N° 875 | du 6 mars 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 6 mars 2008

Une Clis bilingue LSF/Français

Bruno Crozat

Depuis septembre 2007, une classe d’intégration scolaire (Clis) bilingue – LSF, langue des signes française, et français écrit – a ouvert ses portes dans les murs de l’école primaire Condorcet dans le IIIe arrondissement de Lyon. C’est la loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005 qui reconnaît la LSF comme une langue à part entière, qui a permis d’envisager cette expérimentation à Lyon dans le cadre de l’Education nationale. Les initiatives de ce type se comptent sur les doigts d’une seule main en France.

Cette Clis a vu le jour grâce à la mobilisation de plusieurs familles. Elle accueille douze élèves du CP au CM2. Les enfants sont issus pour onze d’entre eux de parents sourds, un seul de famille entendante. Une institutrice spécialisée maîtrisant la LSF assure l’enseignement de tous les niveaux. La LSF est la langue de communication et d’apprentissage. « C’est un travail exténuant pour l’enseignante car les programmes nationaux pour la langue des signes ne sont pas complètement en place, confie Magali Bourges, la maman de Yann, six ans, en CP dans cette Clis. Elle doit assurer cinq niveaux, du CP au CM2, avec l’aide d’une éducatrice sourde sur un poste d’auxiliaire de vie scolaire ». Pour Magali et Emmanuel Bourges, Yann s’est épanoui en quelques mois. « Le premier mois, il se réveillait avant l’heure du lever et il courait littéralement à l’école.

Cela a été une révélation pour lui, au niveau de la sociabilité, des acquisitions. » La Clis de Condorcet a ouvert en septembre, mais elle a reçu d’autres demandes nombreuses. Les parents demandent à l’inspection académique d’ouvrir une seconde Clis afin de délivrer un enseignement plus cohérent en deux groupes : un pour le cycle 2 et un autre pour le cycle 3 du primaire. « C’est une classe que l’Académie utilise comme vitrine car l’initiative est innovante, mais il faudrait lui donner tous les moyens pour qu’elle réussisse vraiment », défend Magali.


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