N° 843 | du 7 juin 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 7 juin 2007

Le point de vue d’Elisabeth Zucman

Propos recueillis par Katia Rouff

Ancien médecin rééducateur, Elisabeth Zucman est l’une des pionnières du combat pour la reconnaissance et la défense des personnes polyhandicapées

Vous insistez sur la nécessité de proposer une éducation sexuelle aux adolescents polyhandicapés, pourquoi ?

À la puberté, garçons et filles polyhandicapés voient leurs corps changer, des pulsions sexuelles apparaître et éprouvent le besoin que nous leur en parlions. Les cours d’éducation sexuelle les intéressent beaucoup et ils savent – même sans langage oral – manifester leur parfaite compréhension des infos reçues. Comme tous les adolescents, l’éducation sexuelle leur permet de comprendre que le désir est légitime et l’emprise sur l’autre interdite. Ces notions les protègent d’éventuelles violences et mettent les équipes à l’abri de demandes d’accompagnement sexuel. Si rien n’est parlé, un jeune peut demander à sa mère ou à un soignant - à l’occasion d’une toilette par exemple - une réponse érotique à ses pulsions sexuelles. Si tout cela n’est pas discuté en équipe, questionné et mis en mots, les soignants peuvent se sentir mal à l’aise, troublés, voire culpabilisés de ne pas répondre à cette demande. Pourtant, en le faisant, les parents enfreindraient le tabou de l’inceste.

Vous soulignez que trop souvent les personnes polyhandicapées, dans nos représentations, n’ont pas de désirs sexuels.

Oui. Or à la puberté, malgré le handicap, leur corps se sexualise, leurs zones génitales sont normales et leurs capacités d’attachement très développées. Elles ressentent très bien l’affection qu’on leur porte, éprouvent elles aussi de la sympathie et de la tendresse pour leur entourage mais adressent leurs demandes de satisfaction érotique presque exclusivement à leurs soignants ou à leurs parents qui n’ont pas le droit de les satisfaire. Leurs désirs doivent être exprimés et éventuellement favorisés à l’égard de leurs pairs. Dès l’enfance il faut faciliter les liens de camaraderie qui permettront l’attachement à l’adolescence, l’amour ensuite.

Lors de promenades ou de siestes, par exemple, nous devons tenir compte des affinités des jeunes, favoriser les rapprochements afin qu’ils puissent se prendre la main, se caresser la joue, s’ils le souhaitent. Il est aussi important de leur montrer que cet attachement nous réjouit pour eux. L’éducation sexuelle leur apprend aussi qu’ils ont droit à une intimité à certains moments et dans certains espaces. La contraception, elle, ne devrait jamais être imposée mais indiquée et choisie au cas par cas avec l’assentiment de la personne et consultation de sa famille, de son tuteur ou d’une personne de confiance. En attendant que la France, à l’instar d’autres pays européens, propose un accompagnement sexuel dispensé par des personnes formées et extérieures à l’institution, les personnes polyhandicapées doivent pouvoir bénéficier de nombreuses satisfactions corporelles hors sexualité (massages, bains, soins esthétiques, relaxation….) et de la légitimation de l’autosatisfaction.


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