N° 898 | du 25 septembre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 25 septembre 2008

« La collectivité peut être le révélateur du handicap »

Propos recueillis par Marianne Langlet

Thème : Intégration scolaire

Interview de Régine Bramnik, directrice d’une école maternelle de Paris.

Quel est votre regard sur la loi de février 2005 ?

La loi du 11 février 2005 est une vraie révolution. Tous les enfants porteurs de handicap devront désormais être scolarisés en milieu ordinaire avec un certain nombre d’aides pour compenser le handicap, en terme d’aménagement du temps et de l’espace, en ressources humaines complémentaires. La loi est jeune, elle date de février 2005. De plus, les décrets d’application ne sont parus qu’un an plus tard. Le texte a donc précédé la mise en place des moyens qui, pour l’instant, ne sont pas à la hauteur des ambitions de la loi. Nous devons, en attendant, faire avec les moyens du bord.

Quand et comment l’école maternelle rencontre le handicap ?

A l’école maternelle, nous sommes confrontés depuis bien longtemps au handicap parce que nous sommes la première école qui scolarise. Nous rencontrons donc deux situations : les enfants dont on sait qu’ils sont porteurs d’un handicap depuis l’enfance. Les parents sont alors déjà dans un processus de reconnaissance du handicap auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). C’est notamment le cas du handicap le plus visible : le handicap physique. Mais dans le cas de handicaps psychologiques, psychiques, intellectuels, souvent la collectivité va être le révélateur du handicap. Les parents ont peut-être plus ou moins conscience que quelque chose n’est pas complètement dans les normes, parfois ils ne l’ont pas vu ou bien n’ont pas voulu le voir.

Or, l’école va renvoyer pour la première fois une image non normée de l’enfant. La scolarisation en maternelle va, par conséquent, être un temps difficile avec de possibles frictions, tensions entre la famille et l’école. Il faudra parfois très longtemps pour que le handicap soit pleinement pris en compte par les parents et que nous puissions mettre des choses en place. Le temps du handicap n’est pas le temps de l’école ; le temps de l’acceptation psychologique n’est pas le temps de l’école (lire le témoignage d’une mère d’un enfant autiste). Entre le moment de la révélation du handicap par l’école, celui de la prise de conscience par la famille, le moment où nous allons pouvoir mettre en place des mesures et enfin l’application concrète de ces mesures, il peut se passer trois ans, soit les trois années de l’école maternelle.

Comment faites-vous donc pendant ce temps où le handicap n’est pas reconnu ?

L’école n’a alors que les moyens du bord pour imaginer des solutions. Il peut y avoir des structures extérieures comme le réseau d’aide à la scolarisation des enfants en difficulté (Rased) que nous pouvons solliciter. Normalement, il n’est pas habilité à intervenir auprès des enfants porteurs de handicap mais il peut être appelé si le handicap n’est pas encore reconnu et que rien n’a été mis en place autour de l’enfant. Les parents doivent en être informés mais il n’est pas obligatoire d’avoir leur accord. Nous devons l’obtenir, en revanche, pour l’intervention d’un psychologue. Au sein du réseau, il y a trois intervenants possibles : un psychologue scolaire, un rééducateur option G, c’est à dire qui concerne tout ce qui est de l’ordre moteur, et option E, pour les difficultés scolaires.

Même si ce réseau n’est en principe pas prévu pour cela, c’est la seule aide réelle et immédiate que nous pouvons obtenir. Trois autres personnes de l’institution scolaire peuvent nous aider. L’assistante sociale scolaire est un relais possible pour mettre en place un dialogue avec la famille et un contact avec des structures de prise en charge extérieures. L’enseignant itinérant peut intervenir ponctuellement face à une difficulté pour donner des indications à l’équipe. Enfin, un rôle essentiel est joué, dans cette première phase de la scolarisation, par l’enseignant référent. Nous pouvons faire une sorte de signalement à cet enseignant et il peut entrer en contact avec la famille, avec la MPDH, faire le relais pour permettre l’avancement de la reconnaissance.

Cet enseignant est une personne ressource qui fait le lien entre la famille, la MPDH et nous. Il va nous aider à trouver des solutions, il donne des indications et des conseils. Il sera là, ensuite, à la signature du protocole d’accueil individualisé ou du projet personnel de scolarisation (PPS). Projet qui ne peut être mis en place qu’une fois le handicap reconnu par la MPDH et donc obligatoirement, dans un premier temps, par les parents.

Une fois le projet signé, quelles aides à la scolarisation peut obtenir la famille ?

À partir du moment où le handicap atteint 50 % d’invalidité, il est avéré et un PPS peut-être signé. Nous obtenons alors la possibilité d’un certain nombre d’aménagements dont des aides matérielles et humaines, notamment des auxiliaires de vie scolaire individualisée (AVSI). Actuellement, dans notre école, nous n’avons pas d’AVSI parce qu’aucun enfant n’est reconnu handicapé. Nous avons, en revanche, fait appel à un emploi vie scolaire (EVS). Ce sont des emplois précaires, mal payés, avec une possibilité de formation sur le temps du contrat qui est de neuf mois, renouvelable une fois. Ils sont employés pour aider le directeur dans la gestion des tâches administratives ou pour accompagner la scolarisation d’enfant handicapé.

Dans notre école, nous avons eu deux EVS, le premier a démissionné après être resté deux mois parce qu’il a trouvé un emploi plus intéressant. Le deuxième a été transféré sur notre école parce que cela se passait mal dans la sienne. Il n’est recruté qu’à mi-temps. Or, nous l’avions d’abord sollicité pour un enfant présentant des signes d’autisme et qui ne pouvait pas être accueilli sans un accompagnement. Mais, très vite, nous nous sommes aperçus qu’un deuxième petit enfant avait besoin d’un accompagnement permanent, nous avons alors partagé le temps de cet EVS en deux. Au final, les deux enfants ne sont donc scolarisés que deux matinées par semaine chacun.


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