cinq ans de gestation, l’expérimentation TZCLD a permis l’embauche en CDI à temps choisi de 850 personnes. Par ailleurs ce nouveau dispositif d’inclusion, a contribué au retour en emploi de 350 autres personnes. À la grande satisfaction de Laurent Grandguillaume, le concept porte ses fruits avant même la création des entreprises à but d’emploi. « Participer à des réunions afin de se battre pour créer des emplois, avec autour de la table des collectivités locales, des représentants de l’État, des élus, des entreprises, constitue un moment de reconnaissance et de valorisation qui redonne de la confiance en soi. » Quand privé d’emploi, on devient porteur de projet, une dynamique s’opère. C’est le pari de cette expérimentation.

L’évaluation économique réalisée par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale des finances (IGF) oppose à ce bilan d’étape positif, une vision comptable. En effet, l’argumentaire des porteurs de l’expérimentation s’appuie sur le transfert du cout du chômage – estimé à 18 000 euros par personne et par an – pour dégager un salaire. À l’issue de leur mission, l’Igas-Igf recommandent « avant toute extension temporelle ou géographique, d’ajuster les objectifs et les modalités pratiques de cette action (personnes bénéficiaires, activités des entreprises, financements mobilisés) afin de mieux servir la finalité affichée et de se rapprocher du principe initial de neutralité économique ». « On sent bien que le ministère de l’économie et des finances veut cibler les publics, déplore Laurent Grandguillaume. Notre principe est de nous adresser à tous les chômeurs longue durée qui souhaitent retourner en emploi sans exclure qui que ce soit ». Il l’affirme : ils se battront pour que soit respecté l’essence même du projet.

Myriam Léon