N° 898 | du 25 septembre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 septembre 2008

Classes mixtes pour les dyslexiques

Nathalie Bougeard

Dans le collège rennais de l’Adoration, les élèves dyslexiques sont accueillis dans des classes ordinaires, sans auxiliaires de vie mais avec bienveillance.

Dans la classe de quatrième « dys » – ici, tous les adultes emploient ce raccourci –, les enfants handicapés sont mélangés avec les autres. Et cela fonctionne plutôt bien. Même si la loi de février 2005 leur reconnaît le statut de personne handicapée, ils ne bénéficient pas d’auxiliaire de vie scolaire. « Au primaire, quelques uns en avaient une, d’autre pas. Au collège, la prise en charge est collective, c’est-à-dire sans AVS », défend Jean-Yves Huet, directeur de cet établissement qui accueille d’autres handicapés (autiste, trisomique, malade des os de verre, etc.). Et d’ajouter : « Le collectif produit de la stimulation et donc des résultats positifs. Nous savons très bien que sans dispositif spécifique, plusieurs de nos élèves auraient très rapidement été orientés en section d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa). » Pas d’auxiliaire de vie scolaire pour les dyslexiques mais, en revanche, une grande attention aux conditions d’intégration individuelle de chaque élève. « C’est là que se joue l’essentiel », assure Jean-Yves Huet.
Pourtant, certains jeunes sont lourdement handicapés : ainsi, Victor, incapable en quatrième d’écrire son prénom. Et malgré l’insistance de plusieurs de ses professeurs, l’enfant refuse d’utiliser son ordinateur à reconnaissance vocale.

À l’Ado, comme les jeunes appellent leur collège, l’organisation est bâtie autour de quelques principes simples : critères d’admission stricts, enseignants volontaires, mixité et horaires aménagés.
« Nous demandons aux familles de nous fournir un bilan sensoriel afin d’éliminer les handicaps de la vue et de l’ouïe, le diagnostic de l’orthophoniste et, enfin, une synthèse psychologique car il faut s’assurer que les difficultés d’apprentissage du jeune ne soient pas liées à des désordres relevant du comportemental », détaille le chef d’établissement. Ensuite, une commission ad hoc se réunit pour étudier les demandes d’inscription. « Depuis 2002, nous disposons de douze places par niveau ; en moyenne, nous recevons trois fois plus de demandes », constate-t-il.

La mixité est un choix fort de l’école, même si parfois certains parents s’en émeuvent. « Bien sûr que nous pourrions faire une classe uniquement constitué d’élèves dyslexiques. Nous les regrouperions à leur arrivée au collège et nous les laisserions ensemble jusqu’au brevet. Mais ce serait une filiarisation et, de fait, de l’exclusion », estime le directeur. Et qu’en pensent les parents d’enfants non handicapés ? D’après le directeur, en sixième, les gens « demandent à voir mais on sent plutôt une grande ouverture d’esprit », se réjouit le responsable. Il est vrai qu’à l’occasion de la réunion de rentrée, un long moment est consacré à une présentation de la situation et à répondre aux multiples questions des parents.

Le choix des enseignants est également prépondérant : évidemment, ceux-ci sont tous volontaires. Pourtant, si quelques uns sont d’emblée intéressés par cette remise en cause de leurs méthodes pédagogiques, pèse également le surcroît de travail. « Dans notre esprit, accueillir des enfants handicapés est normal mais n’oublions pas que cela entraîne deux réunions supplémentaires par an et par enfant », précise le chef d’établissement.
Professeure de français depuis quatre ans, Alyette Laurent s’épanouit totalement avec ces classes mixtes. « Ces jeunes ont une image d’eux extrêmement négative. Ma première priorité est d’avoir sur eux un regard bienveillant et, surtout, qu’ils le ressentent car souvent ils arrivent ici vraiment cassés », explique-t-elle.
De la formation spécifique à l’enseignement aux enfants dyslexiques qu’elle a reçue, elle a retenu puis expérimenté sur le terrain, une constante : « Pour les « dys », l’image et le concret sont très importants », affirme-t-elle.

Aussi, pour enseigner la grammaire, le vocabulaire, la syntaxe ou encore la construction narrative, cette professeure a-t-elle mis son cours en schémas. Exemple : pour expliquer le mécanisme de « la cause à effet », elle a inventé et dessiné une petite histoire. Celle-ci tient en trois cases de bande dessinée (je suis dans la rue, je marche sur une peau de banane et je me retrouve les fesses par terre). Là, Alyette Laurent se met en scène avec un sens de la dérision d’elle-même peu commun chez les pédagogues. Et ça marche ! « Pendant longtemps, j’ai travaillé avec les schémas seulement pour le demi-groupe de dyslexiques. Un jour, d’autres élèves ont demandé à bénéficier de cette méthode et depuis, dans toutes mes classes, je travaille avec tous les élèves à partir de la méthode élaborée pour les « dys », raconte-t-elle. Et d’ajouter : « Pour un prof, c’est intéressant de travailler avec eux puisque le challenge est de rendre simple quelque chose qui est quand même compliqué. »


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