N° 898 | du 25 septembre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 septembre 2008

Auxiliaires de vie scolaire. Chronique d’une précarisation programmée

Nathalie Bougeard

Alors que la loi de février 2005 a ouvert une grande porte à la scolarisation des enfants handicapés, le gouvernement tarde à créer un métier d’auxiliaire de vie scolaire.

Àvingt-huit ans, Justine Poulain, auxiliaire de vie scolaire pour la septième année, est révoltée : en juin 2009, il est tout à fait possible qu’elle soit virée de l’Éducation nationale. « D’ici un an, les premiers AVS recrutés en 2003 sous contrat d’assistant d’éducation vont devoir quitter leur fonction alors qu’ils ont capitalisé des compétences qu’il conviendrait de reconnaître et de prendre en compte dans la réflexion à mener », écrit l’Unaisse Union nationale pour l’avenir de l’inclusion scolaire, sociale et éducative dans une lettre ouverte adressée cet été aux ministres et aux parlementaires.

Effectivement, on croit marcher sur la tête : le ministère de l’Education nationale et le secrétariat aux Personnes handicapées veulent faciliter la scolarisation des enfants concernés mais en virant tout simplement les AVS des circuits. Pour preuve, le plan des métiers lié au handicap et à la dépendance évoqué en février dernier par Valérie Létard, secrétaire d’Etat en charge du dossier : « Nous sommes étonnés, voire choqués, que le cas des auxiliaires de vie scolaire n’y soit pas abordé alors qu’aujourd’hui, nous sommes plus de 16 000 (tous statuts confondus) à permettre à 160 000 élèves en situation de handicap de suivre une scolarité adaptée en milieu ordinaire », poursuit l’association qui totalise un peu moins de trois cents adhérents.

Présidente de cette association créée en juillet 2007, Justine Poulain pointe rapidement les énormes disparités qui séparent les AVS des EVS (emploi de vie scolaire). « Les premiers sont des agents de droit public payés par le rectorat et bénéficient de contrat d’un an, renouvelable cinq fois. Les seconds sont sous contrat de droit privé, souvent des chômeurs en contrat d’avenir ou d’aide au retour à l’emploi, recrutés par l’ANPE et dont le salaire est financé par les rectorats et les conseils généraux. En outre, leurs contrats sont de dix mois », explique la jeune femme. Certes, sur le terrain, les uns et les autres font le même métier et assurent les mêmes fonctions, mais à l’heure de la réduction des effectifs du ministère de l’Education nationale, les AVS constituent une proie facile.

Depuis plusieurs années déjà, l’administration leur conseille de trouver une autre voie, de changer de métier. Et pour cause : en France, auxiliaire de vie scolaire reste une fonction mais n’a jamais été reconnu comme un métier. D’ailleurs, il n’existe toujours pas de référentiel au niveau national sur les compétences requises. « Chaque académie se débrouille. Certaines mieux que d’autres… Nous en avons identifié qui ont rédigé le référentiel en trois lignes », regrette Julie Poulain. De plus, quand la secrétaire d’Etat forme une commission chargée de réfléchir à un nouveau métier d’accompagnement qui irait de l’enfant à la personne âgée handicapée, elle ne prend pas la peine d’y convier un représentant de l’Unaisse.

Sur le terrain du droit

Une circulaire du bulletin officiel de juillet précise que la validation des acquis par l’expérience (VAE) sera désormais ouverte aux auxiliaires de vie scolaire. « Une collègue a aussitôt adressé un dossier de moniteur-éducateur. Mais elle n’a reçu que des réponses évasives : le texte n’est pas suffisamment clair et il faut attendre », raconte la jeune femme. Attendre… le mot est d’autant plus dur que pour l’heure, les AVS ignorent s’ils bénéficieront du chômage.

Encore peu organisés car isolés, dédaignés par le gouvernement, les auxiliaires de vie scolaire se demandent à quelle sauce ils vont être mangés. Après des appels à la grève très peu suivis, des manifestations publiques clairsemées et des pétitions complètement inutiles, l’Unaisse a choisi de se porter sur le terrain juridique. La jeune association a confié la défense de ses intérêts à un avocat. Premier résultat : Philippe Nogrix, sénateur d’Ille-et-Vilaine et bon connaisseur des affaires sociales, a accepté de saisir le médiateur de la République.


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