N° 898 | du 25 septembre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 septembre 2008

Handicapés à l’école, la révolution sans moyen

Joël Plantet

Thème : Intégration scolaire

Si elle apparaît comme une nécessité, la scolarisation des enfants handicapés peut poser problème aux institutions du secteur social. Le manque de moyens entraîne des conséquences inattendues dans l’application de la loi de 2005. Actif depuis un an, un réseau national s’est mis en place sur ces questions.

Il y aurait comme un malaise. « Dix mille enfants en situation de handicap accueillis en plus à cette rentrée, mais quels moyens pour y faire face ? », s’interroge l’association des paralysés de France (APF). De même, selon l’Unapei, plus de huit enseignants sur dix estiment ne pas être suffisamment formés à l’accueil d’un enfant handicapé mental. Et ceux des classes d’intégration scolaire (CLIS) jugent, à une écrasante majorité, leur préparation insuffisante. Regroupés en union nationale pour l’avenir de l’inclusion scolaire, sociale et éducative (Unaisse), les auxiliaires de vie scolaire (AVS) protestent contre leur précarité, et exigent du ministère la création d’un « vrai métier ». Certes, 2 000 AVS supplémentaires ont été recrutés pour cette rentrée. Mais certains d’entre eux exercent déjà depuis des années, avec des contrats fragiles, souvent au-dessous du seuil de pauvreté (lire article).

Plus de 7000 professionnels du secteur médico-social et parents d’enfants handicapés, enseignants, médecins, ont voulu alerter opinion et les pouvoirs publics sur « les conséquences désastreuses de l’incitation à la scolarisation à l’école ordinaire, massive et sans discernement, des enfants handicapés ou malades. » Dans une lettre ouverte au président de la République, le réseau Handicap, soins, école, réponses adaptées (HSERA) rappelle, pétition à l’appui, les lacunes en termes de places adaptées en institutions [1]. Ses craintes sont claires : « La prise en charge spécialisée des jeunes handicapés mérite sans cesse d’être améliorée, alors que nous assistons à son élimination progressive. »

Sont-elles justifiées ? En novembre 2004, le Conseil de l’Europe avait énoncé quelques recommandations « pour la désinstitutionalisation des enfants handicapés ». Début 2008, un député avait envisagé, dans un rapport, l’inclusion des structures et services médico-sociaux dans « le périmètre de compétence de l’ARS [agence régionale de santé, ndlr] », précisant que « les instituts d’éducation pour enfants handicapés (IME et ITEP) devraient plutôt être rapprochés du secteur scolaire. » Par ailleurs, un décret en préparation envisageait « les missions des établissements médico-sociaux en qualité d’équipe ressource pour les enseignants du milieu ordinaire », impliquant ipso facto la transformation de certaines structures en simples plateaux techniques.

Le réseau craint « le sens d’une « scolarisation » qui abolit purement et simplement la dimension soignante d’établissements dont il faut pourtant souligner qu’ils font encore l’objet d’un financement par l’assurance maladie. » D’autres motifs de révolte sont pointés : une circulaire de 2007 stipule que « seuls les élèves de l’enseignement adapté de plus de seize ans et engagés dans un cursus de formation qualifiante, peuvent bénéficier des dérogations dans le cadre de l’article R.234-22 du code du travail. » En d’autres termes et par voie de conséquence, les jeunes accueillis en ITEP et IMPro sont dorénavant privés d’un accès à la formation professionnelle puisque ces établissements ne délivrent pas de diplôme.

Après avoir initié une pétition intitulée « Non à l’abandon sans soins des enfants malades et handicapés, non au nouveau dispositif d’intégration scolaire ordinaire défini par la loi du 11.02.05 », une délégation de professionnels du secteur médico-social se rend au ministère du Travail, pour entendre que la « proposition qu’on ne laisse pas les personnes handicapées dans les institutions spécialisées » est la seule valable. La pétition du réseau continue d’engranger des signatures, émanant des institutions et services spécialisés, mais aussi des établissements scolaires ou d’associations de parents.

En juin dernier, le chef du cabinet de Sarkozy répond enfin au réseau : « Donner à tout enfant handicapé le droit d’être scolarisé dans l’école de son quartier, cela ne veut pas dire une scolarisation uniforme de tous les enfants sans prise en charge particulière de ceux qui sont malades ou qui connaissent un handicap », reconnaît l’Élysée. Fort de cette assertion, le réseau, réuni en assemblée générale le 13 septembre dernier, composait la délégation – constituée de représentants du secteur médico-social, de parents et d’enseignants, de professeurs en psychiatrie – en demandant une audience.

Au fond, une triste logique financière prédominerait : l’intégration d’un enfant handicapé en milieu ordinaire coûte jusqu’à dix fois moins cher que sa prise en charge en structure adaptée. En outre, selon le réseau, le secteur spécialisé se verrait de plus en plus accusé de corporatisme, pour avoir posé ces seules questions… quoi qu’il en soit, le débat est particulièrement sensible. Une journée organisée le 6 juin dernier sur la question par l’IRTS Languedoc-Roussillon et l’IME L’Ensoleillade l’a prouvé, des débats plutôt musclés opposant représentants de l’Éducation nationale et de l’éducation spécialisée. Antagonisme de mauvais aloi : beaucoup reste à faire en termes de communication sur cette délicate question (lire le reportage dans une classe mixte pour dyslexiques).


[1HSERA -15 rue Ribière - 75019 Paris


Dans le même numéro

Dossiers

« La collectivité peut être le révélateur du handicap »

Interview de Régine Bramnik, directrice d’une école maternelle de Paris.

Lire la suite…

Classes mixtes pour les dyslexiques

Dans le collège rennais de l’Adoration, les élèves dyslexiques sont accueillis dans des classes ordinaires, sans auxiliaires de vie mais avec bienveillance.

Lire la suite…

Auxiliaires de vie scolaire. Chronique d’une précarisation programmée

Alors que la loi de février 2005 a ouvert une grande porte à la scolarisation des enfants handicapés, le gouvernement tarde à créer un métier d’auxiliaire de vie scolaire.

Lire la suite…