N° 923 | du 2 avril 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 2 avril 2009

Une résidence pour les jeunes en fin de parcours d’insertion

Katia Rouff

Thème : Logement

À Paris, le centre Cerise gère une petite résidence sociale pour jeunes et un centre socioculturel. Membre du réseau Relo. je insertion, l’équipe a la possibilité d’orienter vers lui les jeunes qui sortent de la résidence sans solution de logement autonome.

Au cœur de Paris, dans une rue très animée, l’immeuble du centre Cerise (carrefour échanges rencontre insertion Saint-Eustache) héberge une résidence sociale et un centre socioculturel
 [1]. La première accueille vingt jeunes âgés de dix-huit à vingt-cinq ans en chambre individuelle avec coin cuisine et propose une chambre double. Sa gestion étant assurée par une seule salariée épaulée d’un bénévole à mi-temps, la résidence a fait le choix d’accueillir des jeunes relativement autonomes. Pour autant, leur situation professionnelle reste précaire (travail à temps partiel, CDD, contrats aidés…).

La durée de séjour à Cerise (un an maximum) leur permet de se stabiliser professionnellement avant de gagner un logement autonome. La grande majorité des jeunes est orientée à Cerise par les missions locales, les autres par des associations spécialisées dans l’accueil de personnes en difficulté (sortants de prisons, personnes prostituées, usagers de drogue…). Les partenaires orientant les jeunes vers Cerise restent leurs référents, ils s’engagent à assurer leur suivi social et à les rencontrer régulièrement avec Delphine Roux-Braz, la directrice de Cerise. Ces jeunes étant souvent en rupture familiale, ce suivi régulier permet aux professionnels de réagir rapidement en cas de difficultés : perte d’emploi, abandon de formation…

À leur sortie de Cerise, la moitié des jeunes accède au logement social ou privé, l’autre rejoint une résidence sociale ou un foyer de jeunes travailleurs, gérés le plus souvent par une structure membre de Relo. je insertion (lire le témoignage de Malika Medjellekh de la Sauvegarde).

Contrairement à d’autres structures de Relo. je insertion affiliées à une fédération, Cerise est gérée par une petite association. Rejoindre le collectif a donc permis à l’équipe de sortir de son isolement, de mieux connaître la variété des offres d’hébergement pour les jeunes à Paris et d’intégrer un réseau de partenaires. « Nous accueillons des résidants de structures membres du réseau et leur adressons les nôtres afin qu’ils poursuivent leur parcours résidentiel. En intégrant une de nos structures, le jeune entre dans une sorte de labyrinthe dans lequel il progresse par étapes jusqu’au logement passerelle ou autonome, apprécie la directrice. Ainsi, avons-nous orienté une jeune maman vers la résidence sociale Tillier, plus adaptée à sa situation. Elle vient de décrocher un CDI et elle pourra profiter d’un séjour de six mois pour économiser l’argent nécessaire à une installation en logement autonome avec son enfant. »

L’appartenance au réseau permet aussi à l’équipe d’échanger sur ses pratiques professionnelles, d’exprimer ses difficultés dans l’accompagnement au quotidien de jeunes parfois difficiles (lire le point de vue de Philippe Dumoulin, directeur adjoitn de l’IRTS du Nord-Pas-de-Calais). « Bien qu’à des stades différents de leur parcours d’insertion, les jeunes accueillis par les structures du réseau partagent certaines difficultés sur lesquelles nous échangeons, relate Delphine Roux-Braz. Ils ont souvent un passé familial lourd et présentent parfois de petites pathologies psychologiques. Le logement représente une protection mais il peut aussi provoquer des angoisses, voire des crises. Les résidants manquent également souvent de rigueur et commencent leurs démarches vis-à-vis du logement à la dernière minute. Ils ne sont pas assez armés pour savoir anticiper. »

Autre source de richesse du réseau : la diffusion d’informations relatives à la législation et à l’insertion des jeunes et la possibilité de nourrir sa réflexion. Ainsi, lors d’une réunion thématique consacrée au secret professionnel, l’équipe du centre Cerise a-t-elle pu, avec l’aide de deux psychologues, réfléchir à la question du secret partagé avec les partenaires institutionnels. « Si un résident accueilli souffre d’un trouble psychique grave, mieux vaut que nous le sachions pour nous préparer à la survenue d’une crise éventuelle et à sa gestion », illustre la directrice.

Relo. je insertion, une philosophie

Le réseau constitue une communauté de pratiques et ses membres partagent la même philosophie. « Nous concevons tous le travail et le suivi social de la même manière, souligne Delphine Roux-Braz. Lorsqu’un jeune présente des difficultés, nous cherchons ensemble une solution, il est hors de question de le mettre à la rue ou de l’orienter vers une structure en cachant ses problèmes. Le réseau constitue un filet de sécurité pour les résidants, nous savons qu’ils ne repartiront pas en arrière. » Un exemple ? La résidence Cerise a hébergé un jeune durant quinze mois (soit trois mois de plus que la durée du contrat), afin qu’il termine sa formation et signe un CDI.

Faute des trois fiches de paie réclamées par les agences immobilières et d’économies pour régler la caution, ce résident ne pouvait pas prétendre à un logement autonome dans l’immédiat. Le centre Cerise l’a orienté vers un FJT du réseau qui lui a proposé deux entretiens. Le second s’étant mal passé, l’équipe n’a pas donné suite à sa candidature. Cerise a alors fait appel à un CHU membre du réseau, qui héberge des jeunes en chambre d’hôtel en lui expliquant la situation. Aujourd’hui, son équipe l’héberge et l’accompagne. « Même après leur départ, nous sommes responsables des jeunes que nous orientons, estime Delphine Roux-Braz. Nous travaillons en confiance et nous savons parfaitement que nos résidants sont fragiles et peuvent régresser. »

Les résidants accueillis à Cerise sont en fin de parcours d’insertion, pour autant l’équipe manque de pistes pour les orienter vers le logement autonome et notamment le parc social. Souvent peu qualifiés, ces jeunes perçoivent en général un salaire équivalent au Smic ne leur permettant pas d’accéder au parc privé. « Un des objectifs du réseau est de travailler en partenariat avec des bailleurs sociaux qui étudient avec intérêt les candidatures de nos résidants stabilisés dans l’emploi et solvables, explique la directrice. Nous rencontrons d’ailleurs bientôt l’association francilienne pour favoriser l’insertion par le logement (Affil) - une association de bailleurs sociaux-, afin d’envisager une collaboration. Ce serait l’idéal. »


[1Centre Cerise - 46 rue Montorgueil - 75002 Paris. Tél. 01 42 21 43 52


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