N° 843 | du 7 juin 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 7 juin 2007

Assistant sexuel en Suisse allemande

Propos recueillis par Marianne Langlet

Témoignage de Lorenzo Fumagalli

En lisant le journal un matin, j’ai découvert l’appel à des volontaires pour une formation d’assistant sexuel. Je n’avais jamais eu conscience de cette problématique avant. Mon principal métier est kinésithérapeute. J’étais intéressé par cette formation et ma femme m’a encouragé à y participer. Cette première en Suisse allemande a provoqué des réactions violentes de la part des donateurs de l’association ProInfirmis, une association d’aide à l’organisation et à l’autonomie des personnes dépendantes, initiatrice de la formation. Ils ont menacé de ne plus la financer. Les cours ont donc été interrompus.

Heureusement, la formation a été reprise et menée à terme par une autre association, FABS, spécialisée sur le handicap et la sexualité. Face à ces difficultés, il aura fallu deux ans pour mettre en place ce service. Je suis maintenant assistant sexuel et me déplace dans toute la Suisse. Je me rends, en principe, chez les personnes. Elles font appel à moi directement lorsqu’elles ont un handicap physique ou indirectement, par le biais des parents ou des éducateurs, lorsque le handicap est mental. Il y a toujours une conversation avant la rencontre. En cas de handicap physique, elle a lieu avec la personne seule, en cas de handicap mental, avec l’éducateur ou les parents. Il faut avoir un dialogue très ouvert, lorsque c’est possible, pour que le cadre soit très clair. Je propose toutes sortes de contacts sauf la pénétration et le contact buccal. Il faut bien comprendre les désirs de la personne en face. La demande peut être très différente de nos représentations habituelles de la sexualité lors de handicaps mentaux.

J’interviens, par exemple, dans une institution auprès d’un homme handicapé mental, physique et sourd. Il avait des comportements agressifs liés, selon ses éducateurs, à sa sexualité. Ils ont d’abord fait appel à une femme qui n’a pas su capter le message de cet homme. Je suis ensuite intervenu et j’ai compris qu’il vivait une sexualité autre. Il aime jouer avec des draps, son plaisir sexuel est là. Maintenant que j’ai compris cela, je le laisse jouer avec ses draps sur moi, je joue avec lui. Depuis ces séances tous les quinze jours, cet homme est apaisé. Il est moins violent envers lui-même et les autres.


Dans le même numéro

Dossiers

Le point de vue d’Elisabeth Zucman

Ancien médecin rééducateur, Elisabeth Zucman est l’une des pionnières du combat pour la reconnaissance et la défense des personnes polyhandicapées

Lire la suite…

La sexualité des personnes très dépendantes

Les quarante-cinq jeunes adultes infirmes moteurs cérébraux (IMC) vivant dans la résidence Passeraille de Magny le Hongre (Seine-et-Marne) ont chacun leur studio, leurs projets et leurs désirs, notamment en matière de vie affective.

Lire la suite…

Une association suisse formera des assistants sexuels

Catherine Agthe Diserens bataille pour que le droit à la sexualité soit reconnu aux personnes les plus dépendantes. Après avoir mis en place un accompagnement sexuel avec des personnes prostituées, elle lance la première formation d’assistants sexuels en Suisse romande

Lire la suite…

Handicap : attendre le paradis pour connaître le plaisir ?

En avril 2007, l’association Coordination Handicap & autonomie organisait le colloque « Dépendance physique : intimité et sexualité ». Marcel Nuss [2], son président, souligne l’urgence à organiser et encadrer l’accompagnement sexuel en France, comme l’ont fait d’autres pays européens

Lire la suite…

La sexualité des personnes très dépendantes, un sujet brûlant

Le grand handicap a-t-il un sexe ? Peut-on imaginer aujourd’hui en France un accompagnement sexuel et érotique juridiquement encadré, balisé en amont par une formation, facilitant la vie des personnes très dépendantes… et des équipes qui les accompagnent ?

Lire la suite…