N° 1012 | du 31 mars 2011 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 31 mars 2011

La théorie de l’attachement au service de la protection de l’enfance

Katia Rouff

Thèmes : Placement familial, Protection de l’enfance

Une étude récente [1] de l’Observatoire national de l’enfance en danger (Oned) met à disposition des acteurs de la protection de l’enfance un ensemble d’outils et de réflexions sur la théorie de l’attachement. Elle rappelle l’importance de sa prise en compte dans le placement d’enfants.

Une mère est assise sur le banc d’un jardin d’enfants. Son fils, âgé de trois ans, joue à bonne distance. Il explore son environnement sans crainte et chasse le pigeon. Cette mère est la « figure d’attachement » principale du petit garçon. Celle dont il recherche proximité et réassurance en cas d’anxiété et qui lui permet d’explorer le monde quand il se sent en sécurité.

La théorie de l’attachement a été élaborée par le psychanalyste John Bowly dans les années 50, grâce à ses recherches sur les carences affectives des enfants vivant en pouponnière ou en orphelinat. Il a montré que malgré les bonnes conditions d’hygiène et de nourriture, le développement et l’état mental des enfants séparés de leur mère était fortement perturbé (relations affectives superficielles, inaccessibilité à l’autre, absence de réaction émotionnelle et de concentration intellectuelle). « Bowlby en a déduit que la mère, en tant que figure d’attachement principale, constitue une base de sécurité indispensable pour l’enfant. Cet attachement possède une fonction de protection et de sécurisation qui ne peut se réaliser que si l’enfant a la certitude de pouvoir la trouver lorsqu’il est en situation de détresse et qu’une concordance est établie entre ses demandes et la capacité de sa mère à y répondre (disponibilité, accessibilité), souligne Nathalie Savard, psychologue, chargée d’étude à l’Oned. Ces éléments seront aussi en lien avec son développement ultérieur. » (lire l’interview).

La théorie de Bowlby a été enrichie par ses successeurs. Le psychiatre René Spitz découvre le syndrome d’hospitalisme en observant des enfants qui se balancent mécaniquement sur leur lit dans les établissements collectifs. Un syndrome lié à des soins impersonnels et mécaniques. À partir de ses observations à l’hospice de l’Assistance publique, Jenny Aubry, pédiatre et neurologue, préconise le placement de l’enfant en milieu d’accueil familial afin de pallier le manque d’une mère et d’un père. Pour Emmy Pickler, créatrice de l’institution Loczy pour les orphelins de Budapest, la mère est irremplaçable.

Dans son dispositif, elle confie chaque enfant à un groupe immuable de trois référentes. Elles entretiennent avec lui une relation privilégiée au moment du repas, du bain, du coucher et des activités libres. Elles l’accompagnent et établissent avec lui une interaction intense, verbale et corporelle. Pour Emmy Pickler, il convient d’accompagner les capacités de l’enfant en lui faisant confiance. En observant la sérénité régnant dans cette institution, la psychiatre et pédiatre, Myriam David, et la psychologue, Geneviève Appell, comprennent l’importance des fonctions parentales de suppléance qui ne cherchent pas à remplacer les figures parentales, en vue d’éventuelles retrouvailles ultérieures.

Leurs travaux ont permis d’améliorer les conditions d’accueil du jeune enfant, le développement de perspectives pour l’approche clinique et la prise en considération par les politiques publiques de l’importance du soutien aux parents et aux enfants.
« Les successeurs de Bowlby ont montré que l’enfant peut avoir simultanément plusieurs figures d’attachement (père, fratrie, grands-parents) qui le rassurent contre la perte ou la non-disponibilité de sa mère avec une plus grande continuité dans les soins et moins de risques de traumatismes », souligne l’étude de l’Oned.

Un attachement sécurisé permet à l’enfant de s’autonomiser progressivement et d’explorer le monde extérieur. A contrario, un attachement insécure peut provoquer des problèmes de comportement, des difficultés affectives, sociales, cognitives et scolaires. Prendre en compte la théorie de l’attachement est indispensable pour les professionnels de la protection de l’enfance. Elle apporte un éclairage sur les comportements difficiles ou inadéquats d’enfants séparés de leurs parents, sur l’importance de la stabilité dans le placement et sur celle du maintien des liens avec la famille d’origine.



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