N° 843 | du 7 juin 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 7 juin 2007

Une association suisse formera des assistants sexuels

Marianne Langlet

Catherine Agthe Diserens bataille pour que le droit à la sexualité soit reconnu aux personnes les plus dépendantes. Après avoir mis en place un accompagnement sexuel avec des personnes prostituées, elle lance la première formation d’assistants sexuels en Suisse romande

Elle parcourt en long et en large la Suisse romande. Catherine Agthe Diserens, sexo-pédagogue, formatrice pour adultes et présidente de l’association Sexualité et handicaps pluriels, promeut le droit des personnes handicapées à une vie sexuelle et affective. Partout où elle passe, institution, foyer de vie, colloque, elle sensibilise les intervenants à ce droit, tente de délier les langues, de faire parler les désirs. Dire ne suffit pas, elle veut également faire vivre la sexualité. En janvier 2008, l’association formera des assistants sexuels. Ils auront le même statut que les personnes prostituées, ce qui est facilité en Suisse où la prostitution est légale.

Or, pour Catherine Agthe Diserens, « les personnes prostituées sont les plus à même de répondre aux besoins des personnes très dépendantes. Lorsque j’ai rencontré leurs associations, elles m’ont dit que pour elles tous les hommes sont des hommes, handicapés ou pas ». En attendant de former des assistants sexuels qui proposeront une heure de « soins sexuels » pour un tarif unique de 120 € — contre vingt minutes au même tarif pour une personne prostituée en Suisse —, l’association a sensibilisé deux femmes et un homme prostitués (lire le témoignage d’un assistant sexuel en Suisse allemande).

Depuis trois ans, ils acceptent de recevoir chez eux des personnes handicapées physiques mais aussi mentales. « Nous aimerions pouvoir répondre à ces innombrables demandes d’hommes et de femmes qui vivent avec un handicap mental et subissent un véritable désert affectif et sensuel », souligne Catherine Agthe Diserens qui ne veut surtout pas « mettre dans le même pot » les handicaps physiques et mentaux. Dans ce dernier cas, la question de la vie affective et sexuelle est extrêmement complexe. Au contraire du handicap physique où la personne sait dans quelle relation elle s’engage, dans le handicap mental, l’accompagnement par l’association se fait pas à pas. « Le décryptage des besoins est beaucoup plus compliqué. Lorsqu’une personne dit : je veux faire l’amour, il faut comprendre ce que cela veut dire pour elle. Parfois, il ne peut s’agir que d’embrasser quelqu’un. Les mots n’ont pas forcément l’intention que nous leur accordons », explique Catherine Agthe Diserens.

Afin d’éviter tout malentendu, l’association prend d’abord contact avec la personne prostituée, explique le handicap de son visiteur, puis retéléphone une fois la rencontre terminée pour être sûre que tout s’est bien passé. Souvent, ce sont les parents qui font appel à l’association. « Nous n’en pouvons plus de voir notre fils se masturber, se blesser, être dans des masturbations compulsives, est-ce que quelqu’un pourrait nous aider car nous estimons que ce n’est pas à nous, ses parents, de le faire », rapporte Catherine Agthe Diserens. Les soignants ou éducateurs peuvent également appeler. « Ce monsieur essaye tout le temps de nous toucher, de nous happer, il éprouve de grands manques sensuels, qu’est-ce qu’on peut faire ? ». Lorsque la personne vit en institution, il est préférable qu’elle puisse en sortir pour se rendre chez la personne prostituée. Il est encore difficile d’intervenir directement dans les foyers de vie pour les plus dépendants.

Catherine Agthe Diserens espère que le statut d’assistant sexuel lèvera ces réticences « pour qu’enfin ces personnes puissent commencer à éprouver quelque chose ». Pas forcément du sexe, mais bien plus souvent simplement de la sensualité. Catherine Agthe Diserens se souvient de ce thérapeute qui l’a un jour contactée. L’homme, handicapé mental dont il s’occupait ne cessait de réclamer : « Je veux voir une femme nue ». Impossible d’exiger des soignantes ou des femmes de sa famille de se déshabiller devant lui. La sexo-pédagogue a alors contacté une femme prostituée. « Pas de problème » a répondu cette dernière. Catherine Agthe Diserens a ensuite plusieurs fois rencontré l’équipe pour vérifier que la demande avait été bien comprise par le soignant. Elle s’est ensuite assurée que le tuteur et l’institution étaient d’accord pour payer et organiser la rencontre. Elle a enfin accompagné l’homme jusque chez la femme, l’a attendu, puis l’a raccompagné jusqu’à l’institution. Il lui a confié à sa sortie : « Je suis enfin devenu un homme ».


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