N° 988 | du 7 octobre 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 7 octobre 2010

Jeunes majeurs : quand les départements innovent

Mariette Kammerer

Certains départements mettent en place des dispositifs innovants pour répondre aux besoins des jeunes majeurs.

Le Val d’Oise organise un réseau de soutien aux jeunes en difficulté issus de l’ASE

- Le dispositif départemental éducatif de formation et d’insertion (D2EFI) mis en place dans le Val-d’Oise depuis 2008 est destiné aux jeunes de seize à vingt et un ans, déscolarisés, relevant de l’ASE ou de la PJJ, soit environ 400 jeunes. « Il s’agit de mobiliser tous les acteurs qui peuvent aider ces jeunes à quitter la protection de l’enfance dans de meilleures conditions », explique Evelyne Clec’h, coordinatrice. Reconnu comme expérimentation sociale par le Haut Commissariat à la Jeunesse, D2EFI a pour but de faciliter l’accès de ces jeunes aux formations et dispositifs d’insertion. « On demande à tous les partenaires du réseau d’avoir une bienveillance, un regard particulier, voire d’assouplir les règles d’admission, pour accueillir ces jeunes les plus en difficulté ou éviter leur renvoi », explique la coordinatrice.

Par exemple, un jeune en fin de prise en charge ASE a pu être accueilli rapidement en foyer de jeune travailleur et bénéficier d’un accompagnement particulier, un autre a pu entrer à l’école de la 2ème chance alors qu’il n’avait pas encore dix-huit ans. « Le dispositif permet aussi aux éducateurs d’actionner plus facilement des partenariats en cas de décrochage scolaire. » Le bilan du dispositif sera fait en fin d’année. Le département du Val-d’Oise avait déjà une politique favorable vis-à-vis des jeunes suivis par l’ASE, en leur accordant, exceptionnellement, une prise en charge jusqu’à vingt-deux ans et demi - au lieu de vingt et un ans - pour terminer une formation.

La Meurthe-et-Moselle finance un accompagnement jusqu’à 26 ans

- L’association Tremplin-Adepape, composée de bénévoles issus de la protection de l’enfance, est mandatée depuis 1998 par le conseil général de Meurthe-et-Moselle pour accompagner les jeunes majeurs issus de l’ASE, de vingt et un à vingt-six ans, nécessitant un soutien éducatif et financier. Grâce à une subvention annuelle de 170 000 euros versée par le conseil général, l’Adepape peut accompagner environ 60 jeunes par an. Elle leur attribue une allocation mensuelle qui est fonction de leurs autres revenus et s’ajoute aux dispositifs de droit commun. L’association souhaite ainsi permettre à ces jeunes de se projeter dans des études plus longues sans crainte d’échouer ou de se réorienter. Cette aide financière doit aussi leur faciliter l’accès à la santé, à la culture et à un logement décent. Les jeunes ainsi aidés sont ensuite supposés s’investir comme bénévoles pour soutenir d’autres jeunes. La fédération nationale Adepape a fait connaître cette initiative à tous les présidents de conseil général afin qu’ils puissent la reproduire.

La Loire-Atlantique propose un contrat de soutien à l’autonomie des jeunes (CSAJ)

- Le CSAJ remplace depuis 2004 le contrat jeune majeur en Loire-Atlantique. Cet outil co-construit avec de nombreux partenaires comporte un volet éducatif et social et si besoin un volet d’aide financière, plafonné au montant du RSA. Ce contrat est accessible à tous les jeunes de seize à vingt-cinq ans en difficulté sociale, éducative et d’insertion professionnelle, dont les jeunes majeurs pris en charge par l’ASE. La gestion du dispositif est confiée aux missions locales, qui travaillent conjointement avec les équipes de l’ASE. Le CSAJ est intégré dans le fonds d’Aide aux jeunes pour un montant de 860 000 euros financés par le conseil général en 2009. C’est un contrat de six mois renouvelables, qui pour les jeunes sortant de l’ASE peut se prolonger jusqu’à vingt et un ans. Au-delà de vingt et un ans il peut basculer sur un CSAJ insertion. En 2008, près de 800 jeunes ont bénéficié de ce dispositif, dont 45 % au titre de l’ASE. Pour ces derniers, la durée moyenne de prise en charge est de quatorze mois.

Les projets du département de la Loire

- Le conseil général de la Loire étudie différentes solutions de prises en charge qui pourraient aller de l’attribution du RSA et d’un accompagnement à, pour les jeunes les plus en difficulté, une bourse d’étude jusqu’à vingt ans et un logement avec un bail glissant. À suivre.


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