N° 988 | du 7 octobre 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 7 octobre 2010

L’ONED pointe les difficultés des jeunes issus de la protection de l’enfance

Mariette Kammerer

L’Observatoire national de l’enfance en danger (ONED) a rendu en décembre 2009 un rapport intitulé Entrer dans l’âge adulte, la préparation et l’accompagnement des jeunes en fin de mesure de protection. Ce rapport présente un diagnostic et fait des propositions pour favoriser le passage vers l’autonomie et la vie adulte des jeunes issus de la protection de l’enfance.

L’Oned pointe un paradoxe : « il est demandé à ces jeunes, plus vulnérables, de faire plus et plus vite dans l’accès à l’autonomie que le reste de la population ». Qui, en effet, même avec un parcours sans faute, est en capacité d’être autonome financièrement à dix-huit ans ? « Tant que le droit commun ne répondra pas dans une optique d’aide universelle à l’ensemble des besoins des jeunes issus de la protection de l’enfance, le maintien d’un dispositif transitoire et palliatif est plus que nécessaire », estime le rapport, en pointant les risques élevés d’exclusion sociale, d’errance et de désaffiliation pour ces jeunes. Bien que la loi du 5 mars 2007 réaffirme la responsabilité du conseil général dans le soutien aux jeunes majeurs en difficulté, le rapport pointe l’hétérogénéité et l’insuffisance des réponses mises en place. Le désengagement de l’Etat et le manque de moyens des départements ont pour conséquence un émiettement des mesures de protection qui s’arrêtent au moindre faux pas.

Le rapport préconise au contraire d’éviter les effets de seuil et les ruptures brutales à seize, dix-huit ou vingt et un ans : « Le passage vers l’autonomie doit se préparer dès seize ans et pouvoir se poursuivre au-delà de 21 ans et le jeune doit avoir le droit à l’erreur. » Cela doit se faire par une meilleure articulation entre les dispositifs de protection de l’enfance et les dispositifs de droit commun. Le rapport évoque les initiatives développées par les départements du Val-d’Oise, de Loire-Atlantique, de Meurthe-et-Moselle (lire article) pour aider ces jeunes adultes et favoriser le dialogue entre l’ASE, la PJJ et les acteurs de l’insertion. Concernant les modalités de l’accompagnement, le rapport conseille de favoriser les expériences « d’autonomie accompagnée » durant la prise en charge (studio indépendant au sein d’un établissement, vie en appartement collectif dès quinze ou seize ans), de développer des outils d’évaluation de l’autonomie des jeunes, de favoriser des départs progressifs avec des possibilités de retours.

D’autres préconisations semblent à la fois évidentes et de moins en moins réalisables compte tenu des restrictions budgétaires : « permettre la stabilité et la continuité de l’accueil », « tenir compte du cursus scolaire et de l’évolution personnelle », « préparer le départ et prévoir un temps de transition », « garantir une sécurité matérielle aux jeunes sortants », « accorder des contrats assez longs pour permettre aux jeunes de s’inscrire dans un parcours de formation ou d’insertion, autorisant les détours et réorientations ». Les jeunes témoignent au contraire de contrats courts et morcelés, de dates anniversaires qui tombent comme un couperet, s’accompagnent d’un déménagement brutal au milieu de l’année. Cette incapacité de se projeter à moyen terme se traduit par des angoisses et un fort sentiment d’insécurité.


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