N° 898 | du 25 septembre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 septembre 2008

« À 10 ans, mon fils est enfin scolarisé à plein temps »

Propos recueillis par Marianne Langlet

Témoignage de la maman d’un enfant autiste.

« J’ai toujours eu l’impression que l’on me faisait une faveur en acceptant mon fils. Lorsqu’il est entré en maternelle, nous n’étions pas conscients de son handicap. Comme il n’avait pas encore appris la propreté, j’ai voulu commencer progressivement par un mi-temps. La première matinée à été un désastre. La maîtresse m’a dit avec une mine effarée : « Il ne parle pas, il n’obéit pas, il n’écoute rien, il a bu à la carafe d’eau, il a grimpé sur les étagères, il a voulu manger la pâte à modeler… Vous êtes convoquée chez la directrice ».

Cette dernière a avancé l’argument qu’il n’était pas propre pour le refuser en ajoutant : « Ne vous inquiétez pas, cela va venir, lorsqu’il sera propre, rappelez-nous. » Le choc. J’ai tout de suite eu l’impression que mon enfant n’était pas comme les autres et que la propreté n’était qu’un alibi. Heureusement, nous avions une nounou, parce que l’apprentissage de la propreté a finalement duré un an. Au cours de cette année, nous avons commencé à consulter. Nous avons donc découvert qu’il avait une maladie génétique et un problème qui, à l’époque, n’était pas défini. Bien plus tard, nous apprendrons qu’il s’agissait d’autisme.

Mon fils a été propre en juillet. J’ai donc retenté ma chance et je l’ai représenté au mois de septembre suivant. Il a changé de maîtresse, cela s’est très bien passé et il a adoré l’école. Curieusement, il a directement été mis en moyenne section. L’année d’après, l’équipe nous a expliqué qu’il valait mieux qu’il reste encore un an au même niveau. Pour mon fils, cela a été un choc. Il s’est retrouvé avec des plus petits que lui, mais, finalement, l’année s’est bien passée.

Il est ensuite entré en grande section de maternelle. La nouvelle maîtresse nous a expliqué qu’elle avait étudié la psychologie et qu’il n’y aurait donc aucun problème. En réalité, cela a été une catastrophe. La directrice, de son côté, insistait pour que nous demandions une auxiliaire. Nous n’en avons pas obtenu mais de toute façon la maîtresse n’en voulait pas. Et puis, vers la Toussaint, elle nous a dit qu’elle ne pouvait rien faire pour notre fils, qu’elle pensait que cela aurait été plus simple. Elle l’a, littéralement, laissé tomber.

Entre temps, nous avions inscrit notre fils au Sessad (service d’éducation spécialisée et de soins à domicile) et nous avons eu, par cet intermédiaire, une éducatrice. Elle venait à l’école deux fois par semaine. Elle a été très mal acceptée par la maîtresse. De mon côté, j’ai découvert, grâce à cette éducatrice, que mon fils était livré à lui-même, relégué dans une classe de plus petits les jours de bibliothèque, privé de certaines activités sous prétexte qu’il ne savait pas faire…

À la fin de l’année, il était clair qu’il ne serait jamais accepté au CP. Nous avons donc commencé à chercher des solutions. J’ai fait le tour de toutes les possibilités, privées ou publiques, de mon quartier voire des quartiers voisins. Il a été refusé par plusieurs établissements, et finalement accepté dans la classe d’intégration scolaire (CLIS) de l’école primaire de notre quartier. Au départ de ma recherche, on m’avait pourtant dit qu’elle n’accepterait pas mon fils, qu’elle n’était pas adaptée à sa situation. Il a cependant été finalement scolarisé dans cette CLIS pendant deux ans et demi, à dose homéopathique, une heure et demi par jour.

Plus longtemps, me disait-on, aurait été trop pour lui : est-ce que c’était vraiment le cas ou est-ce qu’ils n’avaient pas les moyens de le recevoir ? Il aurait pu rester plusieurs années dans cette CLIS mais la maîtresse devait partir à la retraite et nous a dit qu’elle avait fait tout ce qu’elle pouvait avec notre fils. Elle n’était pas formée à l’autisme donc estimait ses moyens arrivés à terme. Nous nous sommes remis à chercher.

On nous a conseillé un institut médico-éducatif (IME) mais nous voulions que notre fils continue d’apprendre. Or, les IME mettent l’accent sur le soin et beaucoup moins sur l’enseignement, certains n’ont même pas d’instituteurs. Enfin, la maîtresse de la première CLIS nous a conseillé de scolariser notre enfant dans une CLIS pour enfant autiste. Nous avons eu une chance énorme d’y avoir une place parce qu’il n’en existe que deux sur Paris.

Depuis, mon fils fait d’importants progrès. Il est pris en charge par des personnes formées pour l’autisme et du coup ses avancées dans les apprentissages sont considérables. Il a aujourd’hui 10 ans et il est enfin scolarisé à plein temps depuis le mois de septembre ».


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